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Le portrait

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Sylvie Belgrand

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- Tiens, puisque tu peins en ce moment, tu ne voudrais pas me faire un portrait de Morgane ?
(Euh... Un portrait d’une petite fille qu’on connait très bien... Faudra donc que ce soit un minimum ressemblant... à l’acrylique, hein, pas un crobard au crayon de mine... Tu es sûre que tu ne veux pas un Jack Sparrow ou un Tyrion Lannister ? ça, je sais faire, j’en ai déjà dessiné plusieurs.
Non, Morgane, c’est ta nièce, ta seule nièce, et tu l’adores, alors c’est son portrait à elle dont tu as envie, pas celui d’un acteur hollywoodien.
Moi, c’est toi que j’adore. Et puis tu me demandes ça avec « le » sourire, celui qui me fait fondre, alors...)
- Oui, bien sûr. Pourquoi pas ?
- J’y ai réfléchi, et j’avais pensé que tu pourrais utiliser ce papier pour le fond.
(Oh, my God ! C’est très rose et plein de fleurs. Vraiment, tu es sûre ? Parce que je réussis aussi très bien Captain America...)
- Aaah... Oui... C’est sympa. Ça fait un peu princesse Disney, non ?
- Bah, tu sais, Morgane, elle a neuf ans...
- Ben oui, forcément.
Je suis hypnotisée par ton sourire, et je ne peux rien te refuser. Même si, en glissant un doigt sur le papier rose à fleurs, je sens qu’il n’est pas lisse. Il y a des points et tout un tas de ramages en relief. Ça va être un vrai bonheur de poser de l’acrylique là-dessus.
(Soupir discret)

Deux jours plus tard. Dimanche matin. Tu pars travailler pour une longue journée de douze heures. C’est le moment où jamais ! Je me lance, et si je me plante, je fais disparaitre l’horrible raté avant ton retour. Ni vu ni connu.
Bon, comme on est dimanche, il n’y a pas le feu. Je prépare mon matériel. Crayon de mine, taille-crayon, gomme, peintures acryliques, pinceau normal, pinceau fin, chiffon pour essuyer les doigts et les pinceaux... Je gagne du temps avant de me lancer, il faut bien l’admettre.
Dans le milliard et demi de photos de Morgane stockées dans l’ordinateur, je trouve assez rapidement un joli cliché de la demoiselle, sur lequel elle sourit franchement. Elle est belle, fraiche et naturelle. Pas trop de drapé dans ses vêtements. Ça me va.
Me voilà devant la feuille rose à fleurs. Ça me perturbe, et je ne sais pas trop par où commencer. D’habitude, je commence un portrait par les yeux. Le regard, c’est essentiel. Mais qu’est-ce qui caractérise le plus le visage de Morgane ? Qu’est-ce qui fait qu’elle est elle, et pas n’importe quelle petite fille de neuf ans ? Est-ce son sourire ? Ses longs cheveux bruns (marrons, comme elle dit) retenus par un bandeau, rose forcément le bandeau ? Sa façon de se tenir ?
(Bon sang ! Arrête de te faire des nœuds à la tête comme ça, et lance-toi !)
Je commence donc par les yeux. Comme d’habitude.
Je n’ai jamais eu l’occasion d’en parler avec d’autres dessinateurs ou peintres, mais je n’ai jamais compris comment l’image que j’ai en tête passe par ma main pour apparaitre sur une feuille ou une toile. Ça reste un grand mystère, un processus incompréhensible qui parfois fonctionne, et parfois non. Et quand c’est non, pas la peine d’insister !
Là, ça fonctionne. Ça fonctionne même très bien. En moins d’une demi-heure, Morgane est là, crayonnée sur la feuille, au milieu des fleurs.
Du coup, j’ai encore plus peur de rater le passage à la couleur. Ça fait peu de temps que je me suis mise à la peinture acrylique. Je suis loin de maîtriser. Jusque là, j’ai travaillé aux crayons de couleur, à l’encre de chine, aux pastels secs. Passer du trait à l’à-plat, ça demande une petite gymnastique et de l’entrainement.
(Allez, vas-y, plonge !)
Je fais le choix de couleurs différentes de la réalité : Les ombres en vert pastel, les cheveux et les sourcils en bleu lavande... L’idée, c’est de donner un côté cartoon en phase avec le papier rose à fleurs.
Je me concentre tant que j’en oublie ma peur de rater. J’oublie d’ailleurs tout ce qui n’est pas le pinceau qui glisse sur les petits reliefs du papier (finalement, ça n’est pas si difficile, et ça donne un effet intéressant)
Le temps s’arrête. J’ai maintenant une vision très claire de ce que je veux produire, et, instant magique, tout vient de façon très fluide.
Fini !
Et fini en moins de deux heures ! Je suis heureuse. Heureuse d’imaginer l’éclat dans ton regard, la fossette qui va se creuser au coin de ton sourire, quand je vais te tendre le portrait quand tu rentreras.
Je t’aime, mon Cœur. Demande-moi la lune. Je ne parviendrai peut-être pas à aller te la chercher, mais je pourrai toujours te la peindre.

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Utilisateur désactivé · il y a
Quoi ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Personne n'a commenté ce TTC, plein de couleurs et d'amour ? Appelez-moi le directeur !
+ 1 sans réserve.

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