Le projet de loi

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L'évasion s'impose...pour pouvoir reveni  [+]

Image de Eté 2016
Je partais, l’ordinateur en bandoulière, me dirigeant vers le métro. Ce matin-là, au moment où je beurrais une tartine, ses propos avaient été repris par la radio : « le fait qu’un homme refuse sans explication l’amour d’une femme est inadmissible ».
C’était amusant car la veille, j’avais moi-même été dans cette situation. Je n’avais pas répondu à l’invitation de Marie et bien-sûr, je me sentais un peu coupable de ne pas avoir donné suite, me rassurant avec une justification vaseuse. Trop fatigué.
Et, puis, il était toujours possible de lui dire que je n’avais pas ouvert mon portable.
En sortant du métro, je jetai un œil au kiosque, le quotidien du jour titrait : « Tout sauf le silence !!! »
Je croisai Marie à la cantine et lui assurai que mon portable était la veille déchargé et lui promis que ce n’était que partie remise.
Et ce fut, le lendemain, au moment où je me brossais les dents, que j’entendis à nouveau le Premier ministre : « non seulement, il est inadmissible, et le gouvernement le condamne, de rien dire à une femme, mais il est illégal de lui mentir et de la laisser espérer ». Je m’assis, stupéfié sur le bord de la baignoire, les bras ballants et la bouche ouverte. Je répétai à voix haute : c’est incroyable, c’est incroyable...
Pratiquement inconscient, glissant au sol, je saisis pourtant les propos du commentateur : « le gouvernement soutenu par le Président, travaille à un projet de loi qui pénalisera ces actes révoltants. Dès la semaine prochaine, il sera présenté au conseil des ministres ».
J’étais coupable.
Un projet de loi ? Je titubai vers le métro, portant les écouteurs bien enfoncés dans les oreilles, attendant fébrilement, le prochain bulletin d’information. Arrivé devant mon bureau, je stoppai : un flash spécial. Le chef du parti d’opposition, lors d’un point de presse informel, dénonçait le laxisme du gouvernement. « Ce projet de loi n’est qu’une action de com'. Qu’attendons-nous de cette réforme ? Rien. Les hommes continueront à mentir en toute impunité ».
Je restai pétrifié, soutenu par l’encadrement de la porte, collé. Qu’allaient-ils faire de moi ? Me mettre en prison ? C’est sûr. Et pour combien de temps ?
Marie passa devant moi, souriante et je me mis à trembler.
— Qu’est-ce que tu as, Benoit ?
— Rien, rien.
Je ne pouvais pas m’empêcher de poursuivre mon crime. J’arrachai les écouteurs, la regardai et me lançai :
— On pourrait se voir ce soir, si tu veux, après le boulot. Je voudrais te parler.
— Génial, Benoit, à ce soir.
À midi, je branchai à nouveau le portable en grignotant un sandwich aux concombres. Mais aucune radio ne reprenait le sujet. Il est vrai que les bonnes nouvelles n’intéressent pas les médias.

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