Le village Doukourela

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Image de Été 2020

Rien ou presque n’avait changé ici, les mêmes cases au toit de chaume fumant.
Je retrouve le petit village de Doukourela tel que je l’avais quitté il y a trois ans : presque figé dans le temps.
J’étais parti d’ici le cœur noué, les larmes aux yeux, emportant avec moi une leçon de vie apprise auprès d’un homme d’expérience usé par le temps, mis au ban de la communauté, broyé par le rouleau compresseur de l’ignorance et des croyances populaires. J’avais quitté Doukourela laissant derrière moi Sotikèmô Mory Camara plus que jamais seul, grabataire, au crépuscule de sa vie. Les moments déchirants de notre séparation, cette matinée où, assis sur une peau de mouton tannée il me raconta avec force détails sa misérable vie, me restent à jamais gravés dans la mémoire.
Une termitière envahie par des herbes sauvages avait poussé sur les fondations de sa case effondrée. Le Sotikèmô était mort cinq ou six mois après notre séparation.
De la vie du vieil homme solitaire, il ne restait plus rien. Ni femmes, ni enfants, ni biens, rien. Personne ne parlait plus de lui au village.
Le temps semble avoir accompli son œuvre. Sotikèmô, c’est fini.
Sur les circonstances de sa mort, on m’expliqua que sa case ne fumait plus depuis plusieurs jours. Détail qui avait alerté les voisins immédiats du « sorcier » qui ne tardèrent pas à en parler aux sages du village. C’est ainsi qu’on dépêcha Karim Keita, le muezzin, pour aller vérifier ce qu’il se passait.
« Dieu a rappelé à Lui notre proche Sotikèmô » annonça-t-il à l’assemblée, sur un ton neutre, après avoir retrouvé le petit corps du vieil homme emmitouflé dans son hamac, les yeux révulsés. La porte de la case était entrebâillée comme à l’accoutumée. Tout était figé à l’intérieur. Les trophées de chasse de Sotikèmô au mur, la viande de rat boucanée au-dessus du foyer, la casserole noire posée sur un feu éteint. Les funérailles de Sotikèmô furent celles d’un pauvre : réduites au strict minimum. On ne le pleura pas pour ainsi dire. Seules les femmes, comme il est de tradition, avaient émis quelques lamentations citant le nom de son fils Kobele et de celui de sa deuxième épouse, Anne Sia, que Sotikèmô a rejoints dorénavant et pour l’éternité. Les pleureuses le rappelaient moins par compassion que pour évoquer la justice divine qui se mettait ainsi à l’œuvre. « Le bourreau a rejoint ses victimes » susurra-t-on, fataliste.
Après la toilette du mort, on répandit sur le corps rabougri un parfum très fort pour masquer les mauvaises odeurs. Puis on le plaça dans un cercueil fait de petits rondins de bois reliés par des cordes végétales. Deux tiges souples avaient été installées en arc de cercle au niveau de la tête et des pieds pour maintenir la structure d’ensemble. C’était un cercueil sur mesure comme c’est d’usage au village. On pria hâtivement sur le mort recouvert d’un linceul blanc offert par l’imam.
Sotikèmô fut enterré de nuit au cimetière du village par une poignée de notables. Du jamais vu. Le tout ne prit qu’une demi-heure. Les hommes se dépêchèrent de rentrer après s’être lavé les mains et les pieds, comme le veut la coutume, pour éviter de ramener la terre du cimetière à la maison. La tombe de Sotikèmô avait été creusée à l’ouest du carré du cimetière, sur le sentier qui mène vers le fleuve Mafou. L’isolement du « sorcier » l’aura été jusqu’à sa dernière demeure. Ces détails macabres me rendirent infiniment triste. Je compris que seuls Aly et moi étions au courant de l’innocence de Sotikèmô et qu’il était resté un « redoutable sorcier » aux yeux des villageois. Nous étions les seuls à savoir qu’il était la victime expiatoire d’une communauté en repli sur elle-même, dominée par des croyances ancrées bien que musulmane. Je fus très étonné que Aly n’en eût pas parlé autour de lui, alors qu’il était lui-même pris de remords en apprenant la vérité sur le vieil homme qui se nourrissait, non pas de la chair humaine, mais des rats pour survivre. Je comptais lui en toucher un mot, mais je voulais m’acquitter d’un devoir avant : aller me recueillir sur la tombe de « l’Invincible ». C’était exactement le chemin que j’avais suivi pour accomplir la deuxième épreuve à laquelle m’avait soumis Sotikèmô pour tester ma détermination. Bien que ce fut la nuit, je reconnaissais certains gros arbres et le tracé du sentier. J’en avais encore des frissons, rien qu’en me rappelant de cette nuit de terreur.
Je marchai encore quelques pas avant d’apercevoir le Sall mort aux branches décharnées sous lequel reposait Sotikèmo Julien. Je priais intérieurement que la tombe soit encore là. Et je fus heureux de constater qu’elle était encore là, relativement bien conservée. C’est vrai qu’une partie s’était effondrée laissant apparaitre un trou béant au niveau de la tête, mais l’essentiel était bien préservé.
Je jetai un regard circulaire autour de moi pour m’assurer que personne ne me voyait, que personne ne m’avait suivi. Ce n’est pas courant d’aller se recueillir sur les morts au village, à plus forte raison sur la tombe d’un « sorcier ». Sûr de mon inspection, j’entrepris de prier pour mon ami les mains levées vers le ciel, l’émotion à fleur de peau.
« Prie pour toi aussi » ! La voix me glaça littéralement, je faillis tomber ! Étienne le chasseur, encore lui, se tenait tout juste derrière moi, un fusil artisanal non chargé en bandoulière. Je me retournai brusquement, pris au dépourvu.
— Euh… non Alexis, je comptais aller te saluer ce soir même, fis-je, encore tremblant de peur et de panique.
— D’accord, si tu me trouves… Écoute, tu as bien fait de venir prier pour lui. Moi-même je le fais de temps en temps discrètement, dit Aly sur un ton plus rassurant.
—  C’est une bonne chose, je trouve. C’était un homme méprisé, mais un homme bien.
— En tout cas, je te souhaite la bienvenue dans le monde des vivants… 
— Merci bien.

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David Bernard · il y a
Un plagiat avéré pour une autre publication de l'auteur fait planer un gros doute pour moi sur celui-ci.
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Virgo34 · il y a
Je rentre d'un mois de "vacances" et je regrette d'avoir raté cette compétition. Bravo !
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Thara · il y a
Félicitations...
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Tess Benedict · il y a
Félicitations pour ce succès bien mérité!
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Viviane Fournier · il y a
Merci et bravo pour ce voyage !
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Fred Panassac · il y a
« Toutes mes félicitations Sekouba ! »
Ça, c’était avant.
Rectification, le 12 octobre 2020 : je ne vous félicite pas !
j’avais voté en toute bonne foi.
Je regrette ma naïveté.
J’ai accordé mes voix à un auteur qui n’hésite pas à se transformer en plagiaire pour grappiller quelques voix de plus dans un Prix !
Ah oui quand on copie, c’est sûr, ça va plus vite !
Monsieur Sekouba Doukouré votre Prix du Public est entaché de sérieux doutes.
Une auteure y a détecté, là aussi, un plagiat comme dans votre texte pour Octobre Rose (supprimé car vous aviez puisé sans vergogne dans deux articles de presse pour composer un texte prétendument original !)
C’est honteux d’avoir abusé de la bonne foi de vos lecteurs, que vous démarchiez sans arrêt, plusieurs fois par jour, même quand on avait déjà voté pour votre texte.
Je vous ai supprimé de la liste de mes abonnés et c’est inutile de venir me démarcher à l’avenir.

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AB AB · il y a
Un très beau texte. Toutes mes félicitations pour ce prix.
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SEKOUBA DOUKOURE · il y a
Alors je remercie toutes les personnes qui ont contribué à cette réussite et Je rends encore gloire à mon créateur.
Car chacun d'entre nous a pris un temps uniquement pour voter à ce texte en laissant vos travails , tout cela pour que je puisse gagner ; Et enfin Dieu merci je suis lauréat public. Une fois encore je suis très très reconnaissant envers vous et que Dieu nous garde tous en vie pour longtemps, car nous avons d'énormes défis à relever. Je demande vos prières et bénédictions pour la continuité.🙏🙏

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Randolph B. · il y a
Vives félicitations !

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