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"Le voyage de Blandine Veyre", chapitre III, extrait

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Luc Dragoni

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— Par la peste, si le Bosco a dit vrai, nous allons tous y passer!
— Tous y passer? Mais qui c’est cette gourgandine? C’est une barbaresque elle aussi? Et d’abord, d’où vient-elle?
— Elle viendrait de nos colonies du nouveau monde et avec son équipage de brutes sanguinaires elle aurait commencé à écumer les parages depuis quelques mois!
— Sacrebleu, alors c’est vrai ce qu’on entend dire çà et là dans les ports?
— Ah oui, sur cette mer, on commence à raconter pas mal d’histoires à son sujet. Assurément elle est méchante comme une teigne, et sa cruauté est sans limite; elle ne laisse aucun survivant et ne fait pas non plus de prisonniers. Les malheureux qui ont croisé sa route ne parleront plus jamais!
— Et son pavillon, c’est vrai aussi?
— Corne de bouc, c’est bien vrai, une énorme araignée brodée avec du fil d’or!
— On ferait mieux de sauter tout de suite par dessus bord, on aurait au moins une chance de s’en sortir, c'est pas avec nos quatre vieux canons de douze, pas même mis en batterie, qu’on pourra se défendre!
— Bougre! Se jeter à l’eau? A condition de savoir nager!

L’un d’eux se racle bruyamment la gorge et crache par terre.
Mes idées s’emmêlent dans ma tête. Si réellement ces abominables pirates nous traquent, la situation deviendra vite désespérée ; nos quatre canons de faible calibre disposés en sabord de part et d’autre du navire ne nous seront d’aucune utilité et en outre nos voiles en mauvais état rendront toute fuite impossible.
Mais que fait donc l’Ours, pourquoi ne remonte-t-il pas? Je trouve cette attente interminable et ce calme plat particulièrement angoissant...

Et puis soudain... rompant brutalement ce silence infini, plusieurs détonations se font entendre depuis l’arrière de notre bateau ; c’est comme si les nuages, l’air et l’eau s’emplissaient tous ensemble d’un déchaînement de bruit et de fureur, et au milieu de ce vacarme assourdissant plusieurs sifflements, mêlés de frottements de chaînes, deviennent de plus en plus perceptibles.
Rapidement, je comprends pour notre plus grand malheur ce que cela signifie...
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