Le Souffle du démon

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J'adore la poésie, j'en écris un peu et j'en lis beaucoup. J'ai déjà publié un recueil et je publie régulièrement dans la revue "L'Albatros" de "l'Académie de la Poésie Française". Et puis  [+]

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Je m’appelle Natalie, vous pouvez m’appeler Nat comme mes amis, vous en faites désormais partie. Je suis mariée et j’ai deux enfants en bas âge, 2 et 5 ans, qui enluminent notre quotidien à mon mari et à moi. Nous menions une vie normale, paisible, banale dirais-je...le bonheur ! Je suis dans l’informatique et mon époux est docteur en médecine, généraliste. Un couple tout ce qu’il y a d’ordinaire qui menait une vie ordinaire avant cette fatidique nuit !
Entre nous, avant d’en parler, je ne sais pas ce que vous pensez du fait d’avoir pour mari un médecin qui vous met à l’épreuve de passer son diagnostic au quotidien, qui vous met la pression au sens pratique comme au sens figuré, toujours l’œil inquisiteur et les mains baladeuses. Remarquez ! Ce n’est pas pour me déplaire ! Etre sous une attention assidue et aimante, c’est ce que demanderait toute épouse à son mari, mais à la longue ça devient lassant ! Chaque chose a ses moments et a ses lieux à la fin ! Avec lui j’ai l’impression d’être sous le microscope à chaque jour que fait le bon Dieu.
C’était au lit, au cours de notre thérapie de couple qu’il me fit mal par une main plus insistante que d’habitude. Mon cri de douleur l’arrêta net et le médecin prit le pas sur l’amant entreprenant. Il me palpa le sein tout doucement en parlant d’une voix professionnelle, neutre, rassurante... Rien de vraiment sérieux, une petite bosse, une toute petite bosse, il n’y a pas de quoi s’alarmer seulement il faudra quand même consulter pour éliminer le doute, m’a-t-il suggéré ; il connaît un excellent praticien qui nous fera passer toute la panoplie médicale s’il le faut ! Et...
Nous avions essayé de reprendre notre activité là où nous l’avions laissée mais le cœur n’y était plus. L’atmosphère avait changée, elle était devenue lourde, nocive...
J’étais anéantie ! Je pensai en leitmotiv : « la bête est en moi ! La bête est en moi !... »
Plus rien n’était plus comme avant et ne le redeviendra plus car la bête était effectivement en moi et avait fait son nid dans mon sein gauche, le cancer ! On ne l’évoquait ou ne prononçait son nom qu’en touchant du bois car il a les oreilles longues et entend chaque murmure ou chaque pensée le concernant et les considèrent comme un appel, une invocation à laquelle il se fait un devoir et un malin plaisir d’y répondre sans tarder et sournoisement s’installer sans prévenir. Je ne l’avais jamais évoqué et pourtant il était là et prenait ses aises, un vrai démon !
Heureusement il était au premier stade, la tumeur était encore petite moins de 2 cm, par contre lui, c’était l’un des plus pernicieux. Il faut l’éradiquer sans tarder avant qu’il fasse des petits.
Après cette nuit une période cauchemardesque s’en suivit où l’espoir était en berne. Les traitements se suivirent et ne se ressemblèrent pas et mon physique s’en ressentit gravement. L’ablation d’un sein, la perte des cheveux suite à une chimiothérapie éprouvante et une perte de poids conséquente sans parler du moral...
Remarquez que perdre un sein n’est en soi pas très grave, je ne vais pas comme qui dirait perdre l’équilibre du fait de cette asymétrie, d’ailleurs je peux toujours compenser en me faisant poser une prothèse ou en entreprenant une reconstruction mammaire et paraître ainsi presque aussi équilibrée que jadis.
Quant à la boule à zéro que j’arbore, sans l’avoir cherchée ou souhaitée, elle me donne un look d’enfer paraît-il. De toute façon je dois me montrer positive et prendre cet incident de parcours dans ma vie avec philosophie. Elle me dispense d’ailleurs des tracas de lavage ou de toutes autres opérations de coupe ou de coiffure qui grèvent en général mon budget mensuel.
Le poids quant à lui est facile à récupérer, il me suffit de m’empiffrer de sucreries et de petits plats gras pour retrouver mon physique d’athlète avec un semblant de sport. Vu l’état dans lequel je me retrouve, une maigrichonne au teint cadavérique, une véritable zombie, le sport sera nécessaire.
Pour l’instant je dois reprendre des forces pour arriver au bout de ces réflexions d’optimiste puisque d’après les dernières analyses la rémission du mal est totale.
Il faut bien dire que j’ai traversé cette période infernale avec le soutien inconditionnel de mon entourage, famille, amis et collègues, ils étaient toujours présents à m’encourager et me remonter le moral si jamais ils remarquaient un quelconque fléchissement de ma part. J’étais solide physiquement et moralement. Mais rien que pour eux je me devrais d’être forte et inébranlable. J’ai un mari aimant et deux enfants qui ont besoin de moi pour les accompagner avec l’aide de leur père jusqu’à leur envol final.
J’ai fait de mon mieux pour satisfaire tout le monde, c’est pourquoi j’ai pris en considération leurs conseils même celui d’un suivi psychologique pour m’aider à surmonter cet état des choses. C’était seulement pour leur faire plaisir car je savais que ça n’aboutirait à aucun résultat, la bête est toujours présente, prête à bondir sur sa proie et ils ne s’en rendent pas compte. Il faudra l’exorciser, la renvoyer dans son royaume infernal pour s’en débarrasser définitivement. C’est la seule solution, c’est pourquoi j’ai décidé de partir loin de ces lieux qui ne croient en rien ; l’Asie ou l’Afrique c’est là qu’existent des exorcistes facilement accessibles et dont le travail est efficace. Le Maroc est plus prêt et j’ai trouvé sur internet un exorciste exceptionnel d’après les témoignages des personnes qui ont eu recours à ses compétences. Il n’est pas cher, il ne demande qu’un cadeau aussi modeste soit-il selon le bon vouloir du malade, un pain de sucre de deux kg par exemple, ce n’est qu’après leur guérison que ses patients peuvent le récompenser s’ils en sentent le besoin. Il est à Rabat, la capitale. Cela me fera quelques jours de vacances au soleil. C’est le prétexte que je vais dire pour justifier mon escapade en solitaire, sinon ils me prendraient pour une folle si je leur dit la vérité.
C’est mes enfants qui vont me manquer le plus... mais ils ont la nounou et leur père pour s’occuper d’eux pendant mon absence.
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