Le Rocher

il y a
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Je ne me revendique ni poète, ni écrivain. J'ai commencé à écrire vers 17 ans quelques nouvelles puis il y a 8 ans la poésie s'est glissé sous ma plume. Je ne suis pas une grande technicienne  [+]

J'avais marché deux heures dans une campagne déserte pour atteindre cet endroit merveilleux. Ce point culminant dominait la vallée, verdoyante à cette époque de l'année. Les oiseaux et les insectes s'en donnaient à coeur joie et m'avaient gaiement accompagnée jusqu'au sommet. Un énorme rocher rond et doux accueillait les intrépides qui s'égaraient par ici. J'y grimpais et m'y installais, le yeux déjà perdus dans le vague, encore aux prises avec ce battement trop fort dans mon ventre et ce serrement de coeur.
Les questions sans réponses affluaient sans cesse sans que je parvienne à les écarter toutes ou même à les laisser passer. Et ce besoin d'un regard d'amour sur moi prenait des proportions indicibles.
Je me souviens que ma dernière pensée fut " à quoi bon, une vie solitaire? peut-être serait-il juste de mourir" avant que cet homme ne surgisse de nulle part en y répondant "quelle belle idée que de mourir, ainsi tu pourras enfin renaître".
Après un court silence, je le regardais fixement. Surprise d'abord, irritée qu'il brise ma solitude justement, pour répondre à une question que je n'avais même pas énoncée à haute voix. Son regard était tellement lumineux et son sourire si bienveillant que tout ça s'évanouit instantanément.
"Pourquoi me parlez-vous de renaissance ?"
"La douleur que tu ressens est la même qu'au premier jour de ta vie terrestre."
"Ah, oui? vraiment? mais pourquoi renaître? N'est ce pas déjà fait?"
"Tu es déjà née à ce monde c'est vrai, mais tu ne l'étais pas à toi-même. Aujourd'hui, ce moment est arrivé, tu es plus près de toi que tu ne l'as jamais été...Mais le passage est parfois douloureux...Tu ne souffriras cependant pas plus que tu ne peux le supporter. Comme au premier jour...ça va brûler, tu vas même peut-être pleurer, avoir cette douleur infernale au fond des trippes...Penser que tu vas mourir, que tu ne veux pas de ce monde..."
"Je n'en voulais déjà pas, il a fallu me pousser...Et cette solitude...?"
" Je sais que si je te dis que tu seras absolument seule toute ta vie et qu'en même temps tu ne l'as jamais été, tu ne vas pas comprendre tout de suite, et pourtant c'est ainsi. Et celui qui verra au delà de toi et y verra qui tu es, te choisira sans douter. Il te reconnaîtra et tu le reconnaitras.Mais toi, t'es tu vraiment et complètement choisie?"
Le silence s'installa entre l'homme sage et moi. Il me souriait et j'avoue qu'un instant ça m'a agacée...Il avait l'air si calme, loin des tourments qui m'avaient fait croisé sa route.
"Ta peur d'être seule est pourtant différente de toutes les autres, car au lieu de te pousser dans les premiers bras qui s'ouvrent, elle t'isole, te retient, et te conseille de rester au bord. Jamais en restant sur la berge , on ne franchit de fleuve."
"Je n'ai peut-être pas envie de le franchir, je peux chercher un pont..."
"Bien sûr, tu peux. Mais ce n'est pas ce que tu fais; tu cherches à le construire toi-même avec des herbes sèches...tout en sachant que ça ne suffira pas. Ne t'inquiète pas, ça ne va pas durer. Rien ne dure. Tu avances; quand tu auras tressé assez d'herbes folles, tu trouveras le passage, le pas sage. "
Je restais silencieuse un moment. Je ne pouvais , ne voulais pas admettre que ce qu'il disait résonnait en moi.
"Tu ne sais pas encore tout à fait qui tu es. Tu es proche de cette Lumière qui , elle, t'a choisie quand tu as ouvert les yeux, sans se tromper. Je comprends que ce soit difficile à accepter, mais tu as fait une grande partie du chemin. N'as-tu pas osé déjà? N'es-tu pas celle qui soigne, qui accompagne? Tu es celle-là depuis plus longtemps que tu ne crois..."
Il se leva doucement, admira le panorama puis se tourna vers moi en me tendant la main, pour m'inviter à me lever, ce que je fis.
"Regarde bien, tout ce que tu vois est magnifique, et tu es ce tout. Ne perds jamais confiance, jamais trop longtemps. Tu sais bien ce qu'est la transformation d'un papillon. Ta douleur est celle de la métamorphose. Ne doute que raisonnablement, pas plus loin que ne le permet ton coeur."
Je ne savais pas quoi dire et sans doute n'y avait-il rien à dire. Il serra mes mains dans le siennes et plongea son regard dans le mien et je fus comme envahie de douceur.
" N'oublie jamais que pour vivre encore et avancer, il faut souvent mourir à quelque chose. N'oublie jamais que tu as été choisie, et depuis toujours."
Quand je rouvris les yeux, j'étais seule, debout sur ce rocher, la plaine à mes pieds et la nuit s'annonçait doucement , bercée par les derniers rayons du soleil. Je ramassais mes affaires et redescendis. Mes pieds me guidaient et semblaient ne pas toucher le sol.
Aujourd'hui, quand je doute, quand j'ai trop mal, que je ne comprends plus rien, c'est à cet endroit que je me rends, car j'y entends encore ses mots, et ces mots me soignent.
Merci.
Avril 15 -ND
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Merlin Merlinéa · il y a
Pourquoi ce texte me correspond t il autant?
Archeperdue si le vous en dit allez lire ma balade entre deux mondes au bord de l'eau qui est en finale