Le Vent

il y a
1 min
452
lectures
26
Finaliste
Jury
Recommandé
Papa disait que le vent était comme la chevelure d’une femme ; qu’on ne pouvait y perdre sa main, mais qu’à trop la humer on y perdait le cœur. Contrairement aux cheveux de Maman le vent, lui, ne s’arrêta pas de pousser au fil des ans.
Si Papa avait perdu son cœur dans les cheveux de Maman, j’avais perdu le mien dans les méandres du vent.
Mon père était un homme bon, contrairement à ce que disaient les gens. Et s’il avait été fou un jour, ce n’était que d’amour.
Partout où nous avions été consulter, on nous avait répété que ma mère était condamnée. L’échéance était plus ou moins variable selon le cabinet, mais ils s’accordaient tous à dire que sa mort était prématurée.
Une mort prématurée, le terme était amusant. Il n’en demeurait pas moins que mon père faisait tout son possible pour la sauver. Il avait inventé d’innombrables sérums et des machines toutes plus farfelues les unes que les autres pour tenter de guérir la maladie.
A Maman, il faisait passer des batteries de tests de façon si soutenue que j’en venais à penser que c’était lui qui allait finir par la tuer.
Ma mère, elle, restait muette la plupart du temps. Sans doute s’était-elle résolue à accepter son destin.
Comme tous les quatre matins, mon père venait hurler qu’il avait enfin trouvé un antidote. C’était la fois de trop pour moi. Je ne savais pas ce qui me faisait le plus de peine, la mort de ma mère ou l’acharnement vain de mon père qui frôlait l’hystérie.
Les gens avaient raison, il était fou s’il croyait pouvoir la sauver. Fou, fou, FOU !
Navré, j’ai quitté le salon et j’ai marché si loin que notre moulin n’était plus qu’un point à l’horizon. Ma colère avait déclenché mon asthme, mais Cervantès dansait à mes pieds pour me le faire oublier. C’était le nom que je lui avais donné, à lui ; au vent. Cervantès...
Alors qu’il serpentait entre le moulin et moi, il rapporta dans sa farandole un cheveu blond qu’il déposa sur le bout de mon nez. Midas lui-même n’aurait pas pu le faire plus doré. A la manière dont il brillait au soleil, je sus qu’il lui appartenait.
Il avait réussi.
Elle avait guéri.
Pris d’une excitation intense, j’oubliais l’interdiction que j’avais de courir, j’oubliais mon asthme et mon cœur qui se serrait dans ma poitrine. J’en arrivais même à oublier Cervantès qui soufflait dans mes mollets alors que l’air me manquait. J’oubliais les blés lacérant ma peau comme un millier de couteaux. J’oubliais...
J’oubliais que moi, Papa ne m’avait pas encore guéri.

 

Recommandé
26

Un petit mot pour l'auteur ? 1 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Pierre Luninet
Pierre Luninet · il y a
j'y reviendrai ... c'est une étrange histoire ...

Vous aimerez aussi !