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Leçons d'une lionne

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ICN

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—Tu vas être sage aujourd’hui, mon petit lionceau ? Je t’ai déjà expliqué que le deuxième dimanche de juillet c’est notre journée la plus difficile. Ce jour-là c’est la grande affluence au zoo. On dirait un jour férié où tous les bambins de la région se précipitent pour nous côtoyer en même temps. Ils aimeraient bien nous embrasser pour quelques instants au moins. C’est-à-dire jusqu’au moment où on siffle pour éviter qu’on nous flatte. Déjà que ces petites mains tendres nous mettent l’eau à la bouche, fiston, mais c’est défendu. Pour eux c’est quand même la fête. Ils vont se régaler d’un cornet à la vanille ou au chocolat, puis ils prendront leur déjeuner sur l’herbe, imagine-toi.
—Un déjeuner sur l’herbe?
—Oui un énorme piquenique. Dans le temps le déjeuner sur l’herbe était célèbre et scandaleux.
—Un énorme piquenique scandaleux ?
—Pas énorme, mais peuplé de femmes nues ce qui l’a rendu célèbre grâce à un peintre qui en a exposé un canevas... scandaleux selon certaines prudes, malgré ses pinceaux magiques pour la forme et sa palette richissime.
—Célèbre : ça veut dire scandaleux ?
—Plus aujourd’hui, mon petit. Monsieur Manet était artiste.
—Artiste comme mon arrière-grand-père ?
—Ils étaient effectivement de la même époque.
—Il s’appelait Léo, n’est-ce pas, mon grand-père artiste ?
—C’était son nom de crinière. Pour l’écran. Dans la famille on l’appelait Slats. Tu es trop jeune. Tu n’as pas pu le voir sur le grand écran noir et blanc en plein air.
—Il assistait à ces grands piqueniques scandaleux de Monsieur Manet?
—Mais non, fiston, tu mélanges tout. Par contre, le ciné-parc était une aubaine pour les familles il y a pas si longtemps de ça. Maintenant on fait des vidéos documentaires pour apprécier la carrière de notre aïeul. À l’époque nous étions déjà fiers de reconnaître notre Léo en vedette sur grand écran. Puis c’était le tour de ton grand-oncle Jackie qui, lui, avait une voix.
—A-G-P Léo n’avait alors pas de voix?
—Si, si, mais il fallait se l’imaginer quand il ouvrait grand la bouche à l’écran. Depuis le cinéma a évolué et soudain Jackie se mit à rugir fort et pour vrai, en secouant la tête et sa crinière au début de chaque film.
—Haha! RRRRRRRRR! Il faisait comme ça pour faire peur aux petits en montrant les dents?
—À le voir se lécher les babines, les pauvres petits se sentaient soudain comme du gibier aux abois. Hélas ces jours sont révolus.
—On ne fait plus terreur parmi les gens qui prennent leur déjeuner sur l’herbe alors?
—Hélas non. Pas ici. Pas vraiment. Il y a même notre cousin, Tony le tigre qui les accueille et les aide à faire le plein quand ils prennent l’auto pour venir nous visiter. Il se croit royal : un tigre royal de Bengale qui prend des airs devant l’enceinte les dimanches.
—Les dimanches du déjeuner sur l’herbe?
—Oui. Enfin, les dimanches du piquenique sur la pelouse de l’autre côté des barreaux. Oui, il affiche certainement une « attitude » à contempler l’enceinte.
—L’enceinte ? Ah oui, l’enclos où on garde toutes les mamans et leurs petits en train de piqueniquer. Là où tu m’as montré une femme avec toute sa ribambelle. Tu as dit qu’elle a pris du poids et qu’elle a beau se vanter d’être voluptueuse, il y aura bientôt un nouveau à faire manger... Hé Maman! Maman! Pourquoi ris-tu?
—Maman est perspicace et intelligente, mon petit, et elle vient de faire un jeu de mots. Elle te l’expliquera quand tu seras grand.

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