Le Rouge est la couleur de l'amour

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C'est normal de pas avoir d'inspiration pour une présentation de trois lignes alors qu'on a comme projet d'écrire un recueil d'une vingtaine de nouvelles toutes différentes  [+]

Oui, tu l'as vu.
L'éclair de métal, tu l'as vu ?
Oh oui. Il s'est enfoncé dans son ventre, juste en dessous de la cage thoracique.
Et ses yeux ? Tu les a vus ?
Quand ils t'ont regardé ? Ce regard, tu nel'oublieras pas. Mêlé d'incompréhension, de douleur, de terreur et d'amour.
Son sourire, figé à jamais sur ses lèvres, comme si elle te disait « Chéri ? C'est bien toi ? Tu es revenu ? »
Ses joues roses, qui aborderont bientôt une blancheur cadévrique. La perle de sang qui jaillit d'entre ses lèvres.
Puis, tu baisses les yeux, tu vois sa main tremblante tendue vers toi. Elle t'attendait, et toi...
Sa poitrine se soulève lentement, sa respirtion est saccadée. Elle attend un mot, un sourire.
Mais tu ne dis rien. Ton visage reste vide d'expression.
Ton couteau s'enfonce plus profondément.
Elle gémit, se courbe. Quelques gouttes de sang giclent sur ton visage. Tes yeux sont plissés.
Elle s'aggrippe à ton bras. Tu ne penses plus à rien. Tu agis, et c'est tout.
Ton couteau remonte doucement.
La chair se déchire en un atroce bruissement. Une de ses mains se tâche de roge. Son corsage s'imbibe d'hémoglobine.
Ton couteau bloque contre un objet dur, une côte peut-être ? Elle hurle de toutes ses forces.
Tu sens sa souffrance comme si elle faisait partie de toi-même.
Tu opères un demi-tour avec ton couteau. Elle se convulse. Elle s'aggrippe plus fort à ton épaule.
Elle crie quelque chose que tu ne comprends pas. Tu ne veux pas pas comprendre.
Sa main tachée de rouge laisse une trace sanguinolente sur ton tee-shirt gris.
Elle crie, elle crie, elle ne cesse de crier.
De douleur ou d'amour ?
T'en a rien à foutre, de toute façon.
Elle se crispe. Une odeur de sel et de rouille se répend dans l'air. Tu inspires à plein nez.
Douce odeur, n'est-ce pas ? C'est le prix de... Non. Chuuut, ne dis rien.
Sa main tremble, elle lâche ton épaule. Plus de forces... Elle s'affaisse. Tu ne fais rien pour la rattrapper. Elle s'effondre par terre. Elle tient son ventre, on a l'impresion qu'elle tente de refermer sa blessure.
Tsss...
Elle te regarde, ses lèvres sont entr'ouvertes. Elle ne dit rien. Son regard s'en charge à sa place.
Je t'aime...
Tu veux me tuer... ?
Pourtant... Je t'aime, je t'aime, JE T'AIME !
Sa respiration se bloque, elle t'adresse un dernier regard que tu ne sembles même pas remarquer.
Une larme au coin de sa joue.
Tu la regarde, tu t'assieds en face d'elle.
Les heures passent.
Vous êtes figés.
On dirait une bataille de regards.
Un de vous ne risque pas de perdre, en tout cas.
Ah, ah, ah !
Arrête.
C'est du sérieux. Tu l'as tuée.
On a l'impression qu'elle essaye d'empêcher ses entrailles de glisser. On devine des formes sombres derrière ses mains. Sa peau est ouverte jusqu'à la poitrine. Le sang s'est écoulé de ce trou béant comme un ruisseau tranquille. Maintenant, il s'est tarit, a séché et forme une croûte sombre sur sa peau. Sa tête repose sur son épaule gauche.
Car tu t'es pas contenté de l'éventrer.
Tu lui a aussi brisé le cou.
Tu as senti ses os craquer délicieusement sous tes doigts.
Ton état est proche de l'extase.
Tu l'as défiguré. Je n'ose pas regarder ce qu'il reste de son nez, ses lèvres, autour desquelles tu as promené ton couteau.
Tu as barbouillé son visage de son propre sang.
Maintenant, ses membres sont aussi durs et froids que du bois.
Quelle allure...
Et toi... Et toi... Tu la voit comme, comme... une œuvre d'art. Oui, c'est ça.
Une putain d'œuvre d'art.
Les mouches, les insecte affluent autour d'elle. Une odeur de décomposition flotte dans l'air.
Dégueulasse.
Et toi, t'attends les fourmis. T'attends qu'elle grimpent le long de son bras, et qu'elles lui bouffent les yeux.
En fait, t'aurais préféré qu'elle soit encore vivante, pour qu'elle puisse se convulser de douleur.
Pas ta faute, hein ? Elle avait qu'à pas crever aussi vite, cette salope.
En même temps, ça aurait été marrant, non ?
Ta gueule.
T'es immonde.
Tu sais que ça arrive. Tu l'as déjà vu dans les films. Et t'attends que ça, que ça arrive EN VRAI pour que tu puisses y assister EN VRAI.
Bordel, mais tu te rends compte de ce que tu penses ?
T'es pas humain.
T'es un monstre. Rien qu'un putain de monstre.
Avec toi, le mot « folie » prend tout son sens.
Parce que bien sûr, tu as une raison pour l'avoir tuée ?
Non ?
Je m'en doutais.
T'as pas de raison.
Tu trouves ça drôle, peut-être. Ca doit être ça.
Va crever.
Parce que, moi, je sais ce que c'est, le pire dans cette histoire.
Tu l'aime.
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