Le Photographe

il y a
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Qui suis-je en 400 caractères ? Je pourrais les mettre dans le désordre, comme ça, pour être drôle et intéressante, et te faire rire, toi, lecteur. Mais je ne préfère pas. Alors, pour reste  [+]

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Clic.
La jeune fille était éclairée par les néons clignotants d’une publicité. Elle avait un genou relevé dans un pas énergique, et son manteau voletait légèrement autour de ses jambes. Ses courts cheveux retombaient sur son visage, qui restait dans l’ombre. Derrière elle, la rue n’était fréquentée que par de rares passants réduits à l’état d’ombres par la nuit.

Clic.
Une voiture sombre se coule dans un quartier que les lampadaires dédaignent. La lumière des enseignes publicitaires de la ville que ne dort jamais glissent sur sa carrosserie, sans parvenir à s’y accrocher.

Clic.
Sous la flaque de lumière d’un réverbère, un pied chaussé de talons fins et hauts, à la couleur indéfinissable sous l’ampoule crue, est en train de se soulever, projetant une ombre menue sur le sol. Sa propriétaire est déjà en avant, trop loin du cercle lumineux pour être visible. Par contraste, l’obscurité semble solide.

Clic.
Dans les souterrains du métro, la foule se fait plus rare. Les ampoules blanches nient la nuit extérieure, et dans un coin, un homme attend, courbé en deux contre un mur. Le départ du dernier wagon a soulevé quelques papiers qui ne se sont pas encore reposés sur le sol marbré d’ombres.

Clic.
Sur un banc dans Central Park un homme est étendu. Seuls ses pieds et ses cheveux sont visibles sous l’amas de couvertures qui le recouvre. Dans le soir qui descend et englobe la ville, les arbres dominent de leurs ombres cet ilot de verdure dans la ville.

Clic.
Une jeune femme se tient debout à la terrasse d’un restaurant. Elle tente de prendre en photo l’Empire State Building dont les lumières découpent la nuit comme des étoiles. Le flash éclaire la scène alors qu’elle reste dans l’ombre.

Clic.
Un groupe de jeunes se tient devant un bar. Les lumières du lieu ricochent sur leurs dents dévoilées par leurs rires, se perdent dans les reflets de leurs bijoux, de leurs montres. L’obscurité les entoure, et leurs silhouettes habillées de couleurs vives semblent découpées par les ombres nocturnes.

Clic.
Deux touristes, appareils photos et sacs à dos se hâtent dans les rues brillamment éclairées. Le trottoir est gris sous leurs pieds. La femme se cache les yeux, agressés par les néons et les lampadaires.

Clic.
Sous une porte cochère, un couple s’embrasse. L’homme tient la femme par la taille, et l’obscurité empêche de voir son visage. Seules sont visibles ses mains blanches sur les épaules de son compagnon. Derrière eux, un immeuble où une seule fenêtre est allumée, au deuxième étage.

Clic.
A un arrêt de bus, une jeune fille patiente. La nuit est déjà tombée, et seule la lumière d’un réverbère permet de distinguer ses traits. A ses côtés, une autre femme se tient en retrait. Son corps à l’extérieur du rond lumineux reste invisible, mais son visage courbé sur son téléphone est éclairé par celui-ci.

Clic.
Dans un immeuble, une fenêtre est allumée au premier étage. En ombre chinoise se découpe une silhouette masculine, appuyée contre les volets. Le faisceau lumineux qui traverse le verre éclaire à peine la verdure du jardin public qui fait face à la fenêtre, lui donnant un aspect fantomatique.

Clic.
Un groupe traverse la rue. Leurs vêtements sont sombres et courts, leur démarche chancelante. Ils se tiennent la main. Seuls leurs visages sont éclairés de bleu par un écran publicitaire. Un homme semble regarder l’objectif fixement.

Clic.
La ville déroule ses tentacules sombres sur le gris de la nuit. Comme des milliers de lucioles, des lumières trahissent l’activité humaine que le soleil n’arrête plus. L’éclairage public rend invisible les étoiles qui sont trop lointaines pour rivaliser avec les ampoules électriques.

Clic.
Un homme est de dos, dans une pièce sombre. On distingue à peine, sous la lumière diffuse et rougeâtre, des bacs emplis d’un liquide transparent où nagent quelques carrés de papier blanc. A ses côtés se trouve un appareil photo. Soudain, l’homme se relève et accroche une nouvelle image sur les fils qui traversent la pièce. Déjà s’alignent une dizaine de clichés sombre, petits fragments d’obscurité figés dans le noir.
Dehors, la ville continue de briller, niant la nuit.
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Image de Stéphanie Aucouturier
Stéphanie Aucouturier · il y a
Très jolie plume Léa, mais je n'en attendais pas moins de toi....