Le récit

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Les mots, que ça. Les mots, surtout quand ils dessinent le rire. Bonne lecture, N'oubliez pas de voter pour moi. Das  [+]

Dans ma poitrine siège un cœur haillonneux. La colère qui naquit des fissures fut rejetée au dehors. Elle fut si forte que mon être la refusa pour sa survie. Elle se transforma en une voix mélancolique qui m'opprime depuis. Elle est devenue un désespoir insistant et volubile. Ma joie et mon espoir de ce matin se sont, au bout de deux heures de d'écran, mus en grande tristesse.

-Silence, ma douleur! Il faut que je dise la vérité.

Le cinéma fait cela alors... Il fait son marché à la table du drame humain, puis le récit, il trahit. Le trajet, de ma bouche aux oreilles des cinéastes, fut tortueux pour mes mots.

-Serez-vous justes? Me préocupais-je, ce jour-là.
-Oui, répondirent-ils. Nous sommes des artistes.

"Hugo et Césaire étaient artistes. Soljénitsyne a dit le Goulag sans mentir. Les artistes m'ont sauvé, jeune. Le cinéaste avait trouvé le mot pour me faire raconter : artiste. J'ai foi en l'artiste." Pensais-je.

Cependant, chaque seconde de souffrance qui défile dans ma mémoire a été travestie par chacune du film. Qu'elle était légère la seconde de leur long métrage, déchargée de ma peine. Leurs litres de pleurs diffèrent du volume des miens. Les décibels de cris plus faibles que les hurlements qui peuplent ma mémoire. Deux heures de mensonges!

-Patience, douleur! Je serai tien. Patience, s'il te plaît. Je finis d'écrire la vérité.

Même le visage de la mère d'accueil qui m'obsède et me terrorise, image pendue au musée des horreurs dans ma mémoire, ils l'ont maquillée et embellie. La femme du film, on l'a suivrait en enfer. Ses tortures ne seraient que caresses. Aux douleurs du corps, nées de ses douces mains, répondraient les plaisirs et le pardon de l'âme. Si elle naviguait sur le Styx, on ne compterait le nombre de noyés, morts pour le plaisir d'une gifle. Non, non, messieurs! L'horreur n'est pas belle. Nul gramme de maquillage ne doit être posé sur elle.

Ce matin, je suis parti me voir, j'ai vu un étranger. Un autre qui a souffert, mais moins que moi. Qu'est le monde si on ne peut plus faire confiance aux artistes? A mon drame passé, je rajoute celle-ci, qui se dissoudra sûrement sans émanations dans les mille désespoirs quotidiens qui se déroulent sur le tapis du monde, couverts par le voile de la banalisation et de l'indifférence. Il ne me restait plus que l'artiste, maintenant je n'ai plus rien. Qui n'a plus raison de vivre, part.

-Je suis entièrement à toi ma douleur. La vérité d'abord puis la mort. Partons.
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