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Le musicien dans le métro

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Mila

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Bâtard, voilà comment on me qualifiait en général. Cela ne me dérangeait pas, je ne comprenais pas vraiment ce que cela voulait dire !
Le jour se levait à peine, le froid de la saison me poussa en direction du métro. À l'entrée de la station, un musicien de rue venait de prendre place en haut de l'escalator. À cette heure de pointe les passants très nombreux traversaient les couloirs pour se rendre à leurs obligations.

Je m'approchais afin de faire connaissance de l'artiste. Il me fit un large sourire avant de poser son violon sur l'épaule et après quelques ajustements, un son clair éclata comme un souffle magique.
Les notes mélodieuses s'enchaînaient au gré des inspirations de mon nouveau copain.

Il m'était fort sympathique, je pris place à ses côtés.
Au bout de quelques minutes, un vieil homme moins pressé que les autres ralentit son pas puis s'arrêta quelques secondes avant de reprendre son chemin tout en pressant le pas.

Une minute plus tard, un premier dollar tinta dans le petit pot qu'il avait déposé à ses pieds : sans même s'arrêter une femmes aux longues jambes lui jeta cet argent. Par ce geste elle signifiait sans doute son approbation.

Quelques minutes ensuite, je remarquais qu'un jeune homme s'était appuyé sur le mur d'en face pour savourer l'Ave Maria de Schubert sublimée par ce violoniste de talent mais après avoir regardé sa montre, le quidam s'arracha à l'instant pour poursuivre ses priorités.
Il était clairement en retard !

Percevant la beauté de cette envolée musicale, un petit garçon pas plus haut de trois pommes s'arrêta net, lui aussi subjugué par la qualité de l'interprétation il ne lâchait pas le virtuose des yeux. Sourde à ses supplications sa maman très pressée, le secoua enfin et finit par l'entraîner de force dans une autre direction. Le petit mélomane alors qu'il suivait à regret son parent, ne pouvait toujours pas détacher son regard du musicien.

À plusieurs reprises des enfants répétèrent la scène, comme attirés par cette musique qui raisonnait. Ce n'était pas du goût des parents qui à chaque fois très pressés les forcèrent à avancer.
Seule une dame qui reconnue le musicien prit le temps de savourer l'instant. Ravie elle laissa un billet de 20 dollars en expliquant avec enthousiasme à sa copine qu'elle n'en croyait pas ces yeux ni ses oreilles, car l'artiste en question n'était autre que le plus grand.
D'après ce que j'avais compris de la conversation Il s'appelait Stradivarius.

Durant les trois quarts d'heure de jeu de mon musicien, une minuscule poignée de 7 personnes se sont vraiment arrêtées pour l'écouter un temps.
Une vingtaine environ lui a donné de l'argent tout en poursuivant leur course et moi sous les notes vagabondes je pus déguster un bout de gâteau lancer par un enfant.

Quand il eut fini, personne n'avait applaudi, plus de mille personnes étaient passées pourtant.
Il reçut 32 dollars de cachet pour avoir joué les partitions les plus difficiles jamais écrites de par le monde.

Moi, je remuais la queue, enfin elle remuait toute seule parce que j'étais content. C'était chouette d'avoir un copain violoniste !

Son téléphone sonna, je le suivais alors qu'il quittait les lieux. Durant sa conversation il comparaît sa prestation du jour à celle donnée au théâtre de Boston l'avant veille.
Il s'appelait Joshua ou Bell ou Incognito mais finalement ce n'était pas stradivarius car ça, je l'avais bien compris ! C'était juste le nom d'autre chose, peut-être celui de son chat ou de son os. Il ne s'agissait pas d'un chien car je l'aurai senti sur ses vêtements. Le mystère restait entier !
Il s'arrêta ensuite en hélant un taxi et me gratifia d'un chaleureux "Salut mon vieux ! " avant de disparaître.
Chacun reprit sa route, j'avais vraiment apprécié de croiser cet humain qui faisait chanter son talent à m'en faire frétiller les oreilles et la queue et puis ce gâteau offert par la gamine...


* Le matin du 12 Janvier 2007, dans le hall de la station l'Enfant Plaza à Washington, Joshua Bell violoniste virtuose joua incognito pendant 43 minutes six morceaux de musique classique.
Son violon était un Stradivarius Gibson fabriqué en 1713, d'une valeur de 3,5 millions de dollars.
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Flore · il y a
Je le trouve ce soir votre texte...J'aime beaucoup cette histoire et ce chien...La musique adoucit les moeurs, c'est ce qu'on dit, mais pas toujours puisque refusé par le Comité et portant, il y a tout....Bravo, et merci un peu tardivement.
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Mila · il y a
Merci beaucoup Flore pour votre visite. Concernant le comité, ce n'est pas grave, il y a tellement de beaux textes partout ^^ je vous souhaite de passer une belle journée. A bientot :)
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Dranem · il y a
J'aime bien découvrir des textes en dehors des sentiers battus et autres compétions , on trouve parfois des pépites inclassables . Je met un dollar pour savoir le nom du petit chien bâtard !
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Mila · il y a
Merci Dranem pour votre visite, parce que c'est vous je vous avoue, ce chien s'appelle : waouf ! Je sais bien, c'est difficile à porter. Bonne soirée à vous ^^
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Dranem · il y a
Il aurait pu s'appeler Sampa comme dans la chanson de Georges Chelon ? Merci et et bonne soirée à vous aussi.
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Mila · il y a
Je ne connaissais pas cette chanson, elle est magnifique. Je vous remercie sincèrementnt pour cette belle découverte. ^^
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Elisabeth Marchand · il y a
Extraordinaire!!... une belle histoire, chien, musicien des rues, j'aime les deux... et c'est bien raconté, en prime...
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Mila · il y a
Merci pour votre temps Elisabeth, votre commentaire me fait vraiment plaisir, c'est très gentil à vous.
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Eliza · il y a
Je connaissais cette histoire aussi votre note de bas de page qui a l'air d'attirer les commentaires ne m'a pas surprise. Mais ce que j'ai surtout adoré c'est le fait de faire raconter cette anecdote par un brave toutou. C'est original et enlevé. Le comité n'a pas apprécié ? (ce serait étonnant quand-même) Ou est-ce-vous qui avez choisi de ne pas mettre ce texte en compétition ?
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Mila · il y a
Texte rejeté, il doit y manquer quelque chose.
Je n'ai jamais oublié cette histoire où tous ou presque passent sans entendre... J'ai choisi un chien errant pour incarner cette liberté de pouvoir prendre le temps d'apprécier ce qui plaît, tout simplement sans tenir compte des titres prestigieux, des grosses campagnes marketing . Merci pour votre commentaire, c'est vraiment très gentil.

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Joëlle Brethes · il y a
Je (re)tombe sur vous en cherchant une lycéenne de la Matinale qui porte le même pseudo.... et je m'aperçois que j'ai déjà apprécié plusieurs de vos textes : le hasard n'existe pas ;-)
J'ajouterai que votre note de bas de page m'a laissée pensive... :)

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Mila · il y a
Merci Joëlle
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Grenelle · il y a
C'est intéressant surtout la note de bas de page. Il a joué incognito mais pas si incognito que cela. De même plutôt que de faire découvrir au lecteur l'anecdote à travers ton texte, tu la lui précises dans une note de bas de page. Je ne suis pas pour les notes de bas de page. Cela me fait penser à ces films qui mettent dans leur publicité "inspiré d'une histoire vraie".
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Mila · il y a
Merci pour ta visite et ton temps c'est très gentil. Merci aussi pour ce commentaire, je n'y avais pas pensé, c'est pertinent. Bonne journée et à bientôt, j'espere avoir la chance de te lire à nouveau ^^
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