Le pont de lianes

il y a
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AMICXJO prononcer amite-chiot Retraité, jeune (ou presque : couvée de 1950). Agnostique mais avec des idoles : Jacques Brel, Vincent de Paul et ses réincarnations : Henri Grouès, Madeleine  [+]

Arrivé en fin de contrat dans l'armée de l'air, je laissais la guerre froide se terminer sans moi et j'intégrais une compagnie aérienne qui n'existe plus: l'UTA (Union de transports aériens).
Après un petit examen pratique et grâce à mes références de sergent mécano radio (sur mirage IV), j'étais embauché comme E.I.R (électronique, informatique, radio).
On me mit en double avec Steve, un ancien militaire comme moi, mais proche de la retraite puisqu'il avait fait les bombardements sur l'Allemagne dans les années 40 comme mitrailleur de queue, au sein de la R.A.F. Puis il avait rejoint la marine française où comme officier marinier naviguant, il avait exercé,  toujours la même fonction, de mitrailleur.

Nous étions sur un dépannage de radar sur DC10. Il tempêtait contre un boitier électronique de radar en panne, qui refusait de sortir de son tiroir.
La colère, plus que la force brute, de mon instructeur eut raison du malheureux matériel qu'il jeta avec hargne derrière lui. Il me laissa terminer le travail, remettre un boitier neuf et le freiner (bloquer les écrous de fixation avec un fil de fer entrelacé dans le sens du vissage), faire les tests de fonctionnement et remplir les papiers.
Je le rejoignis: il était assis en 1er classe dans l'avion, visiblement éméché, il marmonnait.
- salope de bonne femme, c'est une pute mais elle m'a fait un superbe gamin blond. Elle ne me comprend pas. Elle m'en veut, je ne comprends jamais pourquoi on m'en veut. Tiens je vais te raconter : Un jour, au Vietnam un lieutenant de vaisseau a voulu me tuer...
Il se moucha bruyamment, je m'assis en face de ses 110 kilos de viande avinée...
- nous étions en train de survoler la jungle du Vietnam, il y avait longtemps que je n'avais pas tiré un coup...
Il ria grassement de son jeu de mot qui ne me fit même pas sourire l'ancien sous-off que j'étais, malgré la sympathie que j'avais à priori pour Steve...
- nous survolions en B.A (base altitude) un village de vietnamiens qui fuyaient. Le commandant s'adressa à nous par le T.B (téléphone de bord).
"On refait un passage plus bas, je répète les consignes : on ne tire pas, il n'y a pas de Viêt-Cong, c'est un village ami !"
Il y avait un pont de liane au-dessus de la rivière avec plein de mousmés avec de gamins plein les bras. J'ai armée mes mitrailleuses et je me suis tapé un superbe carton. Ça gerbait de tous les coté, les mômes, les bonnes femmes, ça gueulait, ça sautait. Quand on est rentré, je ne sais pas pourquoi mon trois galons voulait me tuer, les copains lui ont arraché son P.A (pistolet automatique) des mains ! Je ne sais pas pourquoi il m'en voulait ce con. Ma salope de bonne femme aussi, je ne sais pas pourquoi elle m'en veut...

Cette histoire que j'avais oubliée me revient avec beaucoup d'émotion après 45 ans, je suis persuadé qu'elle est vrai.
Je la dédie, sans ironie ni rancœur, à "l'écriveure" compagnon d'écriture sur "short-édition" comme écho à sa nouvelle : "le Treizième Homme"
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Paul Thery · il y a
Et c'était avant la vogue des jeux vidéo ! Qu'est ce que ça donne un accro aux jeux guerriers ultra-violents à qui on confie un bazooka ?
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A M I C X J O · il y a
histoire vrai, hélas. Souvent des hommes qui deviennent fous au combat et les jeux vidéos n'existaient pas mais à cette époque l'opium "coulait" à flot ou d'autres saloperie pendant le repos du soldat!
Je ne sais toujours pas pourquoi j'ai rapporté cette terrible histoire qui me hante toujours!

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Demens · il y a
Moi aussi je suis persuadé qu'elle est vraie... J'ai beaucoup aimé ce petit texte. Au plaisir.
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A M I C X J O · il y a
merci, mais j'ai honte d'avoir écris ce texte, je n'ai pas voulu excuser ce pauvre type, j'ai seulement montré comment se produit le basculement dans l'horreur (voir l'actualité hélas)

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