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Le temps d'une époque

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Victor Arouet

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Il est de ces temps où les hommes naissent, sans le choisir, à l’époque où il n’aurait jamais fallu. Parmi celle-ci, le centre du XXème siècle. La guerre, enfin... une guerre, comme les autres, celle qui oppose le nombre de morts civils, à celui des militaires. Vous remarquerez qu’en temps de guerre, pour favoriser ses chances de survie, il vaut mieux être du côté du fusil que de celui de la fleur. Les soldats, des êtres dont on à enlever l’âme, pour leur apprendre à supprimer celle des autres, voguent parmi les restes abattus de leurs amis, frères d’arme. Sur le champ dans la brousse, s’étouffe la crainte de ces soldats, qui regrettent que la tempête ne les ait pas emportés avec elle. Eux, ils regardent, ils contemplent ses corps prêts à former le plus grand temple dédié à l’Humanité, celui érigé avec les corps des disparus.
Tout cela est terminé, les Allemands reculent, premier signe d’une future défaite. Ces soldats vont pouvoir retrouver chez eux, si chez eux est toujours là. Huit mois de combats, de tires crachés dans un sens ou dans l’autre, de bombes sautées toujours sur leurs pieds, la poussière, écorce du temps qui passe, ne nous aveuglent plus. Nous marchions dans ce champs, car il fallait bien prendre une direction, nous choisirent celle du vent.
Certains s’arrêtaient parfois pour ramasser des photos ou papiers tombées de poches d’hommes, descendu par d’autres. Eux, ils auraient voulu ne pas avoir à ramasser ces souvenirs d’un passé paisible, ils auraient préféré être de l’autre côté, celui dont on ne revient pas.
Plus ils traversaient ce champ, plus les corps se mélangeait, comme si cette dernière bataille n’avait opposé qu’un même clan. Pas revanchard, ils ramassèrent tout ce qu’il pouvait, en se moquant de quel camp appartenait le corps.
Peter est jeune soldat juif américain débarqué fraîchement de Normandie, son régiment fut l’un des premiers à ensuite repousser les Allemands jusque leur propre frontière. C’était un petit soldat par la taille, et grand pas la réflexion. Il avait, en apprenant ce que le régime nazi faisait à sa communauté, et à d’autre, rejoint l’armée afin d’en découdre avec le persécuteur. Tout bien réfléchi, je crois qu’il se moquait de qui était celui en face, il voulait juste protéger les siens.
Ce champ, proche de la frontière, un soir de 9 Février 1945, sortait de son ventre terreux l’indigestion de corps, la pluie de la guerre les ayant enterrés, c’est désormais le soleil de la paix futur qui les sort, ils fleurissaient les cadavres. Ce soleil placé pour la poésie, laissait la vérité au temps. A chaque pas, le manteau neigeux fondait sous cette chaleur pestilentielle. L’odeur de la mort est un virus pouvant transmettre des maladies. Peter et ses frères s’armaient toujours d’un mouchoir devant leur bouche, il ne fallait pas respirer l’air.
Ce champ, rendu interminable par la force des jambes, qui peu à peu s’envolèrent sous l’impulsion de la fatigue mentale, avait bien une vertu, mourir maintenant serait mourir en combattant. Pour Nietzsche, la réalité est une question de perspective, d’interprétation, de point de vue, nous pouvons constater ici qu’il n’est pas juste de désigner la réalité comme une chose pouvant être décidé par chacun. Il s’appelait Abdel, c’était un Algérien qui avait débarqué lors de l’Opération Dragon, dans la 1ère armée Française. Il avait rejoint cette bataille sous le commandement de De Tassigny. Survivre à tout, sauf au froid et à la fatigue. Il tomba sur ces genoux, devant les autres, puis la face avant de son corps se plongeant dans cet océan de blanc, la tête heurta le casque d’un soldat de l’autre camp. Peter et les autres le regardèrent mourir, puis repartirent. Il fallait pour eux retrouvé où se chauffer au plus vite. Alors ils continuèrent.
Hatten était un petit village qui servait de point stratégique pour limiter l’avancé d’une troupe ou d’une autre. Bombardé, c’était la moitié du village qui avait dû disparaître dans leurs explosions. Il était fantomatique, les rues étaient désertes, ils n’y en avaient plus. Pour traverser le village le plus rapidement, il suffisait d’y entrer d’un côté, de marcher droit, et de sortir en face. Le soir tombé, ils avaient choisi de dormir dans les ruines d’une vielle ferme qui annonçait la sortie du village. Sur un reste de paille, les soldats s’allongèrent, puis retirèrent leurs vestes afin d’en faire un coussin plus solide. Puis utilisèrent la paille restantes afin de s’en recouvrir.
Il est d’importance historique est sociale de savoir comment s’est comporté l’Homme dans l’après-guerre. C’est pour cela que les peintres montrent, que les écrivaient racontent, et que les architectes rebâtissent, c’est toujours une manière de faire savoir le passer à travers les restes d’un présent.
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