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Le sourire de la lune

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Benoît Albigès

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Dans une grande et haute tour habitait une jeune mère qui vivait seule avec sa fille, Sarah. La petite fille représentait tout pour Raphaëlle, sa jeune maman, qui s’échinait à un travail quotidien éreintant pour apporter à son enfant de quoi la nourrir et la vêtir aussi décemment que possible. Un jour d’automne, alors que la fragile silhouette attendait tranquillement le bus devant son école, une explosion immense, soudaine, terrifiante, la projeta face contre terre. Après des bruits, de la poussière, tandis que la tête lui tournait un peu, elle se releva et se rallongea aussitôt en pleurant. Un morceau de métal s’était planté profondément dans sa jambe.
Sarah fut admise à l’hôpital où on lui prodigua les soins d’urgence. La petite fille eut souvent très mal mais, courageuse comme sa maman, elle serait fort les dents, les poings et ne se plaignait jamais, forçant l’admiration des infirmières qui s’occupait d’elle.
Mais les soins à l’hôpital coutaient très cher, beaucoup trop cher pour cette famille pauvre ; en tout cas, c’est ce qu’expliqua le directeur de l’établissement, lorsqu’il intima à Raphaëlle de récupérer son enfant pour la soigner chez elle.
La mère et sa fille rentrèrent donc toutes deux dans leur modeste appartement et Raphaëlle s’occupa de Sarah avec tout l’amour et la tendresse que son grand cœur de mère pouvait contenir. Mais la blessure de l’enfant n’avait pas eu le temps de bien cicatriser et malgré l’océan d’attention que lui manifestait sa maman, la vilaine plaie de sa cuisse trop maigre ne se refermait pas. Pire, la blessure commençait à suppurer et la petite jambe, d’habitude teintée d’une jolie couleur rose, commençait à revêtir un voile violacé, au point que l’on commençât à parler d’amputation.
Révoltée par son impuissance et celle du monde devant le mal sournois qui frappait sa fille, Raphaëlle attendit que Sarah s’endorme et partit dans la nuit, à travers la ville, avec la folle mais ferme intention, même si elle ne savait pas vraiment comment, de trouver un remède. Elle marcha des heures sur le trottoir mouillé, sillonnant grands boulevards et rues sinueuses avec la lune blanche et froide comme seule compagne ; mais même la détermination et l’affection les plus pures doivent parfois céder face à l’adversité qui se déchaine, et c’est ainsi qu’au milieu de la nuit, revenue bredouille à son point de départ, fourbue et découragée, elle s’assit sur un banc et, de rage, de fatigue et de désespoir, éclata en sanglots.
« Pourquoi tu pleures, Madame », interrogea une voix derrière-elle. Elle entendit la voix mais, le visage serré entre ses mains usées par le labeur, elle n’eut pas le courage de répondre. Une forme recouverte de turbans s’assit à ses cotés et posa sur son épaule une main bienveillante, couverte de henné. Cette forme, c’était Fatima, une vieille habitante de l’Atlas marocain qui finissait ses jours dans la banlieue de cette grande ville, comme ces navires, toujours beaux et fiers, abandonnés contre les quais noircis d’un port industriel après avoir parcouru les plus beaux rivages du monde.
Et c’est ainsi que Raphaëlle, les joues baignées de larmes, partagea avec elle quelques-unes des épines qui traversaient son cœur meurtri. Ensuite, Fatima décida de raccompagner sa nouvelle amie chez elle. Lorsqu’elles pénétrèrent dans l’appartement glacé, l’enfant dormait toujours.
Fatima se rendit dans la cuisine et commença à saisir différents ingrédients qu’elle portait entre les plis de son vêtement et qu’elle mélangea énergiquement dans un petit récipient de terre.
« Je n’ai pas très faim, vous savez... » expliqua Raphaëlle, pensant que veille dame avait la gentillesse de cuisiner pour elle.
« Ce n’est pas pour toi, mais pour la petite... » se contenta de répondre Fatima, toute à sa tâche. Raphaëlle, visiblement épuisée, l’observait. Les mains se déplaçaient avec vitesse et dextérité. Le visage mat, craquelé comme un vieux parchemin, se relevait régulièrement pour lui sourire, comme pour la soutenir dans son attente.
« Cela fait maintenant trois jours qu’elle n’a pas mangé », repris Raphaëlle après un long moment de silence, les yeux dans le vide, à nouveau au bord des larmes.
« Voici le médicament », dit Fatima, lui tendant le ramequin dans lequel elle avait préparé sa mixture. « Qu’est-ce que c’est demanda la jeune femme triste ?
- Chez nous on appelle cela le sourire de la lune et cela guéri tout, ou presque... Applique-le matin et soir et tout ira bien », conseilla Fatima, puis elle partit.
Raphaëlle suivit à la lettre la prescription et jour après jour, la plaie de Sarah se résorba jusqu’à sa complète guérison, suscitant la perplexité de tous les médecins.

Raphaëlle essaya de retrouver Fatima dans le quartier, pour lui témoigner son immense gratitude, mais ses recherches étaient restées veines.

« Maman, regarde j’ai une cicatrice. » Sarah amusée indiquait une marque un peu plus foncée à l’endroit exact où se trouvait autrefois sa plaie. Raphaëlle s’approcha et passa délicatement le pouce sur le petit croissant.
« Ce n’est pas une cicatrice, mais un croissant de lune, ma chérie, expliqua-t-elle.
- C’est quoi un croissant de lune ? demanda la petite fille.
- C’est un sourire ma chérie, c’est la lune qui te sourit. »
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Joue-flue · il y a
Magnifique :)
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Image de Valentine
Valentine · il y a
une bien jolie histoire... il est si doux de rêver... merci
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