Le nez en l'air

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"Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ; Polissez-le sans cesse et le repolissez" Nicolas Boileau  [+]

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Le chêne de Venon domine la vallée du Grésivaudan du haut de ses 200 ans. Les habitants de la commune proche disent qu’il leur apporte paix et tranquillité. Vu d’en bas, c’est vrai qu’il est rassurant, impassible devant l’éternité. On se dit qu’il était là avant nous, et que si tout va bien, il sera encore là après nous. Face au défilé vertigineux des paysages de la ville, changeant année après année, quand on lève le nez au-dessus de la métropole grenobloise, le regard est attiré par des points remarquables qui eux ne bougent pas. On a nos préférés, qui nous font rêver, suivant ce qu’ils nous rappellent de notre histoire personnelle. Ils nous servent aussi peut-être à nous reconnaître, comme habitants d’en bas, de Grenoble et de sa région.
Il en est d’incontournables comme le bloc des Trois Pucelles. Au Sud, à la lisière du Vercors, telle une citadelle gardant l’accès à la vallée, l’éperon rocheux suscite toujours des interrogations. Pourquoi avoir donné ce nom de « trois pucelles » alors qu’elles sont quatre? : la Grande Pucelle, la Pucelle de Saint-Nizier, Couteau et Dent Gérard. Il paraît que leur premier nom, c’était les dents de Gargantua ! Les légendes sont multiples, proposant des filles poursuivies par des brigands ou des sœurs amoureuses de Roland. Mais elles finissent toutes pétrifiées. C’est pour cela qu’elles sont fascinantes et si belles en hiver, quand elles émergent au-dessus des nuages, sculptées par le vent et la glace. Un peu à gauche, sur le massif du Moucherotte, l’œil recherche désespérément, une silhouette familière, celle de l’hôtel Ermitage détruit en 2001, mais qui avait subsisté depuis sa fermeture en 1975. Un rêve détruit, celui du concepteur, Jean Zucchetta, qui voulait en faire un hôtel de luxe pour accueillir la Jet-set du moment !
Si l’on revient au centre de l’agglomération, le regard ne peut ignorer le massif du Néron, qu’on revoit de nuit, en août 2003, illuminé par les incendies et qu’on ne peut plus guère approcher depuis. Juste en dessous, la Bastille, c’est le cap rocheux qui fait partie du patrimoine paysager des grenoblois et des habitants de l’agglomération. Vue de Fontaine, on accroche plus distinctement, les sombres fortifications qui habillent ses pentes. Au centre-ville de Grenoble, la célèbre butte se met en scène avec les maisons colorées du quai rive droite et les bulles qui s’envolent depuis le Jardin de Ville. Plus loin vers Meylan, La Tronche, le fort consent à s’effacer un peu derrière l’établissement rose et gris du Père Gras, autre défi de construction lui, réalisé.
Bien en-dessous, les barres transversales de l’ancien IGA et de l’institut Dolomieu qui serait promises à de nouveaux destins, rendent chacun perplexe. Leur dégradation sous les coups des taggeurs et autres vandales s’affirmant de jour en jour, posent la question de l’irresponsabilité des aménageurs et urbanistes. Combien de temps encore avant qu’elles ne soient complètement détruites ?
Continuant le nez en l’air, notre promenade vers le Nord, les flancs de la Chartreuse verdissent et s’arrondissent vers le col de Vence. Juste au-dessus, le Saint Eynard, qu’on guette en automne pour apercevoir les premières neiges. Ras la falaise, marquant la limite avec les éboulis, une jolie clairière arrondie nous avertit du début du printemps. Au bas de l’escarpement, à l’entrée de Corenc, le château de Bouquéron dresse sa silhouette inquiétante...
Tout ça c’était avant que la Terre, qui en avait marre de tourner toujours rond, se secoue et sans provoquer de dégâts, remette les choses en place, à sa façon.
Aujourd’hui, le chêne de Venon se trouve au centre de la place Grenette et a entraîné avec lui les moutons qui broutaient à ses pieds. A son emplacement, sur la colline, le soir, la tour Perret, enfin réparée, scintille de mille feux. Les trois Pucelles, qui sont toujours quatre, marquent l’entrée de Grenoble, se substituant à la porte de France. Les barres de l’IGA et de l’Institut Dolomieu sont collées sur le flanc droit du Néron, en attendant mieux, car ça n’est toujours pas très beau. Le Palais des Sports est posé sur le Moucherotte, pas loin du tremplin de Saint Nizier, qui comme lui ne sert plus à rien.
Mais, il n’a pas été touché à la Bastille, ni à ses remparts, ni à ses bulles sans lesquels Grenoble ne serait plus rien.

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