Le secret de Cornélius

il y a
2 min
39
lectures
7

J'aime bien jouer et jongler avec les mots et l'imagination dans le but de m'amuser et de partager des moments chaleureux et pétillants avec celles et ceux qui "éprouvent" cette même joie. Écrire  [+]

Il est des secrets nécessaires qui nous protègent les uns des autres parce que chacun de nous abrite des démons.
Cornélius avait un secret : « les oiseaux ».
En dehors des heures officielles consacrées à la résolution d’équations différentielles, Cornélius confectionnait des nichoirs à oiseaux pour ses proches et marchait de longues heures dans ce qui restait de campagne pour repérer et écouter leur chant.
Le gazouillis fin, un peu triste du rouge gorge semblait lui dire : « ceci est le territoire de mon chant. Il s’étend de ce chêne tout là-bas à ce frêne-ci joliment ébouriffé ».
Le petit troglodyte, 10 g tout mouillé, portait inlassablement aux promeneurs l’heureuse nouvelle de son existence. Heureuse nouvelle, certes en ces temps où le nombre des passereaux déclinait dans des proportions alarmantes.
Il suffisait de tendre l’oreille pour constater le déséquilibre entre côté sous-bois grouillant de vie et côté colza au calme plat.
La chouette chevêche ou la pie grièche strictement consommatrices de gros insectes avaient depuis longtemps déserté ce milieu.
Cornelius était inquiet. Ce qu’il qualifiait de «  syndrome du pare-brise propre » était un indicateur imparable de la raréfaction des oiseaux.
Lui qui contemplait autrefois émerveillé les vitres de sa Panda constellées de tâches ocres, bisque, amande lui faisant l’effet d’une toile de Seurat, avait renoncé à ses velléités de peintre pointilliste.
Si un naturaliste des années 30 était téléporté dans ce champ, se disait-il, il éclaterait en sanglots. A cette simple idée il fondit lui-même en larmes...Il y a tout de même une bestiole que je n’aime pas, c’est le taon marmonna-t-il entre deux suffocations, tout en écrabouillant la grosse mouche plate qui s’apprêtait à sucer le sang de son avant-bras.
Cornélius dirigea ses pas vers les sous-bois et s’enfonça dans un enchevêtrement de taillis et de hautes futaies.
C’est alors qu’il fut happé par la symphonie animale qui se donnait-là. Il reconnut sans difficulté la voix du pinson des arbres qui toujours lance la même strophe : d’abord quelques notes bien séparées, puis un rythme qui s’accélère pour s’interrompre sur un final abrupt. Non loin de là, il perçut dans un sourire le son caractéristique d’une vielle machine à écrire : la sitelle torche pot.
Par quel mystère les sons qui sortaient du syrinx de ces petits êtres ailés procuraient-ils autant de bien-être au promeneur ? Les oiseaux chanteurs devraient être reconnus d’utilité publique. Non seulement parce qu’ils boulottent une infinité d’insectes mais parce qu’ils constituent une solide source d’agrément !
Même le cri de la mouette rieuse... sans doute inventé pour tester les nerfs des hommes!

Ainsi songeait Cornélius en improvisant le jeu de la marelle entre les racines des arbres.

Or un matin, observant les oiseaux du jardin depuis la fenêtre de la cuisine, et s’amusant de la façon comique dont le verdier chassait les graines de tournesol de son bec en les éjectant sur les côtés comme le ferait un vieil homme édenté, il s’assombrit en voyant deux tourterelles débouler sans grâce autour du nichoir et faire fuir le petit passereau. Il sortit en toute hâte dans le jardin en exécutant des moulinets avec ses bras, s’apprêtant à les invectiver pour les faire fuir...
C’est alors que s’échappa de sa bouche un langage inconnu, à mi-chemin entre le gémissement et le roucoulement d’un colombidé ce qui eut l’effet escompté mais lui cloua le bec (pardon la bouche) de surprise.

Cornélius parlait « oiseau » !
7
7

Un petit mot pour l'auteur ? 11 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Albane Charieau
Albane Charieau · il y a
Sacré Cornélius!!!
Image de JLK
JLK · il y a
Attention, Cornélius, si tu te mets à parler oiseau,
on risque de te voler dans les plumes ou de te mettre
du plomb dans l'aile...😊

Image de Gaby S
Gaby S · il y a
Oui il ferait bien de se méfier...mais vous seriez surpris car rien de tel ne va lui arriver...un drôle d'oiseau que Cornelius qui ne bâille pas aux corneilles !
Image de Fredo la douleur
Fredo la douleur · il y a
Entre les changements climatiques, la déforestation et autres, la raréfaction des oiseaux a de quoi inquiéter ! Heureusement, il est des amoureux de la nature tel que Cornélius pour les aimer. Qui sait...après avoir découvert avec surprise qu'il pouvait parler leur langage, s'apercevra-t-il prochainement qu'il est capable aussi de voler !? ^^
Image de Gaby S
Gaby S · il y a
Tiens c'est une idée ça pour la suite...Cornélius au même titre qu'Urzula vous réserve bien des surprises...
Image de Lange Rostre
Lange Rostre · il y a
Bon, ce qui compte, c'est le résultat !....:-)
Image de Gaby S
Gaby S · il y a
Oui c'est pas rien quand même...et à coup sûr il y gagne ! Du moins espérons-le ! Affaire à suivre pour notre Cornélius...
Image de Marie Quinio
Marie Quinio · il y a
A mon tour de venir vous découvrir, Gaby, après votre poème en lice je découvre ce texte qui parle aussi des oiseaux (que j'adore également), alors cadeau : https://www.youtube.com/watch?v=KnndQgIUraQ (les murmurations sont d'une poésie...!)
Image de Gaby S
Gaby S · il y a
Que c'est beau votre lien...votre attention me touche.
Image de Gaby S
Gaby S · il y a
Merci de cet adorable message. ça m'encourage !
je vais regarder votre lien...A bientôt Marie....

Image de Jeanne en B
Jeanne en B · il y a
Sympa cette balade matinale :-) le syndrome du pare-brise propre m'a amusée et votre Cornelius est attachant. Discuter avec les piafs, ça me plairait bien, bonne journée !

Vous aimerez aussi !