Le vent

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J'aime écrire sur l'ombre et la lumière, aller là où le coeur palpite un peu plus fort. Mon blog : https://alienoroval-sesouvenirdubleu.blogspot.com et ma page :  [+]

Image de Hiver 2015
Je sais qu’il me reste quelque chose à finir, mais quoi déjà ? Je ferme les yeux, me concentre, mais le bruit du vent m’empêche de réfléchir. Il s’insinue partout. Ce long sifflement strident qui enfle et s’épuise indéfiniment. Les arbustes ploient, les lianes larmoyantes des saules pleureurs ondulent, les volets grincent. Le sable s’infiltre dans la maison, porté par le vent sur le carrelage du salon et de la cuisine, jusque dans les chambres.
Je viens de me souvenir qu’il me reste du linge à étendre. Il séchera vite avec ce vent qui ne cesse jamais.
En entrant dans la buanderie, une odeur âcre me surprend. Je me penche pour attraper la bassine de linge mais l’effluve d’humidité rance pénètre mes narines. Le linge est recouvert d’une fine pellicule bleuâtre et duveteuse de moisissure sous laquelle je distingue encore le motif fleuri de ma robe et la grenouillère en coton blanc de Paul.
Paul pleurait tout le temps, le jour, la nuit, même dans mes bras ou après son biberon. J’étais si fatiguée, tellement épuisée par ses pleurs constants. J’ai laissé le linge que je devais étendre dans la buanderie, je me suis dirigée vers sa chambre. Je l’ai pris tout contre moi, je l’ai serré fort, trop fort, jusqu’à ne plus sentir son souffle léger contre ma peau. Paul a cessé de pleurer pour de bon.
Mais comme le vent soufflait sans répit sur la maison, avec une constance insupportable, il me semblait encore entendre Paul à chaque instant. J’ai plaqué mes mains sur mes oreilles pour retrouver un peu de silence et dès que je les ai enlevées, j’ai entendu à nouveau la morne lamentation du vent faire écho aux pleurs de Paul. Jamais cela ne cesserait. Le vent me hanterait toujours. Je suis sortie précipitamment de la maison. J’ai couru vers la falaise.
Ma conscience semble émerger d’un mauvais rêve. Je reste plantée devant la bassine de linge moisi qui ramène à la surface des souvenirs aux contours indistincts, des sensations étranges. Je me relève lentement et sors de la buanderie. Je traverse la cuisine couverte de poussière et me dirige vers la chambre de Paul. La porte d’entrée du salon est grande ouverte et le vent s’y engouffre, ramenant quantité de sable sur le carrelage. Je passe devant un grand miroir et cherchant mon reflet, je ne vois qu’un peu de sable brassé par le vent sur les carreaux de terre cuite tandis qu’au dehors le vent souffle, implacable.

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