Le nouveau du passé

il y a
3 min
531
lectures
103
Finaliste
Public
Image de 2015
Image de Très très courts
Il avançait lentement sur le chemin de son nouveau lycée, contrôlant chacun de ses pas pour éviter de sauter partout. Ce n’était pas de la joie, mais de l’excitation. Une nouvelle école signifiait un nouveau terrain de jeu... Parfait. Un sourire éblouissant barrait son visage de mannequin et chaque personne qu’il croisait ne pouvait s’empêcher de le regarder. Mais il ne faisait attention à personne beaucoup trop perdu dans ses pensées.
Cela faisait longtemps qu’il n’était pas revenu ici, chez lui, dans la ville de Marseille. Il ne se lasserait jamais de l’odeur de l’eau, du bruit incessant des voitures et des centaines de filles qui se promenaient en maillot de bain sur les belles plages de sable fin. Oui, les filles. Il les aimait beaucoup, il les trouvait très belles et gracieuses. Il ne pouvait s’empêcher de penser à leurs corps. Cette année serait la plus belle de sa vie, il le sentait. Il entendit le bruit significatif du lycée avant de le voir. Des centaines d’élèves criaient et rigolaient sans prêter attention aux personnes qu’ils pouvaient éventuellement déranger. Exactement l’endroit qu’il lui fallait. Quand le bâtiment de brique se détacha des arbres, une vague de plaisir pure l’envahit.
Il marcha avec précaution sur les petites pelouses jaunies qui s’étendaient devant le lycée en observant tout le monde de son œil de faucon. Des intellos, à sa droite, révisaient une dernière fois leurs cours de l’année dernière sur une petite table de pique-nique dégradée. Sur sa gauche, un petit groupe de gothiques fumaient en silence le regard dur. Et juste devant lui se trouvait les plus belles filles du lycée entourées de nombreux garçons à la carrure d’athlète et à la cervelle de moineau. « Pitoyable » pensa-t-il. Il s’approcha avec assurance du groupe et offrit son plus beau sourire aux filles qui pouffèrent avec débilité. Mon dieu qu’elles pouvaient l’énerver, heureusement pour elle, leur physique parfait rattrapait leur intelligence si limitée.
Les garçons lui lancèrent des regards haineux sans pour autant s’interposer. Et ça se disait des hommes !
— Salut les filles, lança-t-il de sa voix grave et charmeuse.
L’une d’elle vint se coller à lui et la faim envahit la moindre passerelle de son corps. Il devait attendre. Pas maintenant.
— C’est quoi ton nom, mon chou ? demanda-t-elle avec sensualité.
Il se pencha avec lenteur près de son oreille et murmura :
— A toi de voir comment tu veux m’appeler.

Encore une fois, elle pouffa en se collant encore plus contre lui. Cette fille croyait-elle réellement qu’elle lui plaisait ? Quelle naïveté ! En moins d’une minute, il était devenu le centre d’attention de tout le groupe et avait bien vite remplacé les athlètes qui finirent par s’éloigner pour faire un foot. Première étape : faite. Bientôt il passerait à la deuxième, la plus lassante à son goût, mais qui menait directement à la troisième, sa préférée. La plus excitante.

Il passa toute la journée avec Mary et son groupe d’amies. Il n’avait pas besoin de parler pour les rendre niaises. Étonnement, cette fois il s’en délecta. Cette sensation de pleine puissance lui avait tant manqué pendant sa cavale. Aujourd’hui, il était le nouveau et tout le monde était au petit soin avec lui : les professeurs, les élèves, et même les dames de la cantine. Jamais il ne s’était senti aussi majestueux. Plus les heures passaient et plus Mary se rapprochait de lui. Et quand ils furent seuls à midi, elle l’embrassa fougueusement et il ne put s’empêcher de lui rendre son baiser ardent. Il était passé à un cheveu de craquer mais s’était retenu au dernier moment et la journée avait repris son court.
En dernière heure, il sortit en dernier et quand il retourna devant le lycée, les élèves l’avaient pratiquement tous déserté. De loin il repéra Mary et passa derrière elle pour lui glisser un petit papier plié entre les mains. Il n’attendit pas sa réaction et s’éloigna à grand pas. Sur ce mot, il lui avait demandé de le rejoindre à minuit de l’autre côté du lycée, à l’orée de la forêt. Il savait qu’elle viendrait, elle était si stupide...

La nuit arrivée, il se rendit au point de rendez-vous. Il vérifia une dernière fois qu’il n’avait rien oublié et respira profondément pour éviter que l’excitation ne l’envahisse et ne lui fasse commettre une erreur. Soudain, il entendit des pas et se cacha à l’ombre des arbres. La silhouette élancée de Mary se détacha et il sourit. Pile poil à l’heure.
— Bonsoir Mary... susurra-t-il en sortant doucement de l’ombre.
Elle se retourna et lui lança un grand sourire. Il lui fit signe de la suivre un peu plus loin dans la forêt. Elle n’hésita pas une seconde à partir avec lui. Il sentait des papillons dans son ventre et sa prise sur son objet fétiche se raffermit. Quand ils furent assez loin des regards indiscrets, il se retourna vers elle et s’approcha.
— Et si on jouait à un jeu ?
Elle hocha la tête les yeux rivés dans son regard de braise. Il lui mit un bandeau sur les yeux et lui bâillonna la bouche. Au début elle se laissa faire, puis il sentit la panique monter en elle. Il s’approcha d’elle avec sensualité et murmura des mots doux à son oreille. Immédiatement elle se détendit. Il sortit délicatement un objet brillant de sa veste et, sans pouvoir attendre plus longtemps, lui planta le couteau aiguisé en plein cœur. Elle eut un petit mouvement avant de s’effondrer à terre, morte. Il entreprit alors de l’éventrer et de lui sortir tous les organes un à un pour les étaler autour de sa victime.
Avec fierté, il observa son œuvre tant de fois répétée avec la même technique. La beauté de ce spectacle l’émut et il sourit avec tendresse au corps dépouillé de la jeune Mary. Mary... Elle lui rappelait tant sa première victime, Mary Ann Nichols, une jeune prostituée anglaise du dix-neuvième siècle.
Toute la journée, elle lui avait demandé son véritable nom, puisque celui qu’il avait donné au lycée était totalement faux. Alors, dans un geste de sympathie immense, il lui dit ce que personne n’avait jamais su :
— Je m’appelle Jack.





103

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,