Le sourire sardonique

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Le ciel est une tapisserie en fausse 3D isométrique. Un décor avec un effet de profondeur rendu possible par des scrolllings parallax  [+]

Lorsqu'une situation me semble désespérée, toutes mes facultés mentales s'emballent et, dans le même temps, abdiquent honteusement face à l'inéluctabilité de l'issue. Ma bande passante se fige désespérément.
Toutes les ressources cérébrales dédiées ne serviront, au mieux, qu'à établir le cruel diagnostic: le désastre est confirmé, il n'existe aucun traitement.

Manque d'opiniatreté manifeste ou résignation lucide ? Comment trancher. Mon appréciation de la problématique relève-t-elle plus du ressenti ou de l'analyse?
Un abandon prématuré peut être synonyme de gâchis.
Attention toutefois à l'excès de confiance. Le courage, valeur noble ou simple fruit de l'adrénaline, peut facilement nous faire déjouer dans nombre de cas. Car la réalité froide et immuable qui s'impose tel un mégalithe, n'a que faire de cet optimisme irresponsable si vaniteux.

Ainsi, dans un contexte résolument critique, un accord tacite se noue entre mon corps et toute la physique de mon environnement. Le cerveau en est alors exclu. Après tout, ce dernier a déjà eu sa chance en amont et a lamentablement échoué. Il restera donc en PLS cette fois. Un peu à l'image de cet animal piégé au milieu de l'autoroute, puni d'avoir voulu braver l'impossible et désormais immobile face à une mort plus que certaine.

En vérité, ça n'est pas la terreur qui paralyse cette bête mal inspirée. Son effroi soudain témoigne juste d'un éveil à la raison. C'est la prise de conscience fulgurante, presque humaine et fataliste, qui l'amène à évaluer ses capacités motrices trop restreintes pour se sortir de pareille situation.Trop tard pour reculer, pas assez véloce pour atteindre l'autre rive: elle comprend où sa nature primesautière l'a conduite. Cette même audace, jadis précieuse alliée, l'a, cette fois-ci, abandonnée. L'instinct, cette spontanéité foncièrement prétentieuse, qui a voulu, coûte que coûte, gagner l'autre rive du Styx, a comme été rattrapé et submergé par une forme d'intelligence illuminée avant la mort.

Laissons donc de côté l'humanisation de l'animal au crépuscule de sa vie et revenons plutôt à ma vulnérabilité. Le contexte étant posé, je ne sais pas si le constat relève plus de la vérité ou de ma vérité. Est-ce seulement la conséquence d'une propension à la catatonie ?

En tout cas, cette inextricable impasse mentale est tangible. Elle possède une forme. Je l'ai déjà observée, plusieurs fois même. La thèse d'un délire mystique est écartée, cette lésion existe. Elle revêt les traits d'un rictus laid et contracté. Les tissus tendus à en faire péter les maxillaires et les veines du corps tout entier. Cette grimace est le dernier rempart avant la démence. Pas un son n'émane de ce sourire figé, ou tout au plus un lointain craquement sourd perdu dans les limbes de mes organes. Qu'on ne s'y méprenne, je ne parle pas ici d'une moue classique, visible de l'extérieur. Non, mon visage dans pareilles situations, je le connais: il est livide, apathique, effondré, condamné, mais en aucun cas terrifiant. Non, je parle bien d'un sourire figé qu'une IRM de mon âme serait encline à révéler à un moment infinitésimalement précis. Un ulcère dévoilant une parure de couronnes. La calcification des pulpes. Le sourire sardonique.
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