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Le trône de rose.

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Ciruja

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J’aime bien le chocolat. J’aime trop le chocolat. Je devrais arrêter d’en manger. Je devrais aussi changer d’appartement. Etre plus ambitieux.
Viser plus haut. Je devrais. Enfin je suis. C’est déjà ça.
D’ailleurs je suis sur mon trône.
Il est cinq heures. Evoluant dans les brumes de mon sommeil. Je suis seul. Enfin. Tout à mes songes.
J’ai soixante minutes devant moi. Elle sort à six heures dix. Toujours.
Paris s’éveille.
Elle est jolie. Elle a une beauté qui me fouette le sang. Elle vit derrière la place Blanche. Elle a plutôt bonne mine.
Plus jeune que ma femme. Moins déçue par la vie. Enfin, elle donne cette impression.
Son visage, sculpté par JB Pigalle, est une merveille d’équilibre.
Le trône agit comme une ventouse. Tout le monde dort. Mes deux petits monstres ronflent et couvrent mes bruits.
C’est mon bateau et je suis le maître à bord. Je vogue sur la mer de mes possibles.
Je ne connais pas son nom. A-t-on besoin de connaitre le nom des gens ? Je ne connaissais pas celui de ma femme avant de lui adresser la parole et regardez le résultat.
Le jeu est risqué. Mais sans risque, on rouille et moi je ne veux pas rouiller comme une vieille carcasse.
Quand je vais dans la salle de bain, je baisse la tête. Je ne veux pas croiser mon reflet. Mais il est malin, il me suit et, la plupart du temps, arrive à me surprendre.
C’est mon juge.
Elle, elle ne me juge pas. Je l’ai senti la première fois. Je lui avais tenu la porte, elle m’avait gratifié d’un sourire. D’une beauté !
Le chocolat facile le transit et c’est un palliatif à la frustration amoureuse. Depuis quelques années, Lindt, Milka et Côte d’or sont devenus mes meilleurs amis.
Je suis capable de me battre avec mes gosses pour avoir ma dose.
Normalement, on tape à la porte pour me faire sortir. Mais entre chien et loup, je suis le roi, seul sur son trône.
Paris s’éveille.
Et un roi a besoin d’une reine, ça tombe bien.
Elle porte des talons hauts d’hôtesse de l’air. Ses jambes sont fermes. Brillantes. Fuselées. Incroyables.
Je la photographie en cinq sec. Trop peur d’avoir la honte. Et le filet de bave qui va avec.
Je n’ai pas de glace avec moi. Je ne sais pas trop la tête que j’ai à ce moment là mais je devine.
Mes yeux doivent être brillants et arrondis.
Je ne peux pas les cacher. Je n’ai jamais su. Ma femme, c’est ce qu’elle m’a dit la première fois que nous nous sommes vus : Tes yeux ne peuvent pas mentir.
Et bien oui ! Marié, deux enfants, quarante-sept mètres carrés soixante-trois en bordure de Paris, la 13, on ne peut pas mentir.
Et pourtant...
On a tous une seconde chance.
Y a toujours un paquet de Lotus qui se cache.
Belle comme elle est, elle doit travailler à Pigalle.
Les stripteaseuses sont rhabillées. Moi aussi, et ce n’est pas sexy !!
Elle a un imper, ça me fait des choses.
Je n’y peux rien. J’ai des images d’Epinal plein la tête. Un imper, ça fait travailler le ciboulot.
Je suis parisien, je suis brimé. Mais j’ai un rayon de soleil au fond de ma tête. Un coin de ciel bleu. Personne ne peut le toucher. Ça aide à tenir. Pas comme ces pubs à la con dans les stations de métro. Ou les magazines télé qui s’empilent face à la cuvette.
Vous savez comment on dit cuvette en espagnol ? Inodoro, et bien je peux dire que c’est une vue de l’esprit dans mon cas. Ils sont marrants, ces Espagnols, pour enceinte, c’est embaraza dans leur langue. Ça c’est bien vu.
Je devrais prendre une douche rapide et bien doser le parfum.
Si je lui parle, je ne veux pas puer. Je ne veux pas non plus faire l’endimanché. De toute façon, stress plus métro plus idylle à venir égal résultat catastrophique à tout les coups.
Il faut que je me calme.
Je n’insiste pas sur l’eau, ça ne sert à rien et ça coûte du blé.
Le café est dans les tasses.
Après, je me frotte bien et un peu de senteur d’amour. Un brin. Une touche. La french touch.
Décontracté, frais. Je lui parle tranquillement. Bonjour. Et après ? On verra. C’est l’instant présent qui compte.
Le sourire. Important aussi le sourire. C’est ma fleur du matin. Pas forcé. NATUREL. Pas la peine de montrer les trente-deux dents qui ne sont plus que vingt-six d’ailleurs.
Ah, bien vérifier le brossage aussi. Pas une feuille de salade ni une miette de gâteau.
Impeccable ! A ce stade, la moindre faute de goût est rédhibitoire.
Voilà, je pense que j’ai fini.
Le rouleau est bien maigre, mais ma femme en a racheté. Elle est formidable, elle pense toujours à tout.
Je suis debout. Au propre et au figuré.
Il est cinq heures, je n’ai pas sommeil.
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Pascal Depresle · il y a
Et Paris s'éveille ? Un petit clin d'oeil sympathique pour un joli texte. A l'occasion, et sans aucune obligation, venez pousser les portes de mon univers.
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Zouzou · il y a
...gourmand de chocolat...entre autre , ah les tentations de la ville!
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Elena Hristova · il y a
Souvent au petit matin on découvre le pot aux roses ( et cela pourrait être des profiteroles au chocolat..)
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