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Le trottoir

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K57

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Ces faits ont eu lieu dans le Minnesota, entre le début de Juillet 1958 et le 4 Aout, date à laquelle une décision du state attorney fit détruire les lieux à coups d’explosifs.
Alan est doctorant en psychologie comportementale.
Pour payer ses études il travaille chez Karpiz and Co, société de télé surveillance ; Big Brother urbain chargé de la sécurité des citoyens dans des quartiers chics de la ville de Duluth.
Un œil sur ces livres, l’autre quadrillant la douzaine d’écrans de télévision reliés à des points stratégiques, Alan se demande pourquoi tant d’adultes font des chutes, sur l’écran n°7 qui surveille une portion de trottoir d’à peu près 300 mètres, reliant une sortie d’école maternelle à un supermarché.
Voilà une semaine qu’il a remarqué que chaque jour, durant les six heures que dure son emploi, au moins deux adultes ont fait des chutes sans raison repérable à l’écran.

Une chute d’enfant n’occasionne qu’une attention modérée car on s’empresse d’y trouver les raisons de jeux ou les marques d’une immaturité du petit bipède. En revanche une chute d’adulte sans cause apparente est très suspecte d’être le symptôme d’une affection, qu’elle soit cardiaque, neurologique ou traumatique.
Aussi Alan décide-t-il de colliger tous les incidents journaliers repérés sur la surveillance accrue de l’écran 7. Au bout de quinze jours il obtient des informations, dont une part provient des victimes elles-mêmes interrogées à postériori, par Edwin, camarade de classe d’Alan, qu’il a, en regard de ses observations , chargé de cette mission sur le site.
Il recueille ainsi les données des tombeurs du samedi, des tombeurs du dimanche, des tombeurs noirs, des tombeurs jaunes, des tombeurs femmes, des tombeurs nains...
a) Pas d’endroit privilégié sur le tronçon.
b) Toujours dans le sens école maternelle /supermarché.
c) Pas d’horaire privilégié.
d) Sexe ratio indifférent.
e) Couleur de peau indifférente.
f) Moyenne d’âge 40 ans.
g) Les enfants ne tombent pas plus que sur un parcours « classique ».
h) Ramené à une distance identique ailleurs, le taux de chute adulte sur cette portion est de 600%.
i) Les tombeurs ont unanimement déclaré ne pas savoir pourquoi ils étaient tombés, ne pas être porteurs de pathologies susceptibles d’entrainer des chutes, n’avoir ressenti aucun prodrome, ne pas s’être fait mal en tombant, s’être relevé tout de suite sans séquelle et sans amnésie des faits, et, au contraire, se sentir mieux après la chute, comme si l’impact avait réinitialiser des structures cérébrales.

Alan fit part de ces résultats à son maître de thèse, le 16/7.
Le 24/7 un comité scientifique comprenant des médecins, des psychiatres, des physiciens, des géologues, des architectes, des chercheurs de la N.A.S.A se réunit sous l’égide du district attorney. Ils constatèrent sur les lieux ces étranges chutes qui allaient s’intensifiant. Incapables d’en cerner la cause, ils conclurent à une densification ponctuelle de la courbure espace-temps susceptible d’augmenter la force de gravitation locale, bien que les mesures les plus diverses et approfondies n’aient rien pu amener pour soutenir cette hypothèse.

Les médias s’emparèrent de l’affaire et bientôt le trottoir d’en face fut noir de monde qui venait assister aux chutes à grands renforts de rire...Une grande partie de ceux qui empruntaient le trottoir de la Tomb’ Street, telle que l’avaient surnommée les médias, était constituée de cabots qui désiraient passer à la télévision et qui faisaient des allers et retours incessants sous les feux de la rampe, une autre était faite de ceux qui par empathie ou pour s’amender de s’être moqué des tombeurs, venaient grossir désormais leur rang...On faisait la queue pour tomber et de tout le pays on accourait sur Vertugadin.

Le 2/8, il y avait tellement de monde qu’il était impossible de tomber car on était véritablement porté par la foule.
Le 3/8, un flux continu de piétons qui prenait sa source dans les faubourgs de la ville, vint défiler sur le trottoir, dans ce chaos des chutes passèrent inaperçues, les corps de centaines d’adultes et d’enfants furent piétinés, on en fit au petit matin le macabre recensement.
Le 4/8 des chars de l’armée bloquèrent les accès du quartier, on dynamita l’école le supermarché et le trottoir.

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