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Le train

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JHA

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Dermid, président général du Conseil d’Administration d´une importante Banque, sortait de son hôtel de Séville. Il était accompagné de deux membres. Ils s’engagèrent sur l´Avenue de la Constitution. Tous les trois restèrent bouche bée, comme s’ils avaient été témoins d’un miracle, devant la beauté qui s’offrait à leurs yeux. C´était le début de soirée de cette superbe journée printanière. Le soleil était encore haut sur l´horizon. Ils marchèrent dans une ruelle pour mieux contempler une tour incroyablement haute et carrée qui semblait partir du beau milieu de la Cathédrale. Grâce à ce soleil propre et pur, la partie haute de La Giralda miroitait un éclat presque éblouissant. La Cour des Orangers était déjà prise par les ombres claires du soir. Le parfum qui se dégageait de la fleur d´oranger « El azahar » grisait l´âme et le cœur á tous ceux qui le sentaient. Mon Dieu quelle beauté! Plusieurs couples faisaient des ébats amoureux, prélude de ce qui serait une joyeuse nuit d´amour. Ce parfum sortait par la merveilleuse porte de la Cour et s´engouffrait dans les restaurants, commerces et toutes les maisons des alentours, Dermid songea que juste à ce moment-là Séville était la ville la plus heureuse de la planète. L´unique note discordante était un vieil homme qui demandait l´aumône avec un écriteau qui pendait à une corde attachée au cou. Dermid voulut connaître la traduction : Je suis aveugle et j´ai faim, le président suggéra de changer le texte : C’est le printemps et je ne le vois pas. Quelques minutes suffirent pour s’avérer que le changement avait été fort profitable. Les gains augmentèrent comme par enchantement. Ah cette maudite fleur n´était pas la plus idéale pour obtenir des bénéfices faramineux. I
Dermid était déjà dans son pays quand il fut invité á l´inauguration d´une ligne de métro que sa banque avait financée, Il était déjà dans le quai lorsque la sonnette du départ corna, il eût juste le temps de se précipiter dans le train, il s´assit dans un fauteuil confortable et se rendit compte qu´il ne connaissait personne. Dermid observa qu´il y avait un compteur de vitesse sur lequel on pouvait lire Km/seconde, étrange manière de mesurer la vitesse, mais il haussa les épaules et ne fit pas attention à ce détail.
Le train démarra au beau milieu d´une intense et étrange BRUME, d´abord lentement, puis il prit de la vitesse et alla de plus en plus vite; 10 minutes s´étaient écoulées et il n´était pas encore arrivé à la station suivante. Tous les passagers se précipitèrent, la face collée contra la vitre, le train était en mouvement et les feux de signalisation étaient tous au vert, le compteur marquait 0,016, ce qui équivalait à presque 60 km/heure. D´abord une inquiétude s´empara de tous les passagers, au fur et à mesure que le temps passait et que la station n´apparaissait pas, l´inquiétude se transforma en angoisse et puis la panique apparut sur les visages des voyageurs. Le compteur augmentait inexorablement de plus en plus vite.
Tout le monde criait affolé, tous tentaient de casser la vitre ou d´ouvrir les portes en croyant, sans savoir bien pourquoi, que cela suffirait pour se sauver. Évidemment la solution n´ était pas de se jeter en bas d’un train qui avançait dans un tunnel à plus de 2.000 Km/ heure. Les plus forts se blessaient les poings en frappant contre les vitres, les faibles restaient recroquevillés dans leurs fauteuils, les larmes ruisselant en cascade sur leurs joues. Curieusement quand tous comprirent qu´il était impossible de s´échapper, qu´il n´y avait aucune solution pour se sauver, le calme s´installa dans le train, le silence se fit total en attendant le coup final qui mettrait fin à ce cauchemar.
Un passager, probablement un prêtre, tira de sa poche un chapelet et commença à prier, les autres passagers se joignirent à la prière. Curieuse ironie, la peur cherche refuge dans la religion lorsqu’il n´y a pas de réponse adéquate pour la vaincre; ils se seraient tués si une porte salvatrice, petite et étroite, d’un wagon de la rame s´était ouverte.
Dermid reprit ses esprits et commença à réfléchir; la peur apaisée, il récupéra sa capacité à raisonner, il ne priait pas. Le train marchait à 200.000 Km/seconde, évidement cette façon de mesurer la vitesse était plus commode. Il calcula que l´accélération du train était presque 500 fois supérieure à celle de la gravité, cela signifiait que les voyageurs devraient être projetés en arrière par une force démesurée et impressionnante, cependant il n’en était pas ainsi. Il avait trouvé: Le train n´était pas en mouvement, un léger bruit assorti d’un petit bercement du wagon donnait l´impression de vitesse, un panneau lumineux accroché au mur du tunnel faisait le reste. Le train ne bougeait pas, mais la BRUME augmentait.
Mais pourquoi? Peut-être une plaisanterie ou une de ces stupides expériences psychologiques pour constater le comportement humain vis-à-vis de la peur. Ils ne voulaient pas que je monte dans ce train et ils n´ont pas eu le temps de m’arrêter. Ils vont recevoir la visite de mes avocats. Il se relaxa, sa peur s´était évanouie. Il ruminait sa vengeance lorsqu´un objet se décrocha du plafond, il ne tomba pas sur le sol, un bruit assourdissant se laissa entendre, les passagers, croyant arrivé le moment final, interrompirent leur prière pour lancer un cri épouvantable et déchirant qui retentit encore plus fort que celui que venait de se produire. Dermid se tourna et vit l´objet écrasé contre la paroi du wagon, presque à la hauteur du plafond, la peur surgit de nouveau. Il ressentait envie de prier, mais il considérait honteux et indigne de le faire, maintenant que l´eau lui arrivait à la bouche, néanmoins ses pensées se dirigeaient, les yeux délavés, vers CELUI qu´ il avait toujours ignoré.
Au moment où le compteur de vitesse marquait 299.999 Km/ seconde, le train s´arrêta et la BRUME se dissipa, il était déjà arrivé à sa destination : Une galaxie tout à fait inconnue, tellement était son éloignement de la Terre, malgré cette distance abyssale son nom était parfaitement connu: NON PLUS ULTRA, le principe de conservation du mouvement n´existait pas dans cette galaxie, le train s´arrêta net sans projeter les passagers. Dermid ouvrit la porte du wagon, le noir le plus complet s´étalait devant lui, un cygne chanta, puis il se tut, la peur disparut lorsqu´il comprit son destin, il se fraya un chemin dans le vide, une cloche sonna son glas monotone et cadencé, il se rappela la fleur d´oranger, l´ambiance sentait le trépas. Dermid connaissait déjà le parvis de la mort. Il était complètement noir, triste, lugubre et ténébreux, mais pas sinistre. Il ne restait qu'à savoir ce qu´il y avait de l´autre côté. D´un pas décidé, ferme et digne, je dirais même avec ESPOIR, Dermid franchit le seuil et pénétra vers l´inconnu.
Loin, très loin, infiniment loin, sur une minuscule planète d´une étoile insignifiante appelée Soleil, les journaux annonçaient la mort de Marc Digthent Dermid. Ils donnaient plus de détails sur cet événement, La mort attire toujours l´ attention des gens, ce qui explique que ce soit le mot le plus utilisé dans tous les journaux du monde. Son cœur s´était arrêté dans le wagon d´une ligne de métro qu´il allait inaugurer. Après une lutte acharnée de trois heures, les médecins présents sur place, n´ont pu rien faire pour le sauver. Dermit, ajoutaient les journaux, a perdu sa dernière et probablement unique bataille de toutes celles qu´il avait soutenu. Il connait déjà, terminaient les journaux pour embellir la chronique, ce que pour le reste des humains nous est complètement inconnu : Le dernière voyage se fait en train, il suffit de ne pas prendre le train pour vivre éternellement. 
 
 Deux jours plus tard, le son, enjoué et sans cadence, d´une cloche réclamait le silence á un public en liesse, pour connaître le nouveau président de la Banque

PRIX

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Jcjr · il y a
J'ai connu Séville, lors de l'exposition universelle de 1992, c'est effectivement une belle ville. J'ai apprécié cette expérience fatale de mort imminente dans ce wagon. Néanmoins, je m'attendait à voir ce train dépasser la vitesse de la lumière, pour voir l'espace et le temps se déformer, laissant libre cours à votre imagination. Viendriez-vous me voir...
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JHA · il y a
J´ai oublié de te souhater de la chance
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JHA · il y a
Effectivement Seville est une ville merveilleuse, je suis flatté de votre commentaire, j´ ai éprouvé le même sentiment les deux fois que je suis allé à Paris (15 jours), bien que ma production orale soit un peu lamentable, en bordure de l´exécrable, elle est suffissante pour ne pas avoir des problèmes de communication. Je suis aussi très heureux du résultat de mon train, je n´attendait pas mieux, au moins je n´ai pas fait le ridicule. 27 voix, Oh la la¡¡¡. MERCI. Je vais lire ta nouvelle.
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Fred Panassac · il y a
Merci JHA, je ne découvre que maintenant ta réponse comme je te l’ai expliqué sous mon poème, car il faut répondre en dessous du commentaire pour que l’auteur du commentaire soit averti. Je ne sais pas pour ton niveau oral (il n’y a pas le son c’est dommage) mais pour l'écrit c’est plus que correct et c’est une ancienne professeure de langue étrangère qui te le dit ! Bonne continuation et je serai flattée que tu me lises, bien sûr !
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Fred Panassac · il y a
Je suis allée deux fois à Séville et je rêve d'y retourner. Alors lire un texte qui commence par la Giralda et la Cour des Orangers est déjà un grand plaisir. Ensuite vous vous évadez complètement de la réalité dans ce train, vous nous faites vivre une aventure haletante et la chute nous donne l'explication qui est la clé des sensations étranges de Dermid. À mon avis le score du texte est dû au fait que vous l'avez posté un peu tard. Et je dois dire que pour une personne dont le français n'est pas la langue maternelle, vous le maniez vraiment très bien, il y a vraiment très peu à corriger ! Bravo !
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JHA · il y a
je n´ai jamais aimé les bateaux, maintenant encore moins
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JHA · il y a
Je vous remercie votre commentaire, cela m´encourage à suivre mes études. Merci bien
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Keith Simmonds · il y a
Une belle œuvre bien écrite et fascinante ! Mes votes ! Si vous voulez partir en “Croisière”, c’est le moment ! Merci d’avance et bonne journée !
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/croisiere-2

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Maour · il y a
Merci pour ce texte que j'ai lu avec plaisir. J'espère que vous apprécierez aussi le mien :)
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-veritable-histoire-du-petit-poucet

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JHA · il y a
Oui, je suis un étudiant de francais, je l´étudie depuis 40 ans, 40 belles années , je lirai "L´heroïne"
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Pascal Depresle · il y a
Si vous êtes un étudiant de français, c'est fort bien écrit. mes votes de soutien. Peut-être aimerez vous "L'héroïne", "Tata Marcelle" ou "Le Grandpé".
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JHA · il y a
Oui, je suis ce que je dis. mais cela n´a pas d´importance Merci, ce soir je vais lire les oeuvres L´héroïne et les autres
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