1
min

Le savant de l'ignorance

Image de Jonathan Behar

Jonathan Behar

82 lectures

6

Mon nouvel invité sur le plateau de mon émission était un original. Il disait être un scientifique unique en son genre ; c’était le professeur Ignace Ignotus Ignarus. Un nom long de 3 « i », mais qui ne m’en disait pas plus sur lui. Sous les yeux de centaines de spectateurs et de milliers de téléspectateurs, je me suis jeté à l’eau :
« Professeur Ignarus, qu’est-ce qui vous rend si particulier ? »
Le professeur, qui était un homme d’une soixantaine d’années, à moitié chauve et myope (il avait sur le nez des lunettes proéminentes), me répondit avec emphase :
« Je sais beaucoup de choses pour que les gens ne savent rien ! Je crée des potions, des médicaments, des procédés électriques et électroniques, ainsi que des scenarii d’émissions télé et radio, et j’écris aussi beaucoup de livres avec des formules compliquées, mais aux effets tout simples ! »
« Et quels sont ces effets ? » demandai-je.
« Je suis un savant original dans la mesure où j’utilise mon intelligence... pour rendre les gens idiots ! »
« Quoi ?! »
« Vous m’avez bien entendu. J’ai fait des recherches pendant de longues années et j’en suis venu à réaliser que ce qui faisait tourner le monde dans lequel nous vivons, c’est l’argent, et qu’il est bien plus facile de gagner de l’argent avec la bêtise qu’avec l’intelligence ! »
« Mais vous êtes fou ! »
« Oui, mais si je n’étais pas fou, je ne serais pas un savant ! »
« Comment ça ? »
« Je sais que c’est en ne sachant rien que l’on sait tout ce qu’on doit savoir pour ne rien savoir ! L’intelligence se nourrit de l’ignorance et vice-versa ! Celui qui sait que l’intelligence est à la base de l’ignorance est un vrai savant ! »
« Ah bon ? »
« Vous ne suivez pas ma logique, mais si vous regardez tout autour de vous, vous verrez que j’ai raison ! C’est la médiocrité et la bêtise qui rapportent le plus dans ce monde ! J’applique donc tout ça en pratique dans mes recherches, mes théorèmes, mes idées et ça porte ses fruits ! »
« Mais vous n’êtes reconnu nulle part dans le monde scientifique, à part dans un article qui m’a conduit à vous inviter sur mon plateau ! » insistai-je.
« Et pourtant, vous m’avez invité ! Vous êtes la preuve que je suis un vrai savant ! Complètement fou, mais savant ! »
Je suis resté près d’une minute la bouche grande ouverte sans rien dire, puis j’ai préféré mettre un terme à l’entretien. Décidément, mieux valait parfois ne rien savoir qu’en savoir trop...

PRIX

Image de 2014

Thème

Image de Les savants fous
6

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,