LE RESTO DU VENDREDI

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C’est pas de la grande littérature, mais chaque mot a sa place et l’ordre est essentiel. Le rythme aussi. Ils respirent les drames, les vôtres et puis les miens. Ils rompent les solitudes  [+]

T’es arrivé la bouche pleine de toi, encore une fois. Je crois bien que c’était la fois de trop. On ne sait jamais quand ça arrive, juste quand c’est là. Une évidence qui éclate et tout explose. Des bouts de nous, qui s’usent et nous échappent. Des morceaux de moi, que j’arrache jour après jour, juste pour te plaire. Juste-pour-te-plaire.

Je me suis perdue, le savais-tu ? J’avais oublié le « je », je pensais « nous ». Ce soir, je te regarde dans ton beau costume bleu, celui que j’aimais tant. Tu sembles perdu dedans. Je t’écoute plus. Je t’admire plus. T’as les yeux vides et mon cœur t’expulse. J’ai envie de m’enfuir. J’ai envie de courir. J’ai envie de crier. J’ai envie de pleurer. Te vomir pour ne plus avoir à te penser.

Mais je reste là, face à toi, dans notre resto du vendredi. Je fais semblant d’écouter tes projets. Je fais semblant de t’aimer encore. Je souris quand tu poses ta main sur la mienne. Je condamne mon corps à supporter ta peau. Tu me demandes si tout va bien. Ma raison vacille. J’hurle que, non, ça ne va pas ! Que je t’aime plus depuis des mois déjà ! Que tout en toi m’est devenu insupportable. Que je me souviens même plus qu’un jour j’ai pu t’aimer. Ton odeur me répugne. Ta voix m’horripile. Tout en toi m’étouffe. Mais je me ressers un verre de vin et je murmure : « Oui. Tout va bien ».

En vérité, rien ne va plus, les jeux sont faits. Mais toi, t’en sais rien. Je te hais pour n’avoir rien vu. Je nous déteste. Le temps n’y est pour rien, il ne prend toujours que ce qu’on lui laisse. Je me suis abandonnée par amour, j’ai renoncé à moi, aux rêves que j’avais pour coller aux tiens. Je sais plus où je suis, je sais plus qui je suis, pis là, tu me dis que tu m’aimes. C’est la goutte d’eau.

Je ne fais pas dans la dentelle. Je balance, j’évacue. Là, au milieu de notre resto du vendredi, entre deux verres de vin, je te dis que je t’aime plus. Je déverse sur toi mon malheur parce qu’à bien y regarder, t’en es en partie responsable. Tu ne comprends pas ce qu’est en train d’arriver. T’es sous le choc. Tes yeux s’embrument à peine et je me déchaîne. Fallait que ça sorte. Y’a pas de jolies manières pour sonner le glas.
Je vois bien qu’autour de toi tout s’écroule mais moi je vis sur des ruines depuis des mois.

J’éparpille des fragments de nous et je dissous tout ce qui reste. Je veux pas que tu doutes. Je veux pas que t’espères. Tu me dis que t’es sûr qu’il y a quelqu’un d’autre. Comme si je ne pouvais pas arrêter de t’aimer seule. Je vois bien que t’es dévasté, tu me trouves cruelle. Nous piétiner ainsi dans notre resto du vendredi. Tu me dis que j’ai pas de cœur.
T’as raison, le mien je te l’ai donné, regarde ce que t’en as fait. Tu me dis qu’on se donne en spectacle et qu’on règlera ça à la maison.

Tout est réglé pour moi, sauf l’addition.
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Regine Fournon · il y a
Le jour où on n'aime plus... le désamour.

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