Le Sapin

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Je n'écris qu'en amateur quand mon état d'esprit m'y pousse, .. comme je fais d'autres activités comme le dessin. Je ne cherche pas la reconnaissance artistique, je suis trop éclectique pour être  [+]

Image de Hiver 2020

Dans ce qui avait été un grand pré poussaient une multitude de petits sapins, tous pareils, bien verts et bien ronds. Depuis qu’ils étaient sortis de leurs graines, ils grandissaient ensemble et n’avaient jamais rencontré autre chose que leurs semblables. Un seul était plus petit que les autres, mais comme personne ne le lui avait jamais dit il ne le savait pas.

Lorsque l’hiver arriva, des hommes commencèrent à venir leur rendre visite, à soulever leurs branches, à mesurer leurs troncs, et ils dessinèrent des marques sur leur écorce. Ils étaient intrigués, surtout le plus petit parce que personne n’avait rien marqué sur lui.

Un jour un grand nombre d’hommes arriva, les réveilla à grand bruit et ce fut bientôt l’affolement. De grandes scies hurlantes coupaient des troncs, ailleurs d’énormes pelles arrachaient les petits arbres du sol avec leurs racines. Les petits sapins tremblaient de toutes leurs aiguilles, ils tentaient en vain de se rapprocher les uns des autres pour se rassurer, mais rien n’influençait les bûcherons qui poursuivaient impitoyablement leur travail.

Lorsque la nuit tomba, la moitié d’entre eux étaient partis et les survivants se faisaient vainement des signes d’encouragement à distance à travers l’espace de troncs coupés et de trous dans le sol.

À la fin de cette semaine terrifiante, le petit sapin se rendit compte qu’il restait tout seul sur le terrain. Il ne savait pas s’il avait ou non de la chance, il regrettait seulement l’absence de ses frères, et avait l’impression d’avoir beaucoup plus froid. Mais si un sapin peut trembler, il ne sait pas pleurer.

Le printemps revint, les hommes aussi qui s’agitèrent autour de lui, et bientôt d’autres pousses commencèrent à sortir du sol. Le tout petit sapin était devenu le plus grand. Les autres le regardaient avec admiration. Avec tout l’espace autour de lui il s’était en effet développé et présentait maintenant une silhouette presque imposante.

Les hommes revinrent, cette fois il ne fut pas surpris, il s’efforça de rassurer ses petits voisins bien qu’il ne sache pas plus qu’eux le sort qui leur était dévolu, ils le crurent cependant et se calmèrent. Et encore une fois il se trouva seul.

Ce n’est que l’année suivante que les hommes s’intéressèrent à lui. Il avait prospéré et était maintenant plus grand qu’eux, ils discutèrent longuement en consultant des papiers et, alors qu’il était plutôt content de cette attention il vit arriver une énorme pelle qui s’attaqua au terrain autour de ses racines, en un rien de temps, il se retrouva couché derrière un camion, les racines empaquetées de plastique noir, assoiffé, effrayé et trimbalé à travers un paysage inconnu et étrange.

Après quelque temps ils arrivèrent devant un vaste bâtiment, une multitude d’humains de toutes tailles l’entouraient en riant et on le rentra dans un lieu où il faisait beaucoup trop chaud pour lui. On planta ses racines dans une terre neuve et nourricière, on lui donna à boire. Il revivait bien qu’il se rendit compte qu’il n’y avait plus de ciel, juste une surface dure au-dessus de sa tête qu’il touchait presque.

Ce fut une semaine de folie, il fut fêté, décoré, tous les petits humains se groupaient autour de lui pour l’admirer, le complimenter, il y eut de la lumière de la musique, des chants, des rires, le petit sapin devenu grand était aux anges jamais il ne s’était senti aussi important.

Hélas tout a une fin et un beau matin on grimpa autour de lui et on lui retira toutes ses belles décorations. Voilà qu’il était à nouveau dehors dans le froid, effrayé et perdu.

Quand il se retrouva à nouveau dans la terre, même si celle-ci n’avait pas le même goût que dans son souvenir il osa regarder autour de lui. Il était entouré d’arbres inconnus de diverses formes et tailles. Il sentit leur méfiance devant l’étranger qu’il était, avant de percevoir près de lui la présence d’un congénère.

Oh le pauvre n’avait pas fière allure… il devait avoir bien des saisons derrière lui, mais c’était un sapin ! De forme un peu irrégulière, un peu penché, mais un sapin.

Ne crains rien lui dit celui-ci, je suis arrivé il y a longtemps, comme toi, chaque année, on m’a rentré, décoré et fêté pour Noël. Maintenant tu vois je suis vieux et plus assez joli pour décorer cette grande salle pour le bal, mais on ne m’a pas abandonné, je sais que je resterai dans ce jardin au calme jusqu’à la fin de mes jours, et pour un arbre c’est un long temps encore… et cela est aussi ton destin.

Alors le jeune sapin frémit de soulagement jusqu’à la pointe de ses épines et profita des saisons jusqu’à Noël prochain.

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