Le respirateur

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Toute ma vie a été bercée par la littérature, la poésie, et le théâtre. J'ai pris la plume très tôt, et bien que légère elle donna du poids à mes mots, qui devinrent des récits, des  [+]

— Est-ce que c'est grave, docteur ?
— Pour ne rien vous cacher, oui, c'est grave.
— Est-ce que son pronostic vital est engagé ?
— Plus maintenant, son état est stabilisé.
— Pourquoi ne se réveille-t-il toujours pas, docteur ?
— Nous l'avons plongé dans un sommeil profond.
— Pourquoi cela, docteur ?
— Pour l'empêcher de souffrir. S'il venait à se réveiller, ses blessures le feraient terriblement souffrir, et il risquerait d'en mourir. Nous ne souhaitons pas cela.
— Vous ne pouvez pas le réveiller et calmer sa douleur ?
— Non, hélas, nous n'avons pas assez de sédatifs suffisamment efficaces pour son état. Le coma artificiel était la seule alternative envisageable.
— Est-ce qu'il pourra sortir de ce coma artificiel un jour, docteur ?
— Je ne sais pas. L'état actuel de nos connaissances ne nous permet pas de nous prononcer.
— Vous voulez dire qu'il doit rester dans le coma jusqu'à ce que la médecine trouve un moyen de calmer sa douleur ?
— Oui.
— Pourquoi ne pas le laisser partir, docteur ?
— Mon rôle est de le maintenir en vie.
— Votre médecine ne peut rien pour lui, docteur, c'est vous-même qui le dites, alors pourquoi ne pas le laisser partir ?
— Parce que j'ai des ordres. Nous devons le garder en observation jusqu'à la fin de l'enquête.
— Quelle enquête, docteur ?
— Vous avez eu un grave accident, vous n'avez pas oublié, n'est-ce pas ?
— Bien sûr que non, docteur.
— Vous êtes une miraculée. Sortir indemne d'un tel accident, ce n'est pas de la chance, c'est un miracle.
— Est-ce que je peux au moins le voir, docteur ?
— Pas pour l'instant.
— Pourquoi pas pour l'instant ?
— Parce que j'ai des ordres.
— Pourquoi me retenez-vous captive, alors ?
— Parce que vous êtes un témoin clé de cet accident.
— Laissez-moi le voir, juste un instant, je vous en prie.
— Si vous me racontez les circonstances de votre accident, je vous promets de faire le nécessaire pour que vous puissiez le voir.
— Si je comprends bien, docteur, il ne se réveillera jamais, car il risque de mourir cause de la douleur de ses blessures que vous ne pouvez pas soigner, ni calmer.
— C'est exact.
— Donc, il ne parlera jamais. Je suis donc la seule à pouvoir vous raconter les circonstances exactes de l'accident.
— Ça n'est pas faux.
— Alors, j'ai une autre demande à formuler. Si je ne peux pas le voir, laissez-le mourir en paix, laissez-le partir.
— Nous devons l'étudier. Il doit rester en vie.
— Vous n'apprendrez rien de lui en vie. Vous apprendrez tout de moi. Laissez-le partir et je vous dirai ce que vous voulez savoir, sans rien cacher. Je répondrai à toutes vos questions.
— Vous direz toute la vérité ?
— Qu'est-ce la vérité ? Je répondrai à vos questions par la connaissance.
— Comment dois-je le tuer ?
— Il faut modifier les dosages du respirateur. Il est dosé à 85 % d'hydrogène, 3 % d'ammoniac, 2 %
d'acétylène, 5 % d'éthane et 5 % de méthane. La seule façon de le tuer est de passer à 3% d'acétylène et 84 % d'hydrogène, en de laisser les autres gaz stables. C'est la seule et unique façon.
— Je le ferai dès que j'aurai entendu les circonstances exactes de votre accident.
— Nous avons quitté Zeta Reticuli à bord de notre vaisseau mère. Nous étions une centaine à bord. Nous avons traversé les 39 années-lumières qui nous séparent de votre monde en quelques minutes de votre temps. Avec Sdxza, une fois en orbite autour de pluton, nous sommes allés à bord d'un vaisseau satellite sur notre base lunaire, pour nous ravitailler, puis nous sommes entrés dans votre atmosphère terrestre. Nous avons survolé tous les continents à basse altitude. Lorsque nous étions au-dessus de l'État du Nouveau Mexique, des interférences ont pénétré l'habitacle de notre aéronef, des ondes inconnues qui ont matérialisées des formes humaines dans notre vaisseau. Notre système de guidage a subitement cessé de fonctionner, et nous nous sommes écrasés à Roswell.
— C'est incroyable, si je vous avais pas devant moi, je ne le croirai pas. Nos militaires ont donc réussi leur expérience télépathique, ils ont réussi à pénétrer à bord d'un engin extraterrestre par la pensée ?
— Je vais tenir ma promesse. Je viens de donner l'ordre de modifier le mélange gazeux selon vos instructions. Ses activités vitales viennent de cesser. Nos hommes ont réussi une expérience télépathique qui leur a permis d'entrer à bord d'un vaisseau venu d'un autre monde ! C'est un énorme progrès scientifique !
— Ils ont réussi à déclencher la guerre entre notre monde et le vôtre, docteur. Ils sont la première espèce vivante à avoir donné la mort à un être venu d'une d'une autre étoile. C'est un acte de guerre qui signifie la destruction de votre monde.
— Mais c'est vous qui m'avez demandé de le laisser partir !!! Je voulais le garder en vie, l'étudier, peut-être un jour réussir à le réanimer et à le soigner, pour apprendre de vous et de votre civilisation, pour acquérir votre sagesse et votre connaissance !
— Et moi je voulais être la première scientifique femelle de Zeta Reticuli à être Chef de notre armée et à tester la nouvelle arme mise au point par Sdxza. Grâce à vous, je m'approprie son invention, je deviens Chef des armées, et je détruis votre monde pour le reconstruire à nos normes. Votre oxygène est irrespirable pour nous. Nous ne voulons plus de vos respirateurs. Ainsi mon nom entrera dans l'histoire de l'Univers pour l'éternité ! Merci de votre aide, Docteur.
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