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Le voyage à Vienne : chapitre 2

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Villefranche

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Pour comprendre ce qui suit, il est impératif d'avoir lu " le voyage à Vienne »:
http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/le-voyage-a-vienne

L'histoire aurait pu s'arrêter là.
J'aurais considéré ces deux mois d'investigations comme une parenthèse pendant laquelle je m'étais pris pour Sherlock Holmes et qui m'avait fait découvrir l'Autriche sous un angle pour le moins inattendu.
C'était sans compter sur la magie d'Internet et des réseaux sociaux.
En ce début février, donc, en ouvrant ma page Face Book, quelle ne fut pas ma surprise de voir une demande de contact d'un certain Müller, Reinhard de son prénom.
Maintenant que je savais le fin mot de l'histoire, que ferais je de ce contact supplémentaire? Je passais donc outre la demande. La journée se passait sans incident notoire et Reinhard avait disparu de mes pensées. Jusqu'au soir. Les deux secondes d'hésitation de Laurence le jour de Noël, faisaient comme une tâche de buée sur la fenêtre. On y voit à travers mais on a envie de l'effacer.
J'acceptai donc la demande de contact.
Moins d'une minute plus tard, s'affichait le message suivant, laconique et puissant:
Bonjour, je m'appelle Reinhard Müller, j'étais cadre au Grand Hotel Wien en 85.
Cette phrase lapidaire me secoua de haut en bas. À quoi bon? puisque, il ne s'agit pas de maman.
Je me déconnectai et me couchai aussitôt. En vain. Ne trouvant ni sommeil ni repos, je me relevai pour découvrir une deuxième phrase toute aussi laconique:
Je jouerai avec l'orchestre philharmonique de Berlin la semaine prochaine à l'opéra de Toulouse.
Alors là! Clairement il souhaitait une rencontre!
Aussitôt, rendez vous était pris vers minuit place du Capitole. Je réservai deux places pour assister à l'opéra . Il restait qqs places au poulailler et juste deux places dans les corbeilles au dessus de l'orchestre. Au diable, l'avarice. De là, je pourrai tout à loisir scruter le premier violon.
Qu' allais je emporter?
Le "marque page" bien sûr (les lettres d'amour, le billet de 50 schillings et le billet de train, le livre à l’origine de toute cette histoire, et en fouillant dans les archives de maman, je trouvai une photo d'elle avec Marie Vé, devant le Capitole. Ce cliché n'était pas une œuvre d'art mais un document, et dans ce contexte, un coup de poing dans la figure. Les deux inséparables amies, la brune et la blonde réunies par la musique.
Dans la frénésie des jours qui suivirent, je tournais et retournais tous les maigres documents en ma possession jusqu'à ce que j'aperçoive en deuxième de couverture du livre le monogramme M H V ( comme Marie Hélène Villefranche) , les trois lettres artistiquement entrelacées, que maman avait coutume d'apposer sur ses livres. C'était donc bien elle. Laurence, mon ainée, m’avait menti pour en protéger la mémoire. Dire que j’ai fouillé dix fois la bibliothèque et le bureau alors que j’avais la réponse, là, sous mes yeux.
Marie Vé, quant à elle, avait récupéré leur correspondance. Il y avait, à coup sûr des confidences de l’une et de l’autre. Leurs joies, leurs peines, leurs doutes.Toujours pour protéger sa mémoire?
Il me faudra bien lui annoncer son décès...
La soirée me parut interminable. Je ne suis pas passionné d'opéra et ce soir là je n'attendais qu'une chose: rencontrer ce fameux Reinhard.
Les présentations faites, nous nous réfugiâmes au restaurant Le Florida qui fait face à la magnifique place du Capitole. Son décor suranné, ambiance Belle Époque me semblait tout indiqué pour cette soirée si spéciale, et, plus prosaïquement, pour échapper au températures glaciales de ce mois de février.
Bel homme, le regard clair, carrure de sportif, son oeil pétillait dès qu’il parlait de musique. Avec trente ans de moins, je ne doute pas qu’il ait fait tourner bien des têtes.
Le plus naturellement du monde, il nous parla de lui, de sa vie de musicien ( il avait fait l'école hôtelière pour satisfaire ses parents), de cet amour impossible, de son exil "pour oublier" - mais sans succès- aux USA. Abandonnant l'hôtellerie, il se jeta à corps perdu dans la musique. Cinq ans après son exil, il épousait une violoniste dont il divorçait à peine deux ans plus tard.
Il parlait, il parlait mais j'avais l'impression que c'était pour mieux retarder la question qui lui brûlait les lèvres et lui consumait encore le cœur. En l'écoutant, en regardant le pétillement de l'œil, je me disais que - s'il n'y avait eu ce décès- un petit souffle sur ces braises aurait suffi à rallumer un grand feu.
Comment et pourquoi, après tout ce temps, avais je lancé ces recherches?
Il me fallut bien en venir au décès de maman, aux lettres d'amour, au billet de 50 schillings, et à cet aller simple Toulouse Vienne.
En moins d'une minute, je vis d'abord son visage se ternir à l'annonce du départ de maman, ( bien que d'évidence, il s'y attendait un peu), puis l'étonnement et une grande satisfaction quand j'évoquais cet aller simple.
Elle l'avait donc acheté! S'exclama- t-il.
S’était elle ravisée au dernier moment? Un évènement s’était il produit? Je n’osais lui parler de la naissance de ma soeur cadette au mois d'avril suivant.
S'en suivit un long silence que ni lui, ni moi n'osait rompre, chacun perdu dans ses réflexions.
Jusqu'au moment où, regardant la photo, prise vingt ans plus tôt, à quelques mètres de ce bar où nous discutions, il dit d'un ton rêveur: Ah.Marie, Ses yeux bleus comme le ciel sous cette chevelure noire...
Il fit une pause en voyant mon expression interloquée.
La brune! Marie Vé! Le monogramme sur le livre: MVH comme Marie Véronique Hernon et non MHV Marie Hélène Villefranche. Le livre acheté chez Emmaüs. Par quel mystérieux hasard avait il abouti dans les bacs chez les chiffonniers? Ou Marie Vé avait elle mis ces documents chez maman à l'abri des regards d'un mari jaloux, suspicieux et violent.
La mémoire de maman était sauve. Émilie, ma petite sœur était bien entièrement ma sœur. Quant à Reinhard, j'allais pouvoir lui donner les coordonnées de Marie Vé qui n'avait jamais refait sa vie .
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Isabelle Lambin · il y a
Et alors, ils se sont revus ?
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Villefranche · il y a
tout en me donnant les cinquante coups de fouets bien mérités, j'ai réfléchi...
"Alors Reinhard et Marie Vé se retrouvèrent. Ils vécurent une passion torride pendant quinze jours.mais Marie Vé le quitta parce qu'elle venait de recevoir le résultat des examens. Elle avait un cancer et la maladie dAlzheimer et elle ne voulait pas qu'il assiste à sa décrépitude. Alors elle lui a dit qu'elle avait un autre amant. Ils furent très malheureux et Reinhard retrouva le pistolet que son père avait caché dans la bibliothèque et....
Ou alors... Ils furent très heureux et eurent un enfant mais le cordon ombilical entouré autour du cou provoqua...."
Non, je vais passer à autre chose.

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Isabelle Lambin · il y a
On va dire qu'ils ne se sont jamais revus. Certaines personnes ne sont pas faites pour vivre ensemble.
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Villefranche · il y a
Chacun peut ainsi imaginer la suite.
( pour les nouveaux lecteurs qui découvrent ces commentaires, les coups de fouet, c'est juste une petite histoire entre Isabelle et moi. Histoire épistolaire uniquement. Là aussi chacun peut imaginer sa suite:-))).

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Isabelle Lambin · il y a
Ah mais ne vous défendez pas. Pour la petite histoire, on va faire court, Villefranche aime se fouetter chaque matin. Ça l'aide à se réveiller paraît-il. Je continue à penser que le café est tout aussi efficace et moins douloureux mais bon, chacun est libre de ses choix.
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Clément Dousset · il y a
Une fin romanesque, au meilleur sens du terme, qui captive et émeut. je me permets de vous inviter à lire ma nouvelle : http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/le-chapeau-noir
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Petit soleil · il y a
Une très belle suite et une fin fort belle. Merci de m'y avoir mené. J'ai un TTC d'un tout autre genre que je vous invite à venir lire : voici le lien :
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/sous-le-vol-du-grand-aigle Belle fin de journée

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Geny Montel · il y a
Voilà une suite fort bien réussie Villefranche !
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Villefranche · il y a
Merci bien
Bonne journée à vous

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Jean Calbrix · il y a
On se demandait comment poursuivre le premier chapitre qui est une fin en soi ! Et bien vous avez réussi avec brio à relancer la machine. Bravo, Villenfranche, pour ce joli happy-end. +1
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Villefranche · il y a
Merci à vous.
Bonne journée

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Gladys · il y a
Belle histoire bien menée qui méritait 2 chapitres bravo et bonne chance car je crois qu'il est en concours
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Villefranche · il y a
En fait, pendant la phase de maturation, le clavier me démangeait , j'ai même hésité à publier l'ensemble regroupé en un seul chapitre. Mais j'avais peur d'être trop long et ainsi, je ménageais un certain suspens, tout en prenant le risque que le chapitre 2 ne soit pas lu par tout le monde. Ce qui est bien le cas, puisque seulement 138 personnes ont lu le ch.2 contre plus de 700 pour le 1....
Pour le chapitre 1 , je suis juste dans le Top 10 au classement.
Bonne journée à vous

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Gladys · il y a
Vous avez eu raison de publier en 2 parties. Vous auriez perdu de nombreux lecteurs ...pas facile hein ,bon courage et bonne chance!
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Diane · il y a
La réalité nourrit l'imaginaire .
L'imaginaire nourrit la réalité.

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Diane · il y a
Ouf !!!....
je viens de lire le chapître deux....
je ne m'y attendais pas . Mais , à lire plus lentement, on aurait pu se douter.
Réalité , imaginarion... Laurence en vacances au Causse.....

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Villefranche · il y a
Attention! Tu rajoutes des précisions qui ne figurent pas dans le texte . Je rappelle qu'il s'agit d'une fiction et seul l'auteur est habilité à en modifier le contenu.
Merci pour le commentaire et le vote.

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Nungesser82 · il y a
Une chute aussi inattendue que l'intrigue est prenante !
A quand le livre ?
Bravo Monsieur L'écrivain (en herbe)

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Villefranche · il y a
Pour "Le voyage à Vienne" , c'est fini, promis.
Voir qqs lignes plus bas pour les hypothèses de travail. (Réponse à Brigitte Frerot)
Merci pour le soutien

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Elodie Torrente · il y a
S'il y a cette suite oubliez mon commentaire à propos de la chute sur le précédent opus. C'est une belle suite. Bravo !
PS : évitez les abréviations comme qqs par exemple, ce n'est pas tres littéraire. Lol

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Villefranche · il y a
Promis, je vais faire un effort.
PS? mais il n'existe plus, il a volé en éclat . À moins que je ne me trompe d'abréviation? Lol. Non, ça , ce n'est pas littéraire. On va essayer: Sic.
Ce n'est pas tout à fait la même chose, mais c'est beaucoup plus littéraire, non?

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