Le tableau magique

il y a
1 min
136
lectures
21
Finaliste
Jury

J'aime sentir mes doigts s'agiter sur le clavier de mon ordi. C'est eux qui dictent les mots et les histoires que short édition me donne l'occasion de partager avec vous. Merci  [+]

Image de 2015
Image de En haut de l'affiche
3 heures du matin, mes paupières s’ouvrent brusquement dans le noir de ma chambre. Très vite je me souviens que mon mari et Pierrot, mon petit de 4 ans, ont déserté Paris pour le week-end. Des copies d’élèves, en souffrance, m’ont forcée à rester dans notre grande maison, seule. Je perçois mieux maintenant les bruits qui m’ont réveillée. Avec précaution je me glisse, les pieds nus, sur le parquet de la chambre. Chausser mes pantoufles signalerait ma présence au tueur en série venu m’assassiner. La veille, j’ai regardé « Faites entrer l’accusé à la télé ».
Il me faut m’orienter à l’oreille qui me souffle qu’à l’étage tout est tranquille. C’est d’en bas que vient le bruit. Ma gorge se sèche, mes yeux se mouillent. Surtout garder son sang-froid. Je descends l’escalier de marbre dont le contact avec la pierre me glace. À tâtons, je me dirige vers la cuisine. Sur le plan de travail, éclairés par la lune, les couteaux offerts par ma belle-mère. Je saisis le plus grand et ainsi armée, j’avance vers la chambre de Pierrot.
Je tremble de froid et d’effroi mais je n’ai plus le choix. Devant la chambre, j’ouvre brutalement la porte et brandissant mon couteau, je crie « Haut les mains ! » oubliant que ce n’est pas un revolver que je tiens.
Et là, médusée, j’assiste à un spectacle inattendu.
Sur le tableau magique de Pierrot, celui sur lequel s’aimantent les lettres de l’alphabet, se jouait en musique un drame incroyable.
Les lettres multicolores se mêlaient aux accents et aux signes de ponctuation dans un chaos assourdissant.
Le S hurlait « Je vais te saigner ! » au T qui lui répondait « Et moi je vais te tuer ! ». Le B et le D se défiaient tels des sumos dans l’arène. Le tiret gisait rouge de sang près du V qui criait victoire.
Au son de « Pin-pon Pin-pon ! » le P et le H s’affairaient auprès des blessés.
Flanqués d’un point d’interrogation le O et le U coiffé d’un accent grave, erraient complètement perdus. Le Z ne cessait de répéter « J’suis nul, j'vaux rien, zéro ! »
Le Q, lui, qui n’en revenait pas, était sur le cul. Impuissant, il assistait à cette bataille entre ceux qui avaient toujours été amis malgré leurs différences de couleurs et de formes.

La musique se fait plus forte et c’est à ce moment-là que je reconnais « Je m’voyais déjà... » de Charles Aznavour. En un éclair, je comprends. Les lettres se disputaient le haut du tableau !
Devant mes yeux ébahis les vainqueurs s’affichent. Le E, le G et le O, ragaillardi, forment sur le tableau de Pierrot le mot « égo ».

21

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,