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Le rôle d'une femme

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Lux_Viruxor

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Sara se réveilla en sursaut. La musique de son réveil, bruyante, commençait à sérieusement lui taper sur les nerfs, mais cette chanson avait une telle symbolique pour elle que le fait de commencer sa journée sans entendre ces mots de réconfort lui était insupportable.
La pluie tombait. Il pleuvait, et elle pleurait, comme tous les jours. Il n’allait pas tarder à rentrer. Il travaillait toute la matinée et le soir, et il la laissait seule pendant ces longues heures. Toute seule. Au début, Sara se sentait abandonnée et elle trouvait ça si injuste ; il l’avait achetée, après tout, c’était bien pour faire quelque chose d’elle. Autre chose que ranger et lui faire à manger. Elle savait que c’était le rôle d’une femme, de s’occuper des tâches domestiques, mais pas le rôle de sa femme.
Mais maintenant, Sara profitait de ses moments de solitude, et se surprenait même à souhaiter qu’il ne rentre jamais. Quand il n’était pas là, elle parvenait même à se sourire dans le miroir, mais quand il se dressait face à elle, elle n’osait plus rien. Elle n’était plus rien, n’avait plus qu’un droit : celui de se taire et de subir.
La sonnette retentit. Sara s’affola : elle avait traîné, le ménage n’était pas fait, elle n’était pas habillée. D’habitude, il rentrait plus tard, elle avait cru pouvoir s’octroyer un moment de détente. Elle enfila rapidement sa robe, fit le lit en quatrième vitesse et ouvrit la porte. Devant elle, son mari, qui claquait la langue, impatient. Il la bouscula pour mettre les pieds sous la table sans prendre la peine d’enlever ses chaussures.
– Qu’est-ce qu’on mange ? Demanda-t-il.
– Rien, répondit Sara.
La surprise se lut sur son visage. De quel droit osait-elle lui répondre ? En plus de n’avoir rien préparé, elle se donnait celui de parler, là où le rôle d’une femme n’est que de se taire.
Il se leva et attrapa sa femme par les cheveux, lui donnant un violent coup de pied dans les jambes. Elle tomba à genoux, et commença à regretter sa grasse matinée.
– Ecoute-moi bien, salope. Je t’ai pas achetée 7000$ pour que tu sois comme ça.
– Excusez-moi...
– Où t’a-t-on appris qu’on coupait la parole à son mari ? Tu n’es pas autorisée à parler sans mon accord, je te rappelle.
Il lâcha ses cheveux. Une poignée lui en resta dans la main. Il les jeta par terre, et lâcha :
– Tu ramasseras. Bref. Je pense que tu n’as pas besoin que je te fasse la leçon. Par contre, je vais t’en donner une dont tu te rappelleras toute ta vie.
Il déboutonna son jean. Et lorsqu’il eut fini de la violer, c’en était fini de Sara. Son corps répondait aux blessures, aux coups qu’il lui donnait ; sa douleur la tenait vivante, comme si elle n’existait que pour souffrir. Le corps étendu sur le sol qui se vidait de son sang sentait la douleur, et c’était si supportable par rapport à cette douleur mentale qui fit éteindre son cerveau.
Elle avait accepté, Sara. Elle avait accepté parce qu’elle voulait aider sa famille à subvenir aux besoins de ses frères et sœurs, plus jeunes qu’elle, et que ce mariage leur donnerait de l’argent.
Elle avait tout accepté, Sara. Les coups, et les bleus qu’elle prenait soin de cacher pour plaire encore et toujours à un mari qui ne lui plaisait pas et ne lui plairait jamais.
Elle avait tout accepté, Sara. Les tâches ménagères, les insultes, de son père lui-même. Moche. Tout le monde lui répétait qu’elle était moche, que ses yeux bleus portaient malheur et qu’ils la tueraient un jour.
D’ailleurs, ce fut la première chose qu’abîma son mari ce jour-là, quand il la frappa à terre, sur le sol de leur entrée. Ce fut la première, mais pas la dernière.
Il ne cessa jamais de la briser.

Elle avait tout accepté, Sara, même quand ça allait trop loin par rapport à ce qu’elle pensait. De toute façon, est-ce qu’elle avait réellement le choix ?
Elle avait tout accepté, Sara, elle pensait que c’était comme ça, il doit y avoir des gens qui souffrent pour les autres, et que c'était le rôle d'une femme.

Dès qu’il eut fini de la tabasser, il sortit fumer une clope dehors.
Lorsqu’il rentra, il ne trouva personne pour lui ouvrir. Il ne trouva que la porte ouverte, une boîte de médicaments vide, et, dans la douche, le corps mutilé, violé, meurtri et bleui, sans vie, d’une jeune fille de douze ans qui avait eu le courage de résister.

Sara avait cessé d’accepter.

PRIX

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anonyme · il y a
Très jolie. Je vote!
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Ginette Vijaya · il y a
Indicible .
Le sursaut que provoque la chute finale est terrifiante .
C'est une écriture qui marque .

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Lux_Viruxor · il y a
Merci beaucoup ! En espérant faire changer un peu les mentalités...
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Katherine · il y a
Je trouve le texte très bien écrit, et de plus, l'avant dernière phrase ajoute un effet de surprise.
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Lux_Viruxor · il y a
Merci beaucoup !
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M'ellatrix · il y a
Whaou. Je viens de lire tous tes textes, tu as un talent fou. N'arrête jamais d'écrire.
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Lux_Viruxor · il y a
Oooh merciii❤️
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Adibro · il y a
Très triste et lourd !!!
Mais c'est prdofond et ça fait passer un beau message :)
Très beau texte qui finit tristement mais la fin marque bien l'écrit :)

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Lux_Viruxor · il y a
Ravi de savoir que ce texte vous a marqué, merci à vous
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Adibro · il y a
De rien, il est puissant, j'espère que si vous passez sur ma page, vous serez aussi réjouie ;)
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Eddy Bonin · il y a
C'est puissant. Bravo Lux. J'ai lu cette nouvelle avec beaucoup de plaisir et vous ai donné toutes mes voix.
N'hésitez pas à en faire de même si, seulement, ma nouvelle vous plait :) Un voyage au Japon en 3 minutes chrono : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-main-tendue-4

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Lux_Viruxor · il y a
Merci beaucoup ! Je passerai lire votre œuvre dès que possible
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Chantane · il y a
texte très fort
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Lux_Viruxor · il y a
Merci beaucoup !
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Chantal Sourire · il y a
Un texte superbe, je vote à deux mains pour toutes les Sara de la terre !
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Lux_Viruxor · il y a
Merci beaucoup, en espérant pouvoir faire changer un peu les mentalités !
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coquelicot · il y a
terrible texte sur l'esclavage de certaines femmes. Très bien écrit. Mon vote
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Lux_Viruxor · il y a
Merci beaucoup !
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JACB · il y a
Nous avons eu toutes les deux le même projet de dénoncer le droit des femmes qui n'est pas respecté; je vous invite sur ma page, à bientôt ?
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Lux_Viruxor · il y a
Merci ! J'irai voir !
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