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Le peintre et la bourgeoise

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Jonathan Itier

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Plus généreux dans ses vue qu’il ne l’avait jamais été, François employait tout son temps à secourir ses visions glorieuses qu’une exiguïté de cœur, une étroitesse d’esprit menaçaient par des attaques obstinées. Ce cœur et cet esprit étaient ceux d’Annabelle, femme douée de facticité, entrevue chez un ami un soir de noces d’argent, en qui il avait cru voir une pureté indemne de toutes les laideurs du monde atroce où la fortune l’avait –semblait-il- jetée dès la naissance.

Annabelle n’avait rien mérité de ce qu’elle était. L’accabler, c’était vitupérer contre onze générations de propriétaires terriennes, toutes complètements inutiles, car rien ne s’était sauvé ou inventé dans la succession ininterrompue de ces Lilith obscures et frappées d’oubli. François savait davantage encore l’ampleur de la bêtise, que l’argent maintient inerte au stade de l’éternelle candeur comme ces cadavres des catacombes capucines de Palerme, et qui a, chez les jeunes filles fortunées, les buissonnements les plus extravagants : la bêtise affriolante, démente, insolente, janséniste, taciturne, ésotérique, chichiteuse... La mixtion d’un vécu de nantis, qu’aucune réalité ne viendra jamais détromper, précipitée dans l’ignorance la plus obscène de toutes les souffrances possibles, se gargarisèrent en elle pour éructer sous les traits maussades d’une jeune femme lassée de toutes les agapes imaginables, âme centenaire déjà, mais sans sagesse. Hideuse répétition du même où la médiocre, de sa luxurieuse insignifiance, s’employait à empuantir capricieusement l’âme d’un autre, éprise qu’elle était de l’idée d’amour ! Longtemps François épousa les volontés de sa compagne mais il dut se rendre à l’évidence que sa propre lâcheté, qui affleurait à son manque d’argent, était la seule à lui inspirer un peu de cette sympathie en laquelle Annabelle croyait voir les signes d’un serviteur à jamais docile.

« Pauvre bonne femme, pensait François en se rasant tristement. Le cœur est une viande ».

Il la quitta très sérieusement sitôt qu’il eut la liberté de peindre à son aise dans un plus grand atelier. Elle allait avoir trente cinq ans, lui quarante. Cet abandon, qui fut la seule douleur légitime qu’on reconnût jamais à l’âme étriquée et hostile d’Annabelle, la réconcilia avec son père, dont elle se fit la bonniche prodigue jusqu’à la fin des temps.
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Elena Hristova · il y a
un peintre poète et philosophe
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