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Le renne de traîneau

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Newydd

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Je suis né bien au delà du cercle polaire, en Laponie, dans un petit village appartenant au royaume de la Reine des Neiges.
D’après mes parents, j’étais la plus adorable petite boule de poils qu’ils aient jamais contemplée ! Mon père surtout était fier de moi. Pensez donc, jusqu’ici, ils n’avaient eu que des filles. Non que ce soit un handicap pour un renne dans ce pays, bien au contraire : ce sont les femmes qui régentent nos petites communautés, et c’est grâce à elles qu’une cohésion sociale très forte se maintient entre nos troupeaux et nos villages.
Si mon père était tellement content, c’est parce qu’il espérait me voir devenir un jour le vainqueur de la fameuse Vasalopet.
Vous ne savez pas ce qu’est la Vasalopet, ni ce qu’elle représente pour tous les rennes de Laponie ? Laissez moi vous l’expliquer : chaque village choisit chaque année le plus rapide et le plus endurant de ses rennes, l’attelle à un traîneau richement décoré tout exprès pour l’occasion, et l’entraîne afin de participer à la grande course qui a lieu un fois l’an, la veille de Noël.
C’est bien entendu un immense honneur d’être choisi pour représenter son village. Cet honneur rejaillit sur la famille de l’heureux élu, qui bénéficie toute l’année qui suit les sélections de privilèges nombreux, le meilleur fourrage, les meilleures places dans l’écurie, les attelages les mieux décorés, ..
Et vous n’imaginez même pas le sort de celui qui gagne la course. Il est fêté comme un demi-dieu dans toute la Laponie, il est reçu au palais par la Reine des Neiges en personne, et toute sa famille et lui-même peuvent finir paisiblement leur existence dans le confort des écuries du palais.
Mon père avait caressé pour lui un moment ce doux rêve, jusqu’à ce qu’une vilaine entorse survenue à l’entraînement la veille des sélections le prive de tout espoir. C’est pourquoi il reporta tous ses espoirs sur son seul fils.
Mais c’est à un tout autre destin que j’aspire. J’aime tant les enfants que j’ai décidé, dans le secret de mon cœur, que je serai renne de traîneau chez le Père Noël. Un de mes copains m’a emmené un jour chez lui, et ce que j’y ai vu m’a conforté dans ma vocation.
Aujourd’hui, je suis majeur (je viens d’avoir onze mois), et j’ai signé mon premier contrat de travail chez le Père Noël. Oh, ce n’est qu’un CDD de douze heures, du 24 décembre 18h00 au 25 décembre 6h00, mais c’est un début.
En attendant que j’annonce ma décision à mon père (la course des sélections à lieu dans trois jours), je vous demande de garder le secret. Ne dites pas à ma mère que je suis renne de traîneau chez le Père Noël, je lui dirai moi-même. J’espère qu’elle comprendra, même si ça doit leur briser le cœur, à mon père et elle.
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