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Le trajet

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Ciruja

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Le café avait été vite pris, il était fort et amer. Mon ventre gargouillait mais je n’avais pas le temps de passer au dégazage, il fallait que je sorte, je disposais de trente minutes pour me rendre au lycée.
Les escaliers furent vite descendus, le bruit de mes pas résonnait dans ma tête, je n’avais pas assez dormi, cela se voyait sur ma figure et mon allure.
Dehors, le froid était vif, je mis mes gants pour ne pas voir mes mains cisaillées par la morsure de l’hiver. Par égard pour ma coiffure, je ne mis pas de bonnet.
Il restait sur la borne de Velib trois vélos, je pris le plus proche, il sortit sans encombre et je l’enfourchai.
Les feux étaient au vert, je fonçai tel un coureur du tour de France, prenant les virages au cordeau sans m’arrêter, plein d’autorité.
Arrivé devant la porte de Montmartre, je m’apprêtais à entamer cette montée qui séparait la riche métropole de sa pauvre banlieue. Il faut toujours monter pour se rendre à Paris, et descendre quand on se dirige vers la périphérie, damnation sociale sans doute.
Comme d’habitude, des voitures de livraison s’étaient garées sur la piste cyclable, une coutume locale.
Je les insultais silencieusement et soigneusement, autre coutume locale.
La porte de Clignancourt était bouchée comme d’habitude, le tramway se faisait attendre. Un concert de sifflets escortait les amateurs de passages en force, je me glissai entre deux camions, une longue descente m’attendait après ce barrage de métal.
Je me relevai sur ma selle, fermai mon blouson et profitai du vent et de la glisse.
J’étais libre, plus libre que dans le métro. L’Alpe d’Huez était enfin passée.
J’avalai Marcadet sans difficulté, le soleil se levait lentement, jetant des plaques roses sur les immeubles du quartier de Flandres.
Le pavé me fit redescendre, je ressentais à nouveau toute la pesanteur de ma condition de salarié, de garde-chiourme d’un sous-prolétariat urbain énervé.
Des carcasses de kébabs pimentaient l’asphalte, il fallait soigneusement les éviter pour ne pas glisser dessus et passer pour un imbécile.
Je ralentissais l’allure, allongeai la jambe gauche, quelques gouttes de sueur perlaient sur mon front quand elles ne gelaient pas sur place.
Je rangeai le vélo sur la borne, fit quelques étirements en retirant mes gants. Mes jambes étaient légèrement flageolantes devant la violence de l’effort.
Une nouvelle journée pouvait enfin commencer.
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Eugenia Maria Juarez · il y a
Franchute me llevaste a donde estuve sin parada... tan simple y emotivo como la cotidianidad disfrutada a conciencia...
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Ciruja · il y a
Gracias eugenia reconociste un Poco las calles de Paris
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Zouzou · il y a
...pour ces années passées à Paris bien décrites et souvent drôles , et en tant que parisienne d'adoption , je vote avec plaisir !
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