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Le petit couteau

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Anxin

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La nuit tombait rapidement. La bruine froide persistait. Le petit bonhomme de huit ans avançait tantôt à pas pressés, tantôt en courant. La musette lui battait le flanc. Les galoches claquaient sur la route. Parfois il prenait les raccourcis des chemins creux et ses pas s’alourdissaient de la boue automnale. Il lui fallait avancer vite avant de se retrouver dans l’obscurité. Il serrait fort dans sa poche le petit couteau au manche fluorescent, à la double lame que sa grande sœur lui avait offert un jour de marché, peut-être à la ville où aux vacances il accompagnait ses parents dans la charrette, à côté de la cage aux petits cochons à vendre. Le petit couteau lui servait à jouer au grand pour couper les pommes, affuter une tige pour en faire un sifflet, la lame si courte n’avait rien de dangereux.
Le petit garçon avançait la peur au ventre, les arbres prenaient des allures fantomatiques et inquiétantes. En général, il évitait le raccourci de la Ville Sotte aux saisons où la nuit approchait vite. Il craignait particulièrement ce bois sur lequel circulaient tant de récits terrifiants.
Le petit bonhomme préférait les 500 mètres supplémentaires de la grand-route, facile à suivre et où il avait les repères de quelques fermes aux lueurs vacillantes de lampes à pétrole. Et il ruminait sa peur et sa colère. Pourquoi le vicaire- instituteur lui avait-il appliqué une fois de plus cette terrifiante punition ? Avait-il laissé tomber sa règle de fer ? Avait-il ri trop fort en lisant l’un des livres préférés de la petite bibliothèque pendant que ses camarades plus lents et plus lourds d’esprit finissaient péniblement leurs exercices ? Il avait toujours été plus rapide que les autres. Il n’avait aucun souvenir de sa faute tant son esprit était gelé de peur. L’homme grand et sec l’avait foudroyé du regard et s’était contenté de dire :
«  Tu resteras à la fin de la classe ! »
Son frère et ses sœurs ne l’avaient pas attendu. Tant pis pour lui ! Et maintenant le petit bonhomme courait seul, le poing serré, terrifié au moindre craquement, au moindre envol dans les lourdes branches. Il courait aussi vite que le pouvaient ses jeunes jambes, vers le sommet de la butte empierrée d’où il apercevrait la lumière de la petite ferme familiale.
Pourtant il savait qu’en arrivant après ses sœurs et son frère, il aurait droit à une taloche de sa mère : il avait encore fait une bêtise ! Évidemment ! Encore à se faire remarquer ! Sinon le vicaire-instituteur, homme respecté des adultes de la commune, ne l’aurait pas puni !
Malgré la certitude de cette seconde punition, il courait, le cœur soulagé, vers les bruits chaleureux et rassurants des animaux et de toute la maisonnée.

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