Le téléphone relie les hommes

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Ingénieur de recherche dans ma première vie, aujourd'hui conteur et un petit peu écrivain aussi, Je m'inspire des aventures du quotidien comme point de départ de fictions courtes ; au lieu de  [+]

Le jeune homme est assis à la table du fond, immobile, silencieux, le regard dans le vague. Solitaire.
Vibration soudaine, puis sonnerie rock, musique des années 70, genre Led Zep ou les Who. L'effet est immédiat : silence dans la salle du bar, les clients se figent. Lui sursaute, tend la main, saisit le portable, effleure l'écran. Tous les yeux se tournent vers lui, toutes les oreilles se tendent vers lui. En même temps.
– Oui, je suis là. C'est ça, au bar, je t'attends.
Les consommateurs sont attentifs, réceptifs, suspendus aux mots du jeune homme. On écoute, on patiente aussi.
– Ben oui, ça fait vingt minutes que je suis là.
On acquiesce, on hoche la tête.
– Non, non, je ne bouge pas. Oui, oui, prends ton temps.
On hausse les épaules, on fronce les sourcils. On n'est pas d'accord, il faut qu'elle se dépêche maintenant. Qu'est-ce qu'elle croit ?
– Je sais, je sais, tu as plein de choses à faire, mais quand même c'et toi qui... c'est bon, j'attends.
On grogne, on grommelle. Le mécontentement s'amplifie. On s'agite, on s'agace, on regarde sa montre.
– Quoi ? Pas avant une heure !
On râle ouvertement, on s'irrite démonstrativement. L'impatience est à son comble. Pas question d'attendre encore, non mais, elle se prend pour qui ?
– Tu es sûre que tu viens au moins ?
On manifeste, on soupire exagérément, on tapote nerveusement des doigts sur les tables de plastique. On murmure, on s'échange des regards courroucés. De qui se moque t'elle ?
– OK. Alors, plutôt demain ?
On colérise. Colère qui devient dépit. On tape du pied. On désapprouve. Avec force.
– Oui, oui, tu as raison, c'est mieux comme ça.
On baisse la tête, on lève les yeux au ciel, on expire fortement. Il a cédé, une fois de plus.
Silence pesant, absence de réaction du jeune homme, les yeux fixés sur l'appareil. Un long moment. Puis il le remet dans sa poche, avec lenteur, avec hésitation, comme si...
On s'exclame bruyamment, un OH, NON ! sonore. On se frappe la cuisse avec la main, on tape du poing sur le comptoir en zinc. On lève les bras au plafond.
Lui se redresse, dépose deux pièces sur la table. Il se dirige vers la porte, mollement, le front baissé, les yeux humides. Il sort. La porte se referme, un claquement sec.
On le suit du regard un instant à travers les vitrines embuées, puis on le perd de vue au détour d'une rue. On l'oublie. L'attention se reporte sur son voisin et sur son verre, les conversations reprennent. On parle de tout et de rien, du temps qu'il fait, des enfants, de politique, des malheurs du monde. Peut-être aussi d'amour.
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