Le sourire craquelé

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Julia a toujours adoré les masques, elle en a une malle complète. Elle s’amuse à en porter un chaque jour, il lui arrive même dans changer plusieurs fois en une journée. Elle les choisit avec soin selon les personnes qu’elle va rencontrer, les événements auxquels elle va participer et parfois même selon le temps qu’il fait. D’après Julia, ses masques sont magiques, ils ont le pouvoir d’apaiser les gens qui l’entourent. Celui qu’elle préfère est celui du sourire. Il est grand et peinturluré de couleurs vives qui lui font penser au festival d’été auquel elle participe chaque année avec son jeune frère. Elle le porte très souvent, elle adore le sourire qu’il provoque chez sa maman. Derrière son masque la réalité ne semble plus la même, tout est comme édulcoré. Comme si les couleurs de la vie prenaient une teinte pastelle qui la rassurait. Ces derniers temps, Julia sentait que quelque chose n’allait pas, elle entendait comme des craquelures sous son masque, mais elle n’osait pas le retirer de peur de découvrir ce qui se cachait dessous.
Un jour, alors qu’elle rentrait de l’école, elle s’aperçut qu’il n’y avait personne chez elle. La maison était vide et à ses cris d’appel, seul le silence répondit. Julia avait beaucoup de choses à faire, elle le savait, mais une idée l’obsédait : le miroir. Elle voulait voir, elle voulait goûter à ce reflet interdit. Elle s’approcha de la salle de bain et entrebâilla la porte. Dans l’obscurité dévorante, elle distinguait les traits du miroir qu’elle pensait si bien connaitre. Après tout un coup d’œil ? Personne ne le saurait ! Elle s’approcha de la glace à petits pas.
Dans le noir, alors qu’elle se penchait sur la vitre gelée, elle imagina les contours de son visage et les parcourut de ses doigts fins. Elle sourit à cette simple pensée. Elle se saisit soigneusement de son masque avant de le poser sur le meuble. Elle ferma ensuite les yeux et posa les doigts sur l’interrupteur et l’enclencha, une lumière jaillit dans la pièce. Julia ouvra tout doucement les yeux, mais cette simple vue lui coupa le souffle. Toutes les couleurs pastelles avaient disparu et celles qu’elle voyait n’étaient plus vives, mais ternes, crues et froides. Son reflet ne semblait être qu’un mirage. Elle ne se reconnaissait plus, elle avait vieilli, elle n’était plus cette petite fille. Ses yeux étaient gonflés, ses lèvres gercées et ses joues étaient humides.
Alors qu’elle était captivée par cette image, elle entendit un grand fracas. Lorsque son regard glissa vers le sol, elle s’effondra. A genoux, elle effleura le masque fendu. Une larme parcourut l’ensemble de son visage, avant qu’elle ne tende les mains pour le récupérer, mais plus elle essayait de s’en saisir, plus le masque craquelait, jusqu’à ce qu’il ne devienne que des cendres. Les mains imprégnées de craies colorées, Julia était comme figée. Elle prit une profonde inspiration et l’angoisse la submergea. Elle se releva et courut jusqu’à sa chambre se précipitant sur la malle qui contenait ses trésors. Alors qu’elle l’ouvra, elle s’aperçut que tous étaient fissurés. Julia avait beau se saisir de chacun d’entre eux, en vain, tous finissaient en poussière imprégnée des pigments favoris de Julia. Celle-ci se recroquevilla sur elle-même avant de se laisser tomber sur le sol. Des larmes gorgèrent ses yeux alors que ses bras l’entourèrent fermement, s’inventant un refuge qui n’appartenait qu’à elle.
Il fallut du temps avant que Julia n’accepte de sortir de chez elle. Toutefois dès qu’elle le fit, elle se rendit directement au magasin pour acheter le matériel dont elle avait besoin. Dans la rue, les visages des passants n’étaient plus apaisés ou souriant, ils n’exprimaient plus que de la pitié. Une fois de retour chez elle, elle s’installa à son bureau et éparpilla tout son matériel. Devant son œuvre encore vierge, elle disposa toutes ses couleurs, car celui-ci deviendrait le plus rayonnant qu’elle n’eut jamais porté.
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