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Anthony Plas

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FINALISTE
Sélection Jury

Recommandé
Papa disait que le vent était comme la chevelure d’une femme ; qu’on ne pouvait y perdre sa main, mais qu’à trop la humer on y perdait le cœur. Contrairement aux cheveux de Maman le vent, lui, ne s’arrêta pas de pousser au fil des ans.
Si Papa avait perdu son cœur dans les cheveux de Maman, j’avais perdu le mien dans les méandres du vent.
Mon père était un homme bon, contrairement à ce que disaient les gens. Et s’il avait été fou un jour, ce n’était que d’amour.
Partout où nous avions été consulter, on nous avait répété que ma mère était condamnée. L’échéance était plus ou moins variable selon le cabinet, mais ils s’accordaient tous à dire que sa mort était prématurée.
Une mort prématurée, le terme était amusant. Il n’en demeurait pas moins que mon père faisait tout son possible pour la sauver. Il avait inventé d’innombrables sérums et des machines toutes plus farfelues les unes que les autres pour tenter de guérir la maladie.
A Maman, il faisait passer des batteries de tests de façon si soutenue que j’en venais à penser que c’était lui qui allait finir par la tuer.
Ma mère, elle, restait muette la plupart du temps. Sans doute s’était-elle résolue à accepter son destin.
Comme tous les quatre matins, mon père venait hurler qu’il avait enfin trouvé un antidote. C’était la fois de trop pour moi. Je ne savais pas ce qui me faisait le plus de peine, la mort de ma mère ou l’acharnement vain de mon père qui frôlait l’hystérie.
Les gens avaient raison, il était fou s’il croyait pouvoir la sauver. Fou, fou, FOU !
Navré, j’ai quitté le salon et j’ai marché si loin que notre moulin n’était plus qu’un point à l’horizon. Ma colère avait déclenché mon asthme, mais Cervantès dansait à mes pieds pour me le faire oublier. C’était le nom que je lui avais donné, à lui ; au vent. Cervantès...
Alors qu’il serpentait entre le moulin et moi, il rapporta dans sa farandole un cheveu blond qu’il déposa sur le bout de mon nez. Midas lui-même n’aurait pas pu le faire plus doré. A la manière dont il brillait au soleil, je sus qu’il lui appartenait.
Il avait réussi.
Elle avait guéri.
Pris d’une excitation intense, j’oubliais l’interdiction que j’avais de courir, j’oubliais mon asthme et mon cœur qui se serrait dans ma poitrine. J’en arrivais même à oublier Cervantès qui soufflait dans mes mollets alors que l’air me manquait. J’oubliais les blés lacérant ma peau comme un millier de couteaux. J’oubliais...
J’oubliais que moi, Papa ne m’avait pas encore guéri.

 

PRIX

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Simplylouloublue · il y a
beaucoup d'émotions dans cet écrit... Bravo!
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Arlo · il y a
J'étais passé à coté de votre excellent TTC et je vote avec un peu de retard. A L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie 2017. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bonne soirée. Cordialement, Arlo
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Lilith · il y a
Sympa! J'aime beaucoup la chute, bravo à l'auteur!
D'ailleurs, j'ai écrit une nouvelle du même style, étant débutante, j'apprécierais avoir un avis :)
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/plume-rouge

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Pauline Métais · il y a
Un superbe texte, très émouvant !
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Prijgany · il y a
Bravo Anthony pour ce texte et le prix qui a suivi ; nouveau dans le club, je vous invite à jeter un oeil - le bon - sur "le trou" ; http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/le-trou ; je vous dis bonne continuation ; je file découvrir la carcasse rousse ; le titre m'inspire...
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Valoute Claro · il y a
Emouvant...Ce texte doit parler à beaucoup de gens..
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Anthony Plas · il y a
ça me va droit au coeur !
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H_deg · il y a
Très joli texte! Mon vote, même si le concours est terminé :-)
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Joëlle Brethes · il y a
Je suis heureuse d'avoir relu ce texte que j'avais plébiscité il y a... cinq mois ! Encore bravo ! :-)
Je viens de voir sur votre page que ce texte est le seul que vous ayez édité sur le site... Dommage !

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Anthony Plas · il y a
Oui, nous avons subit un re-lifting récemment effaçant ainsi nos poèmes et nos textes pour mieux revenir plus tard. On verse dans l'illustration, le graphisme, la poésie et l'écriture on général. Restée attentive, ça arrive bientôt. J'ai bien aimé votre poème sur cendrillon au passage, c'est très amusant, bien tourné, plein de malice. Bon courage pour la compète. A bientôt pour de nouvelles aventures!!
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Anthony Plas · il y a
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Joëlle Brethes · il y a
J'en reviens... Une question : le poème classé dans la rubrique "amitié"... ?
J'ai bien aimé les deux poèmes d'amour.

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Le Goupil · il y a
Il y a chez ce père imaginaire quelque chose entre Colin de L'Ecume des jours et Madeleine de la Mécanique du Coeur...
Très joli texte, j'aime beaucoup surtout que le personnage autour de qui tout gravite (la mère) soit absente totalement.
Merci pour ce joli moment !!

Je suis nouvelle sur le site, si vous voulez découvrir mes textes...
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/du-cote-de-chez-hooper

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Anthony Plas · il y a
Merci beaucoup pour vos mots, j'irai voir, si vous souhaitez continuer de me lire n'hésitez pas à me rejoindre ici https://www.facebook.com/letempsdesenfantsdissidents ça me ferait grand plaisir
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Joëlle Brethes · il y a
C'est très beau ! Un 9ème vote pour l'émotion partagée...
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Anthony Plas · il y a
Merci beaucoup Joelle. Pour plus de lecture c'est ici https://www.facebook.com/letempsdesenfantsdissidents
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Joëlle Brethes · il y a
Je vais commencer par relire votre texte puis j'irai en effet aller voir ce que sont ces "enfants dissidents". De votre côté, ce serait gentil d'aller rendre visite à ma Cendrillon, en lice pour le concours été 2015 ;-)
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/cendrillon-12

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