Léa et Margot

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Elle se maudit d’être nue, car cela la rendait encore plus vulnérable. Mal à l’aise. Cela ne lui était pas arrivé depuis… Eh bien, depuis Margot, maintenant qu’elle y pensait. Mais à ce moment-là, alors qu’elles venaient de partager une soirée tout en douceur et en tendresse, elle ne put s’empêcher d’éprouver ce sentiment de vulnérabilité. Tout ça à cause d’une simple question…

Avant Margot, Léa n’avait été qu’avec des hommes. Enfin, avec deux hommes… deux garçons. Elle n’avait passé le cap de la nudité qu’avec le deuxième. Alors, elle ressentait cette vulnérabilité avec lui, malgré sa tendresse et sa délicatesse. Jamais il ne l’avait forcée ou pressée, tout s’était passé en douceur, comme elle l’avait voulu. Mais le deuxième mois de leur relation, alors qu’elle avait eu envie de se laisser aller avec lui, qu’elle s’était retrouvée nue devant lui, également nu, elle n’avait pu s’empêcher de se trouver aussi vulnérable qu’une enfant. Elle ne savait pas encore à ce moment-là que c’était la présence du garçon qui la gênait. Elle avait fini par le quitter après deux ou trois nuits d’amour, en lui expliquant qu’elle ne se sentait pas bien avec lui. Elle l’aimait, oui, mais pas de cette manière.

Alors elle avait rencontré Margot. Elle n’a pas tout de suite compris la nature de ses sentiments, ni l’attirance qu’elle éprouvait pour la jeune femme. Margot était une jeune femme intéressante, pleine d’entrain. Elles partageaient la passion du cinéma. Ç’avait été leur premier rendez-vous. Dans la salle obscure, Margot avait pris sa main, et Léa s’était laissée faire, à la fois perplexe et enchantée. Puis elle avait posé sa tête sur son épaule. Léa s’était alors tournée vers elle, et avait approché ses lèvres des siennes. Comme Margot ne semblait pas reculer, elle s’était faite plus téméraire et avait posé ses lèvres sur celle de son amie. Jamais auparavant elle n’avait éprouvé ce sentiment d’appartenance, elle savait que c’était qui elle était, depuis toujours, sans le savoir.

Ce baiser fut le premier d’une longue série. Cela faisait à présent trois ans que les deux jeunes femmes formaient un couple heureux. Si les parents de Margot avaient eu du mal à comprendre sa sexualité, ceux de Léa semblaient avoir toujours su que leur fille était homosexuelle. Ou peut-être étaient-ils simplement heureux de la voir heureuse, peu importe la personne avec qui elle était.

Durant ces trois années en couple, les deux jeunes femmes s’étaient promis de tout faire pour avoir leurs moments bien à elles, leurs voyages, leurs séances de cinéma. Pour Margot, elles semblaient se suffire à elles-mêmes. Seulement, plus le temps passait et plus Léa souhaitait voir une troisième personne, voire une quatrième, agrandir leur famille. Ces trois ans s’étaient écoulés sans que le sujet des enfants ne soit abordé. Elle ignorait si Margot en voulait ou si elle n’en parlait pas uniquement parce qu’elle-même ne savait pas comment aborder la question.

Ainsi, ce soir-là, après leur soirée d’amour tendre et douce, alors qu’elles étaient allongées, nues sous les couvertures, Léa se décida à poser la question :
— Et si on fondait une famille ?

Que n’avait-elle pas dit là ! Margot la regarda comme si elle la voyait pour la première fois. Puis l’étonnement dans son regard se transforma en colère, teintée de tristesse.

— Tu me suffisais, Léa. Est-ce que je ne te suffis plus ? Si c’est le cas, sache que toi, tu me suffisais… On était bien, toutes les deux, on était libres.

Léa ne sut que répondre, tellement cette réponse la prit par surprise. Pourquoi utiliser le passé ? Elle se leva, également en colère.

— Es-tu en train de rompre avec moi ? Je n’ai fait que poser une question, et ta réponse, positive ou négative, n’aurait rien changé à ce que je ressens pour toi.

— Mais ça change tout pour moi ! En me posant cette question, tu me fais une déclaration. Toi, tu veux des enfants. Jusqu’à maintenant, je ne le savais pas, ce qui me permettait d’ignorer la question. Maintenant, je le sais et je ne vais plus pouvoir faire semblant. Tu comprends ? Je n’ai jamais voulu d’enfants, et je n’en veux toujours pas. Je t’aime, mais maintenant que je sais que tu veux une famille, je ne vais pas pouvoir continuer avec toi. Ce n’est pas te faire un cadeau que de rester avec toi en sachant que je ne peux pas te donner ce que tu veux. Je te donne ta liberté, et avec ça, la chance de pouvoir fonder la famille que tu veux.

Ne sachant que répondre à ça, Léa ne put que rester plantée à fixer son amante, l’amour de sa vie. Elle avait les larmes aux yeux et, pour la première fois depuis ce baiser au cinéma, elle se sentit vulnérable. Elle se maudit d’être nue, alors elle se rhabilla, en silence. Une fois ses vêtements sur le dos, elle sortit, sans dire un mot. Elles venaient de rompre, mais cela n’était pas ce qui la dérangeait. Elle aimait Margot, mais pour la première fois, elle s’était sentie vulnérable avec elle. Et c’était vraiment là le sujet de son malaise. Peut-être Margot avait-elle raison, peut-être était-ce finalement pour le mieux.

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