Le sachet de promesses

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Je suis de celles qui aperçoivent un visage dans les aspérités d'une montagne et tout un bestiaire au fil d'un nuage. J'aime à la Prévert, lire passionnément, écrire modestement, les histoires  [+]

Image de Automne 2020
Louis prit une première poignée de promesses dans le sachet de coton bis et la lança en une gerbe d'étincelles sur la parcelle de terre que lui avait attribuée la gardienne de l'immeuble. Il refit ce geste, une fois, puis une autre jusqu'à ce que le sachet fût vide.

Louis avait d'abord été surpris, voire consterné, lorsque sa grand-mère lui avait offert pour ses sept ans, un sachet rempli de graines, fermé par un fin brin de raphia. Rentré chez lui, il avait d'abord regardé aux alentours puis décidé de solliciter madame Martin, la gardienne, pour disposer d'un endroit où les semer. Depuis, en allant et revenant de l'école, Louis allait inspecter son modeste lopin et encourageait, entre espoir et impatience, ses protégées à pointer le bout de leur nez.

Mais le lopin restait bien terne et Louis ne tarda pas à se décourager. Madame Martin guettait l'enfant mi-amusée mi-émue, au gré de leurs allées et venues respectives. Un soir, alors que Louis n'avait jeté qu'un coup d'œil triste en direction de ses plantations, elle l'attendit dans le hall de l'immeuble et lui confia dans un sourire qu'il serait bientôt largement récompensé de son initiative et de sa patience.

Le lendemain, Louis, ragaillardi par les propos de la gardienne, s'arrêta pour scruter le sol bruni par la pluie de la nuit. Et là, il aperçut de toutes jeunes pousses d'un vert tendre que des éclats de soleil faisaient scintiller. Un immense sourire illumina son visage ; sa grand-mère avait dit vrai. Louis en ressentit une joie sans pareille. C'est un jeune garçon heureux que madame Martin croisa ce soir-là.

Au fil des jours, Louis voyait croître ses plantations et imaginait la vie qui affluait dans les tiges encore si frêles. Il se posait plein de questions : avaient-elles assez d'eau ? Le soleil n'était-il pas trop chaud ? Le vent ne soufflait-il pas trop fort ? Dans ses rêves, ses plantes s'épanouissaient tels des haricots magiques et redessinaient le monde. Des fleurs géantes aux couleurs multiples recouvraient les gris du béton et de l'asphalte en une palette digne d'un peintre audacieux. Baies et fruits offraient gite et couvert aux passants de toutes sortes. Ainsi quelques graines semées auguraient d'un immense bouquet de joie.

Quand l'été advint, la plupart des pousses étaient devenues de belles fleurs des champs : coquelicots, chicorées sauvages, scabieuses, ancolies. Tout un monde à la fois modeste et foisonnant s'épanouissait subrepticement, où insectes et moineaux venaient se restaurer pour le plus grand bonheur de Louis, très fier soudain de leur apporter ainsi de quoi se sustenter. L'été s'étirait cependant, et déjà certaines corolles se fanaient. Louis en fut contrit et inquiet. Il retrouva le petit sac bis donné par sa grand-mère, mais plus une graine ne s'y trouvait.

Il chercha une solution pour renouveler ses provisions, l'aventure était si belle. D'autant qu'il se sentait dès lors investi d'une mission vis-à-vis des minuscules êtres qu'il avait découverts. Il lui fallait, l'année suivante, embellir de nouveau ce lopin de terre et rassasier ce peuple miniature, mais si intéressant. Sans doute pouvait-il compter sur sa grand-mère, mais si des fois elle oubliait... Alors, il observa longuement cet univers toujours étrange, mais devenu plus familier puis écouta son instinct : il secoua dans sa petite main les fleurs qui avaient séché et découvrit que quelques graines s'en échappaient. Il les récupéra et les plaça précautionneusement dans le sachet bis. Elles y dormiraient tout l'hiver et y reprendraient des forces. Chaque jour, il faisait ainsi sa récolte. Parfois une seule graine tombait dans son autre main, parfois toute une kyrielle de promesses s'y déposait éclairant alors de mille lueurs de bonheur ses yeux d'enfant.
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