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Le Photographe

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Adrien Caritey

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Une vaste plaine blanche dénivelé fleurit de quelques pins épars. “Clac“, un flash et c’est dans la boîte. Un paysage radieux et paisible prisonnier dans l’appareil d’Harold Liftner. Cela faisait cinq ans qu’il avait raccroché son insigne de garde forestier pour s’adonner à son passe temps de toujours, la photographie. C’était un naturaliste. Plus il se trouvait proche de la nature pour l’immortaliser, plus il se sentait vivant. Sa Marlboro au bout des lèvres, il mitraillait chaque parcelle de terrain, changeant l’angle ou rétractant l’objectif au besoin. Parfois il saisissait un arbre penché par le vent ou un vol d’oiseau hasardeux, comme si la nature posait pour lui telle une diva. Depuis petit il rêvait des Alpes, c’est ce qui l’avait poussé à faire son métier. Il la trouvait fascinante, paisible et attrayante avec sa haute couronne blanche et ses sapinières bordant ses flancs. Elle était un peu sa muse et il l’aimait plus que tout.
Mais aujourd’hui était un jour particulier. Il avait entendu au village des rumeurs parlant de bétail tué et de hurlement durant la nuit. Il en était convaincu, c’était des loups. Il devait les voir. Ce serait probablement pour lui, l’apogée de son art, et n’est ce pas le but de tout artiste ?
Son appareil pendant à son coup, il éteignit sa cigarette dans la neige et rangea le mégot dans un petit sachet qu’il gardait dans une poche de sa parka blanche. Il repoussa ses lunettes du dos de la main et contemplât la nature immobile et silencieuse. Un léger vent balançait les sapins et concevait des petites congères. Néanmoins, le ciel commençait à s’assombrir. Un orage approchait, ce n’était plus qu’une question d’heure, il devait se dépêcher.
Il avait commencé la traque depuis trois jours en partant de la ferme où le bétail avait été attaqué. D’après ses estimations, cela ne pouvait être qu’une meute, surement entre dix et quinze loups. Il avait remonté leurs piste jusqu’à haut dans les alpages, relevant leurs empreintes ou leurs déjections. Sa vieille carcasse de garde forestier et de pisteur ne le trompait pas, il les rattrapait. Il espérait seulement les trouver avant l’orage. Aidé d’un bâton de bois, il marchait péniblement d’un pas lourd dans cinquante centimètres de neige et était aux aguets de la moindre piste.
Une tâche jaune au pied d’un sapin l’interpella. Il y plongeât deux doigts et les humas. Plus aucun doute n’était possible maintenant, il était tout près d’eux. Exulté par sa trouvaille il poussa un léger cri de victoire. Il sentit un léger crachin humidifier son visage puis, subitement, la pluie tomba drue et il du se mettre sous le couvert des arbres.
Les bourrasques étaient si violente qu’elles manquaient de briser la cime des arbres. Des éclairs zébraient le ciel et la neige dansait autour de lui. Du monde vierge et paisible il ne restait rien. Jamais en quarante ans de métier il n’avait vue un tel déchainement de la nature. Il profita de l’instant pour photographier la puissance de l’indomptable montagne. Il entendit soudain un craquement et un arbre vint s’abattre à quelques mètres de lui. Pris de panique il voullut se précipiter vers une petite cavité rocheuse pour se protéger du temps. Le tonnerre gronda alors et la terre se mit à trembler. Il regarda dans les hauteurs et vit une imposante volute blanche foncer dans sa direction. Il tenta d’accélérer le pas mais la neige l’empêchait d’avancer, le laissant empêtrer attendant son châtiment. Il sentit son corps se raidir lorsque l’avalanche le saisit. Il ne ressentait plus que l’intense froid annonciateur de la mort et n’entendait que l’horrible grondement pendant qu’il était balloté, puis enfin vint le silence. Il se sentait comme le colonel Chabert, inhumé sous une montagne de cadavre. Il fut saisit par la peur et le désespoir, incapable de crier, ni même de pleurer. Il sentit l’air se raréfier, et, pris d’asphyxie, il perdit connaissance.
Une odeur âcre le tira de son sommeil. Il sentit son dos ankylosé craquer sous l’effort, lui étirant une grimace de douleur. Il faisait sombre et Harold ne discernait rien excepté quelques légers traits de lumière filtrant du plafond. Tout était flou dans sa tête, il ne savait pas comment il était arrivé ici, il ne se rappelait que de l’horrible sensation d’effroi qu’il avait sentit à l’approche du glas de la mort. Il ouvrit grand les yeux lorsqu’il les vits. Leurs pelages gris et leurs larges gueules ne le trompait pas, c’était les loups. Ils étaient bien plus nombreux qu’il le pensait, au moins une trentaine, avec des jeunes louveteaux tétant leurs mères. Pendant un instant il se crut décédé, mais, à son grand soulagement, il sentit la douleur lorsqu’il se cogna contre le plafond calcaire. Ce pourrait il qu’ils l’aient tiré de son mausolée ? Il en doutait, c’était une idée trop saugrenu, il en était conscient. Mais une partie de lui voulu y croire. Il essaya de prendre son appareil photo mais il n’était plus là, probablement enterré sous des tonnes de neige. Il y a probablement des beauté cachée dans se vaste monde que seule la nature égoïste s’offre à contempler. Il se sentit privilégié d’admirer un tel spectacle, ému.
Finalement, au bout d’une demi heure, il sortit de l’entre très silencieusement. Dehors, l’orage avait cessé, ne laissant qu’un épais désert de neige étincelant sous les rayons d’un soleil crépusculaire et parsemé de congères et de troncs brisés. Il sortit une cigarette qu’il alluma, laissant échappé une épaisse volute de fumé, regardant une dernière fois se monde purifié et se jura, comme il n’était plus en âge de supporter l’impétuosité et les caprices de la divine reine blanche, de ne plus jamais y revenir.

PRIX

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Gabriel Epixem · il y a
Joli texte. Bravo.
Je vous invite à découvrir ma page aussi.

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Christopher GIL · il y a
Jolie histoire on est embarqué dans la vie de ce photographe.. mes voix!
J'ai un De Vinci si ça vous tente!

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Utilisateur désactivé · il y a
Je crois que les petits qui tètent leur mère sons des louvarts et les louveteaux des petits sevrés et déjà ado. Bonne chance.
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De margotin · il y a
Bonne chance
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Adrien Caritey · il y a
Merci 🙂
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Abi Allano · il y a
Et bien, Harold l'a échappé belle...un bon texte. Bravo!
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Adrien Caritey · il y a
Merci 🙂
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Keith Simmonds · il y a
Un grand bravo pour cette aventure qui dévoile la nature dans toute sa puissance, Adrien ! Mes voix ! Si vous avez le temps, Une invitation à assister au “Sommet des Animaux” qui est également en lice pour le Prix Short Paysages 2019 ! Merci d’avance et bonne soirée!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-sommet-des-animaux

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Lélie de Lancey · il y a
Rarissime rencontre et la force de la Nature en fil conducteur. J'aime.
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Véro Des Cairns · il y a
Une rencontre divine, la dernière et la plus pure, avant de raccrocher... J´ai respiré les tombereaux de neige avec Harold! Merci pour cette aventure vivifiante. Puis_je vous proposer une autre balade en Isère ? https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/augure-royale. A bientôt.
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Adrien Caritey · il y a
merci, bien sur ce seras avec plaisir =)
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Chantal Sourire · il y a
Un texte aussi puissant que la nature, je vote !
Et vous invite sur ma page, merci

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Adrien Caritey · il y a
Merci, j'irai jetter un oeil =)
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Ginette Vijaya · il y a
Un zeste de fantastique dans votre texte qui donne au paysage alpin une beauté sauvage et mystérieuse .
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