Le temps se suspend

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écrire - dessiner - converser - lire - voyager - aimer - s'amuser - se délecter - rire - observer - jouer - oser - apprécier - écouter - sentir - apprendre - tripoter - le tout ad libitum …  [+]

A chaque degré supplémentaire le temps se suspend, les distances s'allongent, l'espace s'élargit. La chaleur dilate tout. Le bitume fondu encroûte mes chaussures et me rend gluante.
Je ne l'ai pas revu depuis plusieurs mois, j'ai soif et la tête me tourne. Je monte dans une voiture crème et noire, tellement élégante qu'on la croit volontiers dessinée par Courrèges. Vive la climatisation, grâce à ce bienfaisant confort moderne ma chair se resserre autours de mon squelette, seul inconvénient, mes pensées reprennent corps. Le trajet est de courte durée. En sortant je me heurte aux cigales. Elles forment un mur de son tellement violent qu'on les croit factices. Des yeux je cherche une équipe de tournage, un catering, rien. Est-ce que la municipalité, pour faire localo-provençaou, aurait dissimulé des hauts-parleurs dans le parking ? Je ne vois toujours rien. Au bruit métallique, des cymbales de Cicada Orni en quête d'amour, se mêle des accents colorés qui me guident vers le bâtiment perle.
Je marche en direction du néon gueulard rouge "ENTREE". La pente et la brûlure du soleil distendent ma peau qui s'ourle d'une fine couche de transpiration pour ne pas cuire. Je respire par petites lampées douloureuses, un air rare, chauffé à blanc au moment exact du zénith solaire.
Je passe une double porte peinte, un accueil blême, une signalétique barbouillée, un ascenseur marqué. L'odeur râpe le fond de ma gorge et plaque mes narines vers le bord supérieur de mes lèvres, ou est-ce l'inverse qui se produit?... Il fait sombre, il fait vert, orange, violet. Mes yeux reçoivent des éclaboussures de peintures jetées par services. Sans ciller j'avance en suivant les courbes d'un parcours imaginaire fait de plateaux, de fauteuils, de grillagers, de femmes et d'hommes en blouse rose ou bleue...
Les numéros collés augmentent mon rythme cardiaque à mesure qu'ils décroissent. Des mots me parviennent, un bras me retient, la voix qui m'accompagne depuis la gare se tait. C'est officiel, je sais à présent que l'on peut ne pas reconnaître celui qui vous a donné le jour. La tristesse dans ses yeux noisettes me renseigne, seul son nez me donne de sérieux doutes. Un nez hilarant en forme de triangle que je n'ai jamais vu sur le visage de mon père s'y trouve singulièrement et fièrement fixé! Peu à peu ce vieillard calamiteux, maigre, en chemise de nuit blanche ouverte dans le dos et en collant, redevient mon papa.
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