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Le pianiste

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jc jr

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Depuis ce coup de foudre, Ella ne vivait plus. Elle trottait dans sa tête le souvenir de son allure, de son visage, de son regard et attendait de découvrir le son de sa voix, Ils avaient simplement échangés leurs numéros. Mais il ne l’appela pas. Au bout de quelques jours, c’est elle qui essaya pour tomber sur un répondeur impersonnel. Triste déconvenue. « Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses... ». Puis ce message :
« Parler ne sert qu’à tromper nos émotions, je préfère les vivre, Byron ».
Bon, visiblement ce n’était pas un grand bavard. Ella reprit son téléphone et lui envoya le message suivant, court et laconique :
« Où ? ».
La réponse la surprit :
« Ce soir, 20h, salon classique, Melody Pub, j’aurai un œillet rouge ».
Un grand bavard, je vous dis ! Je connaissais de nom cet établissement dédié à la musique au sein d’un grand hôtel, on s’y rendait par la route de la côte.
Je n’avais plus qu’à me préparer. Je me choisis une petite robe noire, non pas de deuil, mais de séduction, échancrée dans le dos et avec un décolleté juste ce qu’il faut pour capter le regard. Je l’agrémentai d’une petite broche rouge pour accompagner l’œillet, qu’il devait avoir. Je n’aimais pas les parfums trop capiteux, je les préférais plutôt discrets, dont on découvre les fragrances en s’approchant un peu, question d’intimité. Mes cheveux remontés en chignon, mes yeux bien soulignés, un petit sac rouge de la même couleur que la broche assortie à mes lèvres et de petites échasses en forme d’escarpins. Me voila donc fin prête et zou, dans la voiture !... rouge évidemment.
Le ruban d’asphalte se déroulait encore humide de la dernière ondée, qui avait fait tomber la température et rejaillir les odeurs du Midi, empreintes de légèreté dans le ciel rougeoyant de ce début de crépuscule. C’était une petite route, qui au fil des tournants, s’appuyait sur la corniche en surplomb de la mer. L’air était légèrement frais et les ombres commençaient à se former dans la lueur des phares, venant troubler la route et faisant danser les premiers fantômes. Ella conduisait tranquillement, tandis que la radio diffusait « Crazy » de Patsy Cline. Elle s’était calée sur les notes langoureuses, se laissant emporter par toute cette atmosphère, loin de l’humidité de ses racines galloises. Cette balade m’amena dans une ville jalonnée de palmiers. Enfilant les ronds- points, je trouvai facilement cet hôtel du bord de mer, auprès duquel je me garai. Je pénétrai dans un hall gigantesque, à l’américaine, éclairé par un lustre surdimensionné. La réception m’indiqua le couloir, qui menait aux lounges. Je rentrai dans le salon classique et fus immédiatement happée par cette ambiance feutrée, où chacun chuchotait à peine pour laisser le piano exprimer sa musique. La sonate au clair de lune emplissait l’atmosphère, jusqu’à faire vaciller les lueurs des bougies. Je balayai la salle d’un regard circulaire, qui observait les hommes, mais il n’était pas là. Après un tour à la recherche d’un œillet rouge, un garçon m’installa à la table restante, pas la meilleure des places, puisque dos au pianiste et je lui commandai deux coupes de champagne. Au moins le recevrai-je avec un peu de classe, question de savoir vivre, s’il daignait se montrer, à défaut d’être à l’heure. Et mes yeux s’embuèrent de cette situation, avec un air de déjà vu. Je secouai la tête pour reprendre le contrôle et dépitée, je vidai ma coupe. Beethoven avait fini, Chopin prit le relais avec ce nocturne que j’aimais tant, sur lequel je me mis à appuyer un début de nostalgie. Je me laissai aller à la magie de mes émotions, suivant chaque mesure et au bout d’un moment, je me levai, histoire de ne pas être venue pour rien. M’approchant du pianiste, que je voyais de dos, je me décalai pour voir le clavier et ses mains, quand ma bouche s’ouvrit sur un cri muet de stupéfaction : sa boutonnière s’ornait d’un œillet rouge. Je relevai les yeux pour découvrir le sourire, dont il me gratifiait, éclairant ce regard, qui m’avait tant charmé. Le morceau se finit et il se leva sous les applaudissements. Se penchant vers moi, il me prit la main, la porta vers sa bouche et l’effleura de ses lèvres.
Nous rejoignîmes une table réservée avec deux coupes et un champagne bien meilleur que le précédent. Les cascades de fines bulles dégringolaient ma bouche, agitaient mes neurones et je commençais à ressentir une agréable torpeur, dans laquelle se mélangeaient les mots de Byron et les mélodies du piano. Il était concertiste et parlait de musique, des auteurs, qu’il aimait : Tchaïkovski, Rachmaninoff, Mozart, Grieg, pendant que je regardais ses mains, calmes et animées de mouvements amples, qui ponctuaient ses phrases. J’étais sous le charme.
– Je vous invite, me dit-il.
– A quoi m’invitez-vous ?
– A regarder la mer, au son de la musique.
Et nous vola partis, accrochée à son bras, jusqu’à cet ascenseur, que nous primes ensemble. Il est des sentiments, qui ne peuvent attendre et là, c’était urgent. Nos corps se rencontrèrent, nos lèvres se trouvèrent dans un baiser impatient, au fil des étages passant devant nos yeux.
Sa chambre avait une terrasse, qui s’ouvrait sur la mer. Le vent nous apportait ses parfums de lauriers et la côte étalait son ruban de lumière. Son bras entoura mes épaules pour respirer à deux ces odeurs de la nuit et m’entraina à l’intérieur, où étaient diffusées les sonates de Beethov. Nous étions face à face. Il mit alors ses mains sur mes joues, m’emmitouflant de sa chaleur et au fil des cheveux vint défaire mon chignon. Et puis je le sentis batailler sur mon épaule avec le haut de ma robe, sans comprendre comment des mains aussi agiles sur un piano pouvaient avoir des doigts si maladroits avec un malheureux bouton. Mais la bataille fut gagnée, la robe virevolta. Alors ce fut mon tour et je pris un malin plaisir à défaire lentement son beau nœud papillon et ouvrir un à un ses boutons de chemise. Enfin, n’en pouvant plus, il s’occupa du reste. Et en me soulevant, il nous fit atterrir sur le lit dans un éclat de rire. Ses mains commencèrent lentement l’exploration de mon corps, avec cette douceur, qui glissait sur la légèreté des notes de la « Lettre à Elise ». En enchainant ses gestes au fil de mes courbes, il jouait sur ma peau des arpèges d’amour. Puis son toucher se fit plus précis, plus rapide, soulevant mon plaisir en ondes successives sur l’ « Appassionata ». Il me fallut alors dompter cette impatience, qui me définissait. Cela dura, dura... et puis c’en était trop, il fallait que je reprenne la main et donne à cette sonate ce troisième mouvement. Allegro ma non troppo. Presto, qui transforma le lit en un champ de bataille, jusqu’à cette cambrure ultime dans une gerbe de sensations.
Nous nous sommes retrouvés calés l’un contre l’autre et j’aimais le sentir, respirer son odeur, apprécier son grain de peau coulisser sous mes doigts, enfin me reposer, le ventre encore sensible et rempli de plaisir.
Puis je me suis levée, enveloppée dans le drap et sortis sur la terrasse. J’avais besoin de me retrouver seule pour apprécier ce moment de plénitude, qui n’appartenait qu’à moi. En regardant la mer, je me mis à fumer cette cigarette d’après l’amour, au goût exquis et dégustai cet instant de bonheur, qui traversait ma vie.
A mon réveil, Byron était déjà parti. Il m’avait dit avoir des répétitions. Je ne savais de lui rien d’autre que la musique et la sensibilité de ses mains, mais cela me suffisait. Je me préparai et sortis pour rejoindre ma voiture. Il pleuvait.
Et ce fut un moment, où la légèreté de mon cœur entraina tout mon corps. Je me mis à danser sur le trottoir au rythme de mes sentiments, en petits pas chassés, en tournant sur moi-même avec mon parapluie, un peu comme dans « Singing in the rain », , rien que pour le plaisir.

PRIX

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De margotin · il y a
J'adore ce texte. Je vous invite à découvrir ma ville de naissance sur ma page. Merci beaucoup
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jusyfa *** · il y a
Plein de charme et de sensibilité, j'ai adoré ce texte Jean Claude, bravo !
Julien.
Si ton temps le permet :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/un-nombre-d-or-revelateur
Amitiés.

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RAC · il y a
Souvenir inoubliable ! Tout en crescendo...
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Jean Calbrix · il y a
L'amourv amené par petite touches et quelques notes de piano. Sublime ! Bravo, jc jr ! Je clique sur j'aime.
Mon sonnet Roberto que vous avez soutenu, est maintenant en finale automne. Je sollicite de vous un nouveau soutien pour lui : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/Roberto Bonne journée à vous.

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M. Iraje · il y a
Une délicate sensualité distillée touche après touche ...
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Zouzou · il y a
l'amour pour occulter le mal !
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Felix Culpa · il y a
Il faut chanter même sous la pluie, car elle est bénéfique, l'eau c'est la vie ! Bien vu Jc Jr !
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Jpbx1 · il y a
Un délicieux moment musical qui n'oublie pas le plaisir d'amour. Bravo !
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Chantal Sourire · il y a
Instant de plénitude à déguster, j'aime !
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Philippe Larue · il y a
Piano forte et jolies références à voter
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