Le souffle du vent

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J'aime assembler les mots. Je fais des fautes, parfois, dans la vie comme dans mes phrases, mais je travaille pour m'améliorer. J'aime le bleu du Sud, la pluie légère de Normandie et le ciel à  [+]

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Salomé est assise au bord de la route. Elle habite en périphérie du centre-ville.

Peu de personnes empruntent ce chemin, alors les conducteurs ont tendance à accélérer ici.

Au bout de la route, il y a un de ces panneaux en forme de silhouette surmontés de fleur. Un hommage aux fêtards imprudents qui confondent la route avec le trottoir en rentrant, et qui en payent les conséquences.

Dans le quartier, des dizaines de familles avaient porté le noir à cause de cette route. C’est pour ça qu’elle a toujours eu peur de ses grandes voies où les humains se retrouvent au contrôle d’engins surpuissants.

La route devant chez elle, elle avait l’habitude de s’en tenir le plus éloigné possible. Maintenant, elle danse dans l’incertitude sur l’asphalte gris. Son pied s’avance, recule...

Il est six heures, ils sont tous pressés de rentrer chez eux. Ce sont ceux qui travaillent la nuit et peuvent à peine garder les yeux ouverts. Ceux qui dorment le jour. Des inadaptés à la société, comme elle. Ils accélèrent dès que possible, emmitouflés dans l'idée de leurs matelas confortables et de leurs draps moelleux. Elle sait qu'elle peut basculer du rien au néant en quelques secondes.

Elle n’aurait jamais fait ça avant. Mais il a fallu que Lucille s’en mêle. Bien sûr, il fallait qu’elle tombe du clocher de la vieille église. Lucille avait toujours eu cette envie –non, cette nécessité, de ne pas faire dans l’ordinaire. Lucille fait dans l’impressionnant et encore maintenant elle hante ses cauchemars de manière irréelle. Insomnies chroniques et rêves avortés par des ballerines capturés par le ciel ; chaussons de danses écrasés sur l’autoroute.

Cette nuit-là, Salomé avait décidé une énième fois de commencer à respecter son corps : arrêter d’abîmer sa chair, arrêté de chercher un échappatoire, arrêter.

Puis elle avait cherché Lucille, accompagnée du reste de ses amis.

Elle s’était éloignée d’eux pour réussir à avoir un peu de silence. Il y en avait qui râlaient : on s’ennuyait et puis « elle va revenir votre pote de toute façon ». Elle l’avait appelé, et Lucille, dédaigneuse comme toujours, avait simplement répondu que les voies de Dieu étaient impénétrables.

Une seconde plus tard, une poupée de chair fendit l’air pour s’écraser sur le parvis, et minuit sonna. Le sang, d’un rouge riche, profond, incroyablement sombre, coula jusqu’à la route.

Maintenant les yeux tachés d’un sang séché rubicond qui ne partait jamais vraiment, Salomé était horrifiée. Elle n’avait jamais réussi à s’en remettre. Et les autres au loin, qui n’avait rien fait. Qui avait tourné la page comme on ferme une porte.

Une voiture plus rapide que les autres qu’on entend au loin.

Elle ferme les yeux, inspire.

Elle ne peut plus supporter d’appartenir à ce cirque étrange. D’errer entre réalité fantasme cauchemar et insomnie. Il lui faut du calme.

Une seconde à peine.

Son pieds se lève, oscille...

Elle avance, lève le bras. La voiture s’arrête. Enfin.

« Vous allez où ? »
« Luc sur Mer. »
« Vous pouvez m’emmener à Ouistreham ? »
« Vous avez des problèmes ? »
« J’habite là bas et je n’ai plus d’argent pour le bus », mentit Salomé.
Le conducteur ne posa pas plus de question.

Elle s’endormit instantanément dans la voiture.

Une heure plus tard, les mouettes la firent ouvrir un œil. L’odeur des embruns la plongeait dans un état de bonheur infantilisant. Son conducteur la déposa près de la mer.

Elle quitta toutes les routes qui s’offraient à elle pour aller vers un pan de plage laissé à l’abandon. Elle enleva ses chaussures pour laisser ses pieds être lavés par l’écume. L’eau glaciale lui semblait laver les souvenirs de cette nuit. Le vent semblait lui conter des histoires d’un temps d’avant.

Après ça, elle alla à la terrasse d’un café. Le patron lui offrit un chocolat chaud. Elle se dit qu’elle devait vraiment faire peur. Elle le but tant qu’il était encore suffisamment chaud pour la brûler un peu. Le décor lui rappelait une vieille chanson d’Edith Piaf que son grand père adorait.

Elle reprit la route. Ses jambes la piquaient à cause du sel et du sable qui s’y était déposés lors de son escapade marine. Elle marcha encore et encore, jusqu’à une grande maison bleue traditionnelle près d’un carrefour. C’était si silencieux, ici. Elle toqua à la porte.

L’occupante lui ouvrit immédiatement, la serra dans ses bras et la fit s’asseoir. C’était une femme qui avait la beauté de celles qui ont fané tardivement et qui ne le savent pas encore. Ses cheveux gris étaient redressés en un chignon, sa peau parcheminée s’étirait sur des grands sourires. Elle ramena deux bols de riz au lait surmonté d’une couche épaisse de caramel, deux cafés, et ne posa pas plus de question.

« Mamie... » commença à dire Salomé, d’une voix hésitante et pleine d’une question.

« Tu sais, depuis que ton grand père est parti, je me sens seule. Tu veux bien rester un peu avec moi ? » l’interrompit la vieille femme d’un air faussement innocent, un sourire complice aux lèvres. « J’en parlerai à tes parents... »

Salomé posa sa main sur la sienne et la remercia d’un regard.

Une mouette rieuse cria.

Au bout de la route, il y avait toujours une nouvelle chance.
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Michaël Artvic · il y a
bravo ! je découvre, et j'ai aimé !
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Utilisateur désactivé · il y a
Une belle histoire de mamie et de petite-fille : je ne peux que voter ! Bravo pour cette belle idée !
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/le-coq-et-l-oie , si le cœur vous dit. ("le coq et l'oie")

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Eva Jet · il y a
Merci énormément, j'irai lire :)
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Utilisateur désactivé · il y a
Merci et à bientôt, alors.
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Ellyne · il y a
C'est vraiment touchant, et avec une belle écriture :) un beau message d'espoir et de vie pour lequel je vote! ;)
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Eva Jet · il y a
merci beaucoup :)
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Keith Simmonds · il y a
Une très belle histoire qui ne nous laisse pas insensible! Bravo! Mon vote!
Mes deux œuvres, BAL POPULAIRE et ÉTÉ EN FLAMMES , sont en lice
pour le Grand Prix Été 2016. Je vous invite à venir les soutenir si le cœur
vous en dit, merci! http://short-edition.com/oeuvre/poetik/bal-populaire
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/ete-en-flammes

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Eva Jet · il y a
merci beaucoup :)
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Solène T. · il y a
*à un port breton
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Solène T. · il y a
Une très belle histoire de vie... On se laisse griser par tes mots, par Salomé, c'est vraiment bien écrit - et en effet un peu déboussolant, bref, un beau voyage (d'ailleurs, Ouistreham, c'est en Normandie non ? Je n'y suis jamais allée, mais ta description me fait penser a un port breton...). Bravo :') +1
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Eva Jet · il y a
Merci énormément pour ton commentaire, contente d'avoir réussi à te faire voyager ! Oui c'est en Basse-Normandie :)
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Oceane Caraes · il y a
Je suis un peu déboussolée, je me suis fait happer par tes mots sans trop savoir au j'allais... Merci pour ce voyage immobile!! Et en plus il n'y a que les vrais qui connaissent Luc-sur-Mer!! :)
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Eva Jet · il y a
Merci beaucoup ça me fait très plaisir ! Normandie en force haha ! :D
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Oceane Caraes · il y a
Tu habites par là-bas ou c'est vraiment la maison de ta grand mère? Moi je suis depuis cette année sur Biéville Beuville et j'adore me savoir aussi proche de la mer! :D
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Eva Jet · il y a
J'habite à Caen et mes grands parents sont dans la campagne :) Ah je connais ! Moi je suis à une heure du coup et c'est sympa aussi, on reste assez proche de la mer :)
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Oceane Caraes · il y a
Je suis au lycée Malherbe, si tu me dis que toi aussi c'est juste trop ouf!! :D
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Eva Jet · il y a
Ah trop ouf ! J'y étais l'année dernière, j'ai passé mon bac là-bas :D !
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Elena Lmr · il y a
Pfff, Malherbe ça pue :P
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Eva Jet · il y a
Pff, mauvaise langue :p !
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Elena Lmr · il y a
Les vrais vont à Hérouville. Tss.
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Eva Jet · il y a
Les vrais habitent à Hérouville, les faux y étudient ;) héhé
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Elena Lmr · il y a
AH MAIS T'ES UNE TRAITRESSE EN FAIT !
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Eva Jet · il y a
mais du coup non, c'est toi >>
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Elena Lmr · il y a
Calomnies ! Yavait pas de lycée là où j'habitais huhu
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Eva Jet · il y a
MOUAHAHAHAHAH :D
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Loutze · il y a
Tu sais ce qu'on dit ? que les histoires bien racontées ne sont pas aussi longues que ce qu'on croit. J'ai l'impression d'avoir voyagé, d'être parti loin, j'ai l'impression de lire une vraie histoire, et c'est très bien raconté, bravo ! bravo :) N'hésites pas à passer voir ma TTC si tu as le temps, bon courage pour la suite !
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Eva Jet · il y a
Merci beaucoup, j'irai lire ta participation :)
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Loutze · il y a
Derien je le pense ! merci :)
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Elena Lmr · il y a
Ouiii ! Ah jsuis tellement contente qu'on participe ensemble :3
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Eva Jet · il y a
Moi aussiiiiiii :D