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Le retour

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Il décida de sortir le premier du musée et de l’attendre. Pour l’aborder. Elle avait parcouru toutes les salles au même rythme que lui. Au fil des oeuvres contemplées, par le biais de regards furtifs mais prégnants, il avait acquis la conviction qu’elle ne pouvait être autre que cette belle femme brune, Violette, qu’il avait jadis ardemment fréquentée et n’avait plus revue depuis une vingtaine d’années. Bien sûr, le temps avait fait son office, imprimant ses marques cruelles, mais le maintien était toujours là, et sous les rides transparaissait toujours la sublime beauté de celle qu’il avait passionnément aimée. Elle parcourait le musée en compagnie d’un homme encore jeune, d’une vingtaine d’années de moins qu’elle, estima-t-il. Dans la dernière salle, il ne s’arrêta pas devant les tableaux, quitta le musée, se posta en léger retrait derrière un pilier. Au bout de quelques minutes, elle apparut en compagnie de l’homme, dont il lui semblait qu’il l’avait déjà vu quelque part.
« Vous ne seriez-pas Violette Desteau ? »
Elle le dévisagea d’un drôle d’air, un peu décontenancée, puis répondit curieusement :
« Non, mais je suis sa soeur, Arlette. Violette et moi sommes jumelles.
— J’ignorais que Violette eût une soeur jumelle. Je n’ai jamais eu l’occasion de la rencontrer.
— Voilà qui est fait. J’ai beaucoup résidé à l’étranger. Cela remonte à quand, dites-moi, votre relation avec Violette ?
— Environ vingt ans. J’ai bien connu votre soeur, nous nous sommes fréquentés pendant plusieurs années.
— Vous vous appelez...?
— Jean Timar.
— Oui ! Elle m’a effectivement beaucoup parlé de vous, son grand amour...
— Je l’ai aimée avec passion, en effet. Elle désirait un enfant de moi. Mais elle m’a été infidèle. Raison pour laquelle je l’ai quittée, et malheureusement jamais revue. »
Arlette Desteau dessina sur son visage un étrange sourire de commisération. Elle appela l’homme, qui s’était tenu un peu à l’écart :
« Georges, veux-tu bien venir un instant ?
— Oui, maman.
Arlette fixa son regard dans celui de Jean et murmura :
« Jean, je te présente ton fils, Georges.
— Mon fils...?
— Je n’ai pas de soeur jumelle, Jean. Je suis Violette. Georges est notre fils, que nous avons conçu un soir où je n’avais délibérément pris aucune précaution. Ravi de te revoir après toutes ces années, mon très cher Jean. Tiens, je te fais la bise. »
Et elle s’exécuta. Et la bise s’éternisa. Et Georges ensuite tomba dans les bras de ce père dont il ignorait depuis toujours l’existence. Et le trio se dirigea vers la brasserie la plus proche, Le café des souvenirs.

PRIX

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Jean Calbrix · il y a
Une belle histoire. On se doute que le garçon est le fils, mais non la version de la sœur jumelle nous en dissuade, le clou étant que la femme est finaude ! La chute nous ravi. Bravo, Gyb, pour ce TTC qui se lit comme du petit laid. Je clique sur j'aime. Je suis très étonné que vous n'ayez que si peu de votants !
Ferez-vous une nouvelle petite visite à ma pie en finale poésie ? http://short-edition.com/oeuvre/poetik/la-pie-5

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Bernard Martin-Dostal · il y a
L'étonnement est, bien entendu, le même pour moi. Il finit vraisemblablement par y avoir trop de textes à lire sur le site... Mon vote pour la pie !
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Au café des souvenirs, à défaut du passé, ils parleront du futur. Je vote.
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Bernard Martin-Dostal · il y a
Grand merci pour ce vote. Cordialement.
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Bernard Martin-Dostal · il y a
Désolé pour la frustration... Une nouvelle plus longue ? "Sauvé des eaux", sur le site. Un long récit sur un métier ingrat et un personnage haut en couleurs ? "Confidences d'un gardien de musée", aux éditions du net.
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Eliie Evans · il y a
La supercherie est bien pensée mais la fin laisse sur la faim...à cause des deux dernières lignes qui disent trop rapidement ce qui se passe après la chute. De quoi avoir envie de lire une nouvelle plus longue, c'est un peu frustrant =)
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Jean Calbrix · il y a
Une très belle histoire basée sur une supercherie. Et quelle chute. Bravo, Gyb ! Vous avez mon vote.
Vous avez soutenu mon fauteuil et je vous en remercie. Il est maintenant en finale et a besoin d'un nouveau soutien. Le lui apporterez-vous ? http://short-edition.com/oeuvre/poetik/le-fauteuil-rimbaldise (escusez-moi du doublon avec mon commentaire sous votre poème).

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Keith Simmonds · il y a
Un très beau conte qui montre que parfois le hazard fait bien les choses! Une belle et heureuse chute! Bravo!
Je vote au n0 3 ! Mon poème, EUREKA!, est en lice pour le Prix Short Edition des Bibliothèques pour Tous , merci de passer lire et commenter:
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/eureka-6
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/froideur
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/premiers-froids-1

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Virgo34 · il y a
Sujet bien traité, texte bien écrit. mon vote.
Mon Ombrecito est en finale de la Matinale et espère que vous lui renouvellerez votre soutien. Merci pour lui.

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T.L. · il y a
Une belle histoire dû au plus grand du hasard et à la fois irréaliste car pardonne-t-on si facilement de n'avoir jamais vu ni même su l'existence de son fils? Je vote en tout cas pour cette fin heureuse et cette histoire qui s'éloigne de la dureté de la vie.
Si vous voulez rêver vous aussi, je vous invite à lire http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/j-aurais-voulu-etre-un-artiste merci!

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