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Le rayon de soleil

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Etoile*

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Jonathan vit dans une demeure somptueuse avec un jardin magnifique. Ses parents sont dans les affaires et gagnent très bien leur vie. Toutefois, ils s’absentent souvent. Sa nounou habite avec eux depuis son plus jeune âge. Elle est nourrie, logée, blanchie et s’occupe de Jonathan à temps plein. En fait, Jonathan connait moins les bras de sa mère que les bras de sa nounou qu’il appelle «ZELDA », il aime son parfum, son rire et même son regard noir quand elle le dispute. Elle représente tellement pour lui... ZELDA, c’est son refuge lors d’un gros chagrin, c’est celle qui lui met des limites, et par-dessus tout, c’est avec elle qu’il est le plus complice. Un lien indéfinissable existe entre ces deux êtres, ce lien que l’on construit jour après jour lorsque l’on partage le quotidien avec un enfant.
A 12 ans, Jonathan, ne dort plus aussi profondément qu’auparavant, et depuis quelque temps, il a l’impression d’entendre des bruits bizarres qu’il n’arrive pas à qualifier, il pense qu’il rêve. Une nuit, il se concentre et repère d’où ceux-ci proviennent... Oui, c’est sûr, cela vient de la chambre de ZELDA. Il décide de se lever et à pas feutrés se dirige vers le grenier. ZELDA y dispose d’une minuscule pièce de vie. Cela lui suffit largement ! En effet, elle passe la majeure partie de son temps dans les autres étages à s’occuper de la maison et de toutes les tâches qui lui sont imposées. Plus il se rapproche, plus il entend les fameux bruits..., cela ressemble plutôt à des cris étouffés, des râles. Un moment, il croit entendre Zelda supplier « non, arrêtez, s’il vous plaît... ». Jonathan veut intervenir quand il entend une voix masculine. D’un seul coup, il se met à trembler de tous ses membres : il a reconnu la voix de son père. Terrorisé, il rejoint sa chambre en courant et ne trouve le repos qu’une fois recroquevillé dans son lit, la tête sur l’oreiller qu’il mouille d’une rivière de larmes...
Le lendemain et les jours suivants, rien n’est plus pareil. Le climat est pesant. Zelda a perdu sa fraîcheur, son enthousiasme et Jonathan le ressent. Que peut-il faire ?
Les années passent, Jonathan atteint l’âge de 15 ans. Il a compris que sa nounou est maltraitée par ses deux parents. Certes, pas forcément de la même manière, et il ne sait pas exactement ce que son père lui fait mais il a compris toute la douleur que cela engendre. Quant à sa mère, elle ne cesse d’humilier la jeune-femme, de lui rajouter du travail, ou plutôt... des corvées.
Jonathan s’est rendu compte que Zelda ne sait ni lire ni écrire le français. Le lien fort qui les unit s’est encore consolidé et malgré le fossé qui pourrait les séparer, Jonathan se sent beaucoup plus proche d’elle que de sa famille. À l’école, ils ont étudié la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et Jonathan a réalisé avec stupeur que ses parents n’auraient jamais dû et ne devraient pas traiter Zelda de cette façon. Il décide d’en parler avec elle.
La discussion est difficile, lourde d’émotions, car Zelda a encore sa fierté et ne veut surtout pas causer de problèmes au seul rayon de soleil de sa vie. Mais Jonathan la connait trop bien, il arrive à la faire craquer et, soudain, dans des flots de paroles elle raconte l’horreur de sa servitude. Tous deux décident alors, d’un plan d’action...
Jonathan apprend à lire et à écrire à Zelda. Ces moments privilégiés permettent à la jeune femme de tenir. Puis, Jonathan tente de récupérer, mais en vain, le passeport de Zelda. Celui-ci est enfermé dans le coffre de la maison. C’est mission impossible...mais ils ne s’avouent pas vaincus !
Ensemble, Zelda et Jonathan prennent plaisir à lire. Ils lisent à haute voix, chacun leur tour. Parfois, elle s’endort, vaincue par la fatigue et bercée par la voix chaude de « son rayon de soleil ». Puis, un jour, il lui offre un livre qu’il a confectionné de ses mains. Celui-ci est relié par une couverture de cuir rouge qui brille de mille feux :
- Tiens, lui dit-il, j’ai nommé ce livre « le texte sacré », il comprend les trente articles de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Je n’en suis pas l’auteur mais il a donné sens à ma vie. Je veux faire partie de tous ceux qui rendent vivant ce magnifique plaidoyer. Je serai avocat ! Mais pour l’instant, il est temps d’entrevoir la manière de te rendre la liberté. J’ai un plan.
ZELDA, avec l’aide de Jonathan, finit par s’évader de cet enfer, non sans sentiments mêlés de peur et de regrets car ils craignent de ne plus pouvoir se voir, du moins pendant un certain temps.
Elle ne sait rien de la vie dans la ville mais arrive à se débrouiller pendant quelques mois quand soudain elle est arrêtée par la police alors qu’elle se rend dans le restaurant où elle vient de trouver un poste dans le cadre d’un travail dissimulé.
- Vos papiers ? lui demande le policier,
- Ils sont restés chez mon ancien employeur,
Emmenée au poste de police, elle subit un interrogatoire complet, puis à la question : Qu’avez-vous à déclarer de plus ? Elle sort alors de son corsage, le petit livre rouge, toujours aussi brillant qu’elle tient à jamais collé contre son cœur. Le policier le feuillette et s’émeut de la situation.
- D’accord, j’entends votre récit et je vous crois. Il quitte la pièce et revient quelques minutes plus tard.
Une enquête va être diligentée, j’ai appelé un responsable d’une association venant en aide aux migrants. Ses membres vont vous accompagner dans vos démarches.
Un an plus tard, ZELDA rencontre « son rayon de soleil » dans un café où ils se sont donné rendez-vous. Jonathan a maintenant 18 ans. Il vient d’obtenir son baccalauréat avec mention « très bien » et entre en première année de faculté de droit. A son arrivée, ZELDA lui tend un cadeau, c’est un livre qu’elle a écrit sur sa vie, elle a aussi trouvé un éditeur. Oh ! Elle n’a pas été exigeante envers ce dernier, elle a juste voulu que la couverture de son livre soit de couleur rouge, d’un rouge brillant de mille feux...
Depuis, ZELDA et Jonathan se voient régulièrement et quand une tempête éclate dans la vie de l’un ou de l’autre, ils savent qu’ils sont au moins deux pour l’affronter...

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Silvie DAULY · il y a
Coucou Étoile, me revoilà. J'avais déjà voté, donc c'est impossible de revoter. Mais j'aime ce texte, je le reconfirme. Il délivre un très beau message.
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Gabriel Epixem · il y a
Bravo. Joli texte.
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Etoile* · il y a
Merci beaucoup, mon écriture fluide me semble parfois trop simple ! j'ai aussi écrit pour SHORT PAYSAGE (LE GUÉRISSEUR) si vous avez le temps...
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Cathy Grejacz · il y a
Quel beau texte. Vous avez une écriture facile, fluide.
Bravo

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Etoile* · il y a
merci d'être allé sur ma page. Très bonne journée.
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Virgo34 · il y a
Un beau texte qui donne à réfléchir.
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Etoile* · il y a
Merci pour ce commentaire...J'ai mis d'autres textes sur ma page. J'irai voir ce week- end votre écrit.
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Nihal · il y a
Superbe, il n'y a pas d'autres mots ! C'est juste superbe ! Quel dommage que j'ai raté un si beau texte, je suis heureuse d'être tombée dessus ce soir !
J'aimerai, si le cœur vous en dit, partager avec vous mon "Errance Terrienne" ! https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/errance-terrienne

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Teddy Soton · il y a
Bonjour étoile,bravo pour ce joli récit avec une belle morale.
Puis je vous inviter à soutenir Frénésie 2.0?

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Etoile* · il y a
Merci beaucoup. Je suis touchée et fière que cela vous ait plu. Je vais aller voir vos œuvres.
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