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Le Tatoué

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K57

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Bâti à la hâte dans les années cinquante pour soulager la prison fédérale d’Ombry qui ne contenait pas de secteur de haute sécurité, le pénitencier du Rock Shoot érige ses murs sombres à flanc de berges de l’île qui porte désormais son nom et sa réputation.
A quelques miles d’Ombry, battu par les flots, ravitaillé mensuellement par la frégate fédérale, tel L’Ile Aux Morts de Böcklin, le rocher incarne l’impasse existentielle dans laquelle se sont fourvoyé ses détenus. Sans espoir de retour. Une mort cernée de mort.
Quarante ans ; aucune évasion. Aucune tentative d’évasion.
Le Tatoué, soixante ans, est un de ses plus vieux pensionnaires.
Les informations le concernant qui circulent en vase clos, se sont mues en légende ;
1948 ; enlèvement de lady Shoomper fille du magnat de la presse, remise de rançon. Ni Elisabeth Shoomper, ni ses ravisseurs, ni l’argent de la transaction ne furent retrouvés.1950 affaire classée. 1951 le Tatoué, sans casier judiciaire, lors d’un contrôle d’identité de routine, pris de boisson tombe, impliqué dans le rapt sur le fait que le coffre de sa Firebird contient des vêtements de femme identifiés comme étant ceux d’Elisabeth Shoomper lors de son enlèvement. Il est incapable d’en justifier la présence dans son véhicule. Plaide non coupable. La seule piste Shoomper ; perpette à Rock Shoot.

Ed Monsanto, le Tatoué, a le corps couvert de tatouages. Jusqu’entre les orteils.
Aucun intervalle de peau dépourvu d’informations.
C’est ce que pense Ralph Travis trente ans, trois attaques à main armée, deux morts, son compagnon de cellule.
La carte du trésor de la rançon d’Elisabeth doit être inscrite sur sa peau, car pour celui qui ne parle plus, c’est encore un choix de signifier par la surface qu’il offre à autrui.
Le F.B.I s’y est attelé après son arrestation, l’a examiné sous toutes les coutures. Mais aucun spécialiste du décryptage n’est parvenu à « casser la machine Ed ».
Pourtant il s’exprime encore par exemple, durant les séances de musculation, activité à laquelle il s’adonne pluriquotidiennement, la saillie de certains galbes révèlent sur son corps d’athlète, tel ou tel détail de telle ou telle fresque, de telle ou telle formule, de tel ou tel repère. Mais son corps est encore trop le fruit d’une vitalité, trop en mouvement pour que, comme dans un livre qu’on compulse, Travis y aille à loisir chercher un enseignement.
Peu chaut à Travis de savoir que jamais il ne sortira du rocher.
Sa raison d’y survivre est le secret du Tatoué.
Toutes les nuits en éveil, il tente de lire le corps d’Ed secoué par les spasmes de Rock Shoot. Du repentir ?
Il connaît même par cœur les dessins déployés sur son pénis en érection.
Illisible.
La mort.
Un oreiller.
En regard de l’extrême vitalité du Tatoué, du passé de Travis, son décès paraît hautement suspect, une autopsie est demandée.
Le légiste-son assistant ;
-Foie...cœur...reins...R.A.S...un p’tit coup d’œil à la tripaille...tiens, son appendice...il me semblait avoir lu dans son dossier médical qu’un chirurgien, Erwin Monsanto...parent de la victime ?...parent du fameux Shin Monsanto roi de la pègre, de la mafia des casinos qui défraya la chronique dans les années cinquante pour subornation de magistrats ?... lui avait ôtée à l’âge de vingt ans ?
-La sienne a du repousser...
-Non...celle là, on l’a retirée, tatouée, puis re suturée...regarde sa base !

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