Le patient

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Je ne comprends pas pourquoi j'écris, ni comment. C'est tout ce que je peux dire. À certains moments, un être que je ne connais pas prend possession de mon esprit et écrit des choses que je  [+]

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Quand j'ai pris mon travail, ce matin, dans le service de « chirurgie réparatrice » du Professeur Lambert, je n'étais pas de bonne humeur. Alors, quand les collègues m'ont annoncé qu'il y avait un nouvel arrivé, ça n'a rien arrangé ; ça faisait une chambre de plus à nettoyer.
J'ai pris mon courage à deux mains, mon chariot, et en avant pour la tournée.
Tout en passant la serpillière, je fais souvent la causette avec les patients. Ils me donnent des nouvelles de leur santé, me parlent de leurs problèmes ou de leur famille.
Je suis arrivée à la chambre du nouveau et ce n'était pas beau à voir. Il avait tout l'air d'une momie. Sur une chaise, à côté de son lit, il y avait une dame qui s'est levée quand elle m'a vue et m'a dit :
— Je vais prendre un café, je reviendrai quand vous aurez fini.
J'ai trouvé ça bien délicat, ça m'évite de lui tourner autour. J'ai vu que c'était une dame chic. J'ai le coup d'œil : les chaussures, le sac, la coiffure sentaient les beaux quartiers et son parfum aussi, bien sûr.
J'ai donc commencé mon travail et, comme il ouvrait un œil, je lui ai dit : « Bonjour » et « Qu'est-ce qui vous est donc arrivé ? » comme je fais toujours. Mais il n'a pas pu me répondre, les mots se sont étranglés avant de sortir et j'ai vu qu'il allait pleurer. Alors j'ai détourné mon regard pour ne pas l'embarrasser.
Quand je me suis approchée pour passer mon chiffon désinfectant sur les barreaux du lit, j'ai pu le voir de plus près. Il était tout jeune, dans les quatorze ou quinze ans peut-être. En plus de sa tête couverte de bandages, il avait un œil tuméfié, et son nez en avait pris un coup aussi ; et ça m'a émue parce j'ai pensé à mon fils qui a le même âge.
Aussitôt, j'ai eu un pincement au cœur comme à chaque fois que je pense à lui. C'est qu'il me donne du souci. Ce matin, quand je suis partie à six heures, il n'était toujours pas rentré et je n'aime pas ça. Je n'aime pas non plus ses copains. Je lui ai déjà dit mais il ne m'écoute pas. Même quand je lui ai montré la lettre du principal du collège, il m'a ri au nez. L'école, il s'en fout, voilà ce qu'il m'a dit, et j'ai entendu comme une sonnette d'alarme quelque part dans mon cerveau et cette sonnette, il y a longtemps qu'elle se fait entendre, mais je ne veux pas l'écouter.
J'ai fini la chambre en vitesse pour libérer la place, que sa mère revienne, et puis sa souffrance m'oppressait.
Quand on a fait la pause-café, les filles m'ont mise au courant. C'était un jeune qui s'était fait tabasser à la sortie de son lycée par une bande de racailles pour lui voler son portable. Et alors, j'en ai entendu sur les cailleras de banlieue qu'on devrait renvoyer chez eux mais je n'ai rien dit.
J'ai eu mal à l'intérieur, une fois de plus. Je n'ai rien choisi moi. J'ai suivi mon mari en France et un jour il est parti, me laissant seule avec mon fils.
Je suis rentrée chez moi et j'ai un peu dormi pendant le trajet. Il y a de la place dans le train en début d'après-midi, c'est l'avantage de commencer de bonne heure. Quand j'ai ouvert la porte de l'appartement, j'ai encore eu une angoisse car j'ai vu qu'il n'était toujours pas rentré. Quelqu'un avait appelé mais il y avait marqué « secret » à la place du numéro. Je me suis assise à côté du téléphone, la tête dans le vide et j'ai commencé à me lamenter comme je fais quand j'ai mal, ça me soulage.
Et puis le téléphone a sonné. J'ai décroché et j'ai entendu une voix qui me disait qu'il était en garde-à-vue pour agression mais que ça allait s'arranger, le procureur n'avait pas été sévère. Ils allaient le relâcher.
Comment lui dire que c'est mal si même la justice le laisse faire ?
Cette fois-ci, je ne le croirai pas quand il me dira que c'est une erreur et qu'il n'a rien fait. C'est de ma faute tout ça, à toujours l'excuser et puis, je suis trop fatiguée.
En fin d'après-midi, on a sonné à la porte. Il n'a donc plus ses clés ? Non, c'était juste un huissier, pour les loyers impayés.

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