Le train de la vie

il y a
1 min
196
lectures
31

Un texte c'est comme une vie, il naît, il grandit mot après maux, il vit à travers ses lecteurs et il s'achève brutalement par un point final. Mais un bon texte c'est comme une bonne personne, il  [+]

A quoi pouvait-il bien penser ? La tête appuyée contre la fenêtre, l'homme en uniforme semblait perdu dans ses pensées. J'ai toujours joué à ce jeu, vous savez, celui où vous inventez la vie des gens. Les passagers avaient tous une histoire mais quelle était-elle ? Cet homme m'inspirait. Je l'imaginais pensant à sa famille là-bas. J'imaginais une maison à la campagne, une jolie femme, douce, souriante. J'imaginais trois enfants, un peu turbulents, mais si attachants. Un coup d’œil me suffit à voir ses yeux émeraude qui reflétaient une tristesse infinie. Pourquoi tant de peine ? La douleur de l'absence. La peur de la perte. La hantise de l'oubli. La volonté de rentrer coûte que coûte. Je l'imaginais retournant au combat la peur au ventre. Je l'imaginais couché dans les tranchées, avec, en guise de Bible, une photo usée dans la poche. Je revins à ses yeux qui me fascinaient. J'ai toujours pensé que les yeux étaient le miroir de l'âme. Et les siens en avaient des choses à dire. Cet homme à l'air abattu avait un regard très doux qui contrastait avec cet uniforme si sombre, si dur. C'était à n'en point douter, un bon père et un bon mari. Le genre qui joue avec ses enfants, cuisine pour sa famille. Je le voyais les faire rire, les faire danser, les faire vivre. Et puis j'imaginais le départ larmoyant, les adieux et la promesse muette d'un retour à la maison. Je l'imaginais agitant la main une dernière fois alors qu'une larme attend, hésitante, le bon moment pour faire son entrée. Et je le voyais à présent, dans ce train de la vie qui l'emmenait loin. La tête appuyée contre la fenêtre, il semblait penser à ce qui l'attendait. Il semblait espérer un miracle, prier pour rentrer chez lui. Je voulais lui redonner espoir, lui dire que tout irait bien. Je voulais le prendre dans mes bras. Je voulais prier avec lui. Mais il était trop tard. Mon voyage s'arrêtait ici. Un dernier regard en arrière. Une dernière prière. L'espoir que son voyage à lui serait encore long. Et puis je suis descendu. Pour moi, c'était le terminus.

31

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,