Le musicien dans le métro

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"L'art lave nôtre Âme de la poussière du quotidien" Pablo Picasso  [+]

Bâtard, voilà comment on me qualifiait en général. Cela ne me dérangeait pas, je ne comprenais pas vraiment ce que cela voulait dire !
Le jour se levait à peine, le froid de la saison me poussa en direction du métro. À l'entrée de la station, un musicien de rue venait de prendre place en haut de l'escalator. À cette heure de pointe les passants très nombreux traversaient les couloirs pour se rendre à leurs obligations.

Je m'approchais afin de faire connaissance de l'artiste. Il me fit un large sourire avant de poser son violon sur l'épaule et après quelques ajustements, un son clair éclata comme un souffle magique.
Les notes mélodieuses s'enchaînaient au gré des inspirations de mon nouveau copain.

Il m'était fort sympathique, je pris place à ses côtés.
Au bout de quelques minutes, un vieil homme moins pressé que les autres ralentit son pas puis s'arrêta quelques secondes avant de reprendre son chemin tout en pressant le pas.

Une minute plus tard, un premier dollar tinta dans le petit pot qu'il avait déposé à ses pieds : sans même s'arrêter une femmes aux longues jambes lui jeta cet argent. Par ce geste elle signifiait sans doute son approbation.

Quelques minutes ensuite, je remarquais qu'un jeune homme s'était appuyé sur le mur d'en face pour savourer l'Ave Maria de Schubert sublimée par ce violoniste de talent mais après avoir regardé sa montre, le quidam s'arracha à l'instant pour poursuivre ses priorités.
Il était clairement en retard !

Percevant la beauté de cette envolée musicale, un petit garçon pas plus haut de trois pommes s'arrêta net, lui aussi subjugué par la qualité de l'interprétation il ne lâchait pas le virtuose des yeux. Sourde à ses supplications sa maman très pressée, le secoua enfin et finit par l'entraîner de force dans une autre direction. Le petit mélomane alors qu'il suivait à regret son parent, ne pouvait toujours pas détacher son regard du musicien.

À plusieurs reprises des enfants répétèrent la scène, comme attirés par cette musique qui raisonnait. Ce n'était pas du goût des parents qui à chaque fois très pressés les forcèrent à avancer.
Seule une dame qui reconnue le musicien prit le temps de savourer l'instant. Ravie elle laissa un billet de 20 dollars en expliquant avec enthousiasme à sa copine qu'elle n'en croyait pas ses yeux ni ses oreilles, car l'artiste en question n'était autre que le plus grand.
D'après ce que j'avais compris de la conversation Il s'appelait Stradivarius.

Durant les trois quarts d'heure de jeu de mon musicien, une minuscule poignée de 7 personnes se sont vraiment arrêtées pour l'écouter un temps.
Une vingtaine environ lui a donné de l'argent tout en poursuivant leur course et moi sous les notes vagabondes je pus déguster un bout de gâteau lancer par un enfant.

Quand il eut fini, personne n'avait applaudi, plus de mille personnes étaient passées pourtant.
Il reçut 32 dollars de cachet pour avoir joué les partitions les plus difficiles jamais écrites de par le monde.

Moi, je remuais la queue, enfin elle remuait toute seule parce que j'étais content. C'était chouette d'avoir un copain violoniste !

Son téléphone sonna, je le suivais alors qu'il quittait les lieux. Durant sa conversation il comparaît sa prestation du jour à celle donnée au théâtre de Boston l'avant veille.
Il s'appelait Joshua ou Bell ou Incognito mais finalement ce n'était pas stradivarius car ça, je l'avais bien compris ! C'était juste le nom d'autre chose, peut-être celui de son chat ou de son os. Il ne s'agissait pas d'un chien car je l'aurai senti sur ses vêtements. Le mystère restait entier !
Il s'arrêta ensuite en hélant un taxi et me gratifia d'un chaleureux "Salut mon vieux ! " avant de disparaître.
Chacun reprit sa route, j'avais vraiment apprécié de croiser cet humain qui faisait chanter son talent à m'en faire frétiller les oreilles et la queue et puis ce gâteau offert par la gamine...


* Le matin du 12 Janvier 2007, dans le hall de la station l'Enfant Plaza à Washington, Joshua Bell violoniste virtuose joua incognito pendant 43 minutes six morceaux de musique classique.
Son violon était un Stradivarius Gibson fabriqué en 1713, d'une valeur de 3,5 millions de dollars.
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