Leçon de vie

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— Ouvre les yeux, regarde autour de toi !
— Je regarde, je regarde ! Mais je ne vois rien !
— Regarde mieux.
— Mais non, vraiment… Quoi ?
— Dis-moi juste ce que tu vois.
— Ben… je vois la rue, les maisons, les poubelles…
— Quoi d’autre ?
— Je ne sais pas moi… Il y a un piéton qui vient de traverser la rue. Mais regarde toi-même ! Tu as des yeux, bon sang !
— Moi, oui. Pas toi.
— Je ne comprends pas ! T’es idiote ou quoi ? Bien sûr que j’ai des yeux !
— Si tu avais des yeux, tu verrais ce que je vois.
— Ah, oui ? Et que vois-tu ?
— Je te le dirai plus tard. Dis-moi d’abord ce que tu entends.
— Et bien… J’entends le pot d’échappement d’une voiture qui démarre.
— Rien d’autre ?
— Ben si… Ta voix ! Mais où veux-tu en venir ?
— Tu n’as pas d’oreilles non plus. Maintenant, dis-moi ce que tu sens.
— Je sens, je sens… J’en sais rien moi ! Et puis, c’est quoi ces questions ?
— Essaie de savoir, tu comprendras plus tard.
— Pfff… Je sens la tartine que t’as fait cramer ce matin !
— Bien. Et que ressens-tu ?
— L’oppression que me causent toutes tes questions idiotes !
— Et physiquement ?
— Le postillon que tu viens de m’envoyer à la figure.
— Et à quoi penses-tu ?
— Au fait que je vais être en retard si ça continue comme ça.
— Tu n’as aucun sens.
— On a tous des sens ! C’est physique, biologique, je sais pas… mais on naît tous avec ! Tu le saurais si t’avais écouté à ton cours de sciences.
— Ce que j’essaie de t’expliquer n’a rien de scientifique.
— Bien ! Explique-moi mieux alors !
— Je vais te dire ce que tu aurais dû voir. Si tu avais des yeux, tu aurais vu le bleu qui habite le ciel ce matin. Il est plus clair qu’hier, ce qui est rare à cette période de l’année parce que même lorsqu’il fait beau, il a toujours tendance à prendre la couleur d’un bleu un peu grisâtre. Tu aurais dû voir un homme qui traverse la rue pour rejoindre la femme sur le trottoir d’en face avant de l’embrasser et de saluer le fruit de leur amour. Tu aurais dû voir, à travers les fenêtres des maisons, le bonheur des familles qui déjeunent tranquillement dans leur cuisine. Tu aurais dû voir les arbres qui fleurissent un peu plus tôt que prévu cette année. Tu aurais dû voir ta famille qui t’entoure chaque jour, qui te soutient et qui t’aime.
— T’as fini ?
— Non. Je vais te dire ce que j’ai entendu. J’ai entendu les cris du nouveau-né du troisième étage atténués par la venue de sa jeune mère. J’ai entendu les oiseaux chanter pour la nature qui s’efforce de rester belle malgré tout ce que l’Homme lui fait subir. J’ai entendu ma voix qui s’efforçait de réveiller tes sens, dans l’espoir que tu en aies ou de t’en offrir si tu n’en avais pas. J’ai entendu ta voix comme un écho de la mienne, il y a quelques mois à peine, protestant devant ces questions à l’apparence inutiles. Chut. Ne dis rien. Laisse-moi finir. Oui, je sais, ton bus… Tu vas être en retard, je me dépêche, promis. Tu aurais dû sentir le parfum que j’ai mis ce matin à ton attention dans l’espoir d’émerveiller tes narines. Tu aurais dû sentir l’odeur de la deuxième tartine que j’ai cuite pour toi. Elle était parfaite celle-là. Tu aurais dû ressentir ma respiration qui s’accélère à chaque fois que je t’approche et mon souffle chaud qui vient se déposer sur la peau de ton cou. Tu aurais dû ressentir tout l’amour que je dois avoir à ton égard pour me permettre de te retenir alors que tu dois partir, tout ça dans l’espoir vain de te montrer que la vie est un miracle. Tu aurais dû penser à l’enfant qui a été sauvé de justesse de la mort la semaine dernière. Tu ne le connaissais pas, je sais. Moi non plus. C’est juste passé au journal parlé, mais si les éléments négatifs qui touchent des personnes que tu ne connais pas te touchent, les éléments positifs devraient te toucher aussi. Maintenant, va-t’en. En sortant, cueille une fleur sur le rosier sur lequel tu pestes tous les matins parce qu’il te griffe. Pour une fois, aime-le plutôt pour sa beauté et le merveilleux parfum que dégagent ses fleurs. Offre celle que tu as cueillie à la vieille dame qui vit seule au deuxième étage, ça lui fera plaisir. Je sais, elle non plus tu ne la connais pas, mais fais-le quand même. Si le monde devait te connaître pour être heureux, il ne serait pas le miracle qu’il est. Bon, dépêche-toi ! Tu vas rater ton bus.

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Ombrage lafanelle · il y a
Très beau texte qui explique avec finesse qu'il fait cueillir les choses positives qui arrivent

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