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Le silence de la neige

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Clarajuliette

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Un jour je suis partie, un jour d'hiver. J'ai sorti la voiture du garage et quand le moteur s'est mis à tourner, déjà je me suis sentie ailleurs. Ce n'était pas si difficile de partir et puis cette maison devenue trop grande pour moi m'angoissait. Ce n'était plus un refuge. Elle était devenue simples murs de briques qui ne me protégeaient ni de mes peurs ni de ma solitude.


Partir, il fallait partir...Rouler sans regarder ni les panneaux, ni les kilomètres au compteur. En route je ressentais une puissance, celle de tenir mon destin en mains, être mon propre maître. Depuis combien de mois, d'années n'avais- je pas ressenti cela ? Quand j'étais étudiante dans ces fêtes où l'alcool et la nuit me rendaient maître de ma vie, je croyais alors tenir pendant quelques heures mon destin entre mes mains. Mais ce n'était qu'illusion. Aujourd'hui la jeunesse est passée par des chemins souvent tortueux, au travers de mauvaises rencontres que je n'ai pas vu venir, et des maisons trop grandes, souvent sans âme m' ont fait douter de ma liberté.


Je roulais, traversant des villes désertes, éteintes par le froid de l'hiver, des plaines blanchies par la neige, sans vie. Une mort toute blanche. Mais c'est ce que je voulais au fond. Qu'il n'y ai personne sur ma route, de ce genre d' êtres malfaisants qui vous montrent le « bon chemin ».


Le soleil jaune pâle était monté haut dans le ciel épais, gris. J' étais seule mais j' aimais cette nudité, ce silence glacé. Je roulais. De vastes étendues neigeuses s'immobilisaient peu à peu devant moi. Je n'étais jamais venue jusqu'ici et pourtant des souvenirs de neige m' apparaissaient , là sur ma route.


Je me suis souvenue...l'espace immense, lisse, blanc. Je revoyais la neige tomber, frôlant de ses gros flocons mon visage d'enfant. Cette neige si douce, apaisante, qu'on aimerait garder au creux de ses mains, qu'elle reste toujours, légère, blanche. Je me souvenais d'une promenade avec mon père quand j'étais enfant. On traversait un grand lac gelé, tout autour les sapins étaient couverts de neige. Brusquement j'ai lâché la main de mon père puis j'ai couru sur le lac gelé pour rejoindre l'autre rive. En lâchant la main de mon père j'avais ressenti une immense fierté, celle d'avancer seule sans protecteur. Mais tout à coup ma jambe s'est enfoncée, brisant la glace me rendant prisonnière du lac. Avant que je ne crie de terreur, mon père avait déjà accouru pour me tirer de ce mauvais pas.


Et voilà qu'aujourd'hui, laissant ma maison derrière moi, roulant au hasard des routes, je pensais à nouveau à la main de mon père, cette main forte qu'il avait lâchée puis cette même main qui m'avait secourue. J' étais à nouveau seule dans cette vie que j'avais souvent mal choisie. La neige tombait comme autrefois, floconneuse, épaisse. Je ne retrouverai jamais le lac qui devait être recouvert de neige, fondu dans ce paysage hivernal.


Comme lorsque j'étais enfant, j' ai eu envie de traverser cette immensité neigeuse, j' avais soif de blancheur, d'absolu. Je pouvais décider de ma vie. Si je voulais, je pouvais stopper la voiture puis marcher vers une forêt de sapins. Mais en ce jour d'hiver j' étais seule, au moindre faux pas , la glace céderait et il n'y avait aucune main pour me sauver de l'abîme. La mort m'attendrait, froide, blanche.

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