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Le train-fantôme

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Ninonnnnnieafnlj

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Le froid mord la peau nue de mon cou tandis que je m’approche dangereusement de la ligne blanche. Tout mon corps est parcouru d’un frisson lorsqu’un coup de vent annonce l’arrivée du train. De mèches de mes cheveux en profitent pour s’échapper de mon bonnet et volent joyeusement autour de mon visage, laissant un peu plus de peau dégarnie pour les prédateurs qui m’entourent.
Le train arrive avec son joyeux bruit de ferraille. Je déglutis péniblement en voyant les portes s’ouvrir juste devant moi. Dans mon dos, je sens l’impatience et l’agacement devant mon hésitation. Enfin, je parviens à faire un pas et monte dans le wagon. Le flot de gens qui souhaitent que j’avance me pousse contre la barre du métro. Je finis par m’y accrocher péniblement, sentant les corps serrés contre moi. L’odeur nauséabonde d’un mélange de carburant et de transpiration me soulève le cœur.
La sonnerie résonne alors brutalement, les portes se referment et le train entame son long chemin à travers les tunnels noirs. Le bruit de la sonnerie a tiré certains morts-vivants de leur léthargie. Il regarde autour d’eux avec une expression fatiguée et des yeux mi-clos. Quelques fois, ils se lèvent et avancent vers nous, masse informe me faisant me recroqueviller un peu plus sur moi-même. Des vampires aux canines sorties, sont tapis dans chaque recoin du wagon, prêt à sauter sur la moindre proie isolée. Je ramène les mèches de cheveux éparpillés sur ma poitrine pour cacher mon cou. Quelques rares fantômes passent dans les rangs, presque éteints. Ils dardent leurs froids regards suppliant sur moi en tendant une main invisible comme pour aspirer un peu de ma chaleur.
Je recule jusqu’à ce que mon dos soit collé contre la porte du métro. La crasse et la laideur du wagon ne me paraissent presque plus supportable. Le monde autour de moi se rapproche un peu plus, m’empêchant soudainement de respirer.
Je suis piégée dans ce train-fantôme, à la merci de cette foule de monstres et d’étrangers.

Soudain, une lumière surgit du fond du tunnel et m’éclaire brutalement. Les monstres reprennent formes humaines. Les vampires ne sont plus que des lourdauds aux regards insistants et à la main baladeuse. Les fantômes redeviennent des mendiants transparents vis à vis du regard de la société. Les morts-vivants apparaissent comme des personnes, à la mine déprimée, le regard perdu dans leurs pensées ou rivé sur l’écran d’un téléphone.
Le grésillement du haut parleur annonce : « Prochain arrêt, Saint-Lazare ».
Le RER s’arrête brutalement. Une foule de gens sortent, laissant la place à une foule d’autres. Le même manège se reproduit. La sonnerie, les portes qui se referment brutalement sur moi et le train qui s’ébranle doucement au rythme du ronronnement du moteur.
En pénétrant dans le tunnel, l’obscurité fait à nouveau ressurgir les vampires, fantômes et morts-vivants du métro, jusqu'au prochain arrêt...!

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Arlo · il y a
Belle réussite. Vous avez les votes d'Arlo qui vous invite à découvrir ses deux poème "sur un air de guitare" retenu pour le prix hiver catégorie poésie et "j'avais l'soleil au fond des yeux" en finale de la matinale en cavale. Bonne chance à vous.
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/javais-lsoleil-au-fond-des-yeux

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